‹ Les français du XVII siècleChapitre 101 sur 125 · AVOCATS, PROCUREURS, HOMMES DE ROBE · texte numérisé non relu

AVOCATS, PROCUREURS, HOMMES DE ROBE

12 francs, sera fermée d'une double clef; elle donne à chacune ses instructions; elle prescrit à l'économe de quell»^. grandeur doit élre la marmite de la charité, la quantité d'eau qu'il faut mettre dedans, a Vous devez, lui dit-elle, vous étudiera savoir faire un bon potage, savoir les moyens de réclaircir s'il est trop épais, en y mettant de l'eau plusieurs fois, ou de l'épaissir, s'il est trop clair, en y mettiint cinq ou six œufs. Enfin, on ses([pare. Huit jours après, l'assemblée se réunit de nouveau. Le curé veut encore dire quelques mots d'exhortation, il commence : Par ci-après^ mesdames; le bruit l'empêche d'aller plus loin. 11 reprend d'un ton plus haut : Par ci-après, tnes^ dames. Point de silence. Il dit encore une troisième fois: Par ci-après; mais, ne gagnant rien sur le bruit et les murmures, il se résigne à se taire. Madame Talon prend alors la pirole, ordonne le silence et se fait obéir. Puis elle parcourt le rôle de l'économe, elle voit que la dépense y est bien inscrite et elle s'en réjouit. L'économe, interrogée, suppute la somme sur ses doigts, le tout n'allait pas à trente sols, mais il y avait un mécompte de plus de dix sols. Madame Talon se plaint da ce peu de soin; peu s'en fallut quelle ne dit ce peu de lidélité. Cependant l'économe se rassure, refait son compte et trouve cette fois qu'on lui redoit plus de dix sols; mais on ne veut pas l'entendre et l'on passe outre. Quant à madame Talon, elle continue d'exercer son autorité dans la ville, elle entreprend la réforme des couvents, et l'on dit que sa coiffe a la forme d'une mitre d'évêque. Telle était la mère de l'avocat général. Elle avait pourtant encore les habitudes de la vieille magistrature, tandis que chaque jour, ces coutumes se perdaient autour d'elle.

En effet, les magistrats deviennent galants, dissipés. Jusquelà ils avaient porté le rabat, le drap, le manteau et même la robe; ils laissaient aux gentilshommes la cravate, le velours et le bouton doré; mais voilà qu'ils méprisent cet ancien équi-

page. La grande robe veut s'égaler à la grande noblesse. En vain on fait des règlements pour rappeler les magistrats à la gravité, à la décence, on n'y réussit pas. La Bruyère remarque ces changements et s'en moque; d'Aguesseau les signale et s'en afïïige. Dans sa mercuriale de la Saint-Wartin (1700), il blâme tous ces enjoués qui traînent à l'audience avec dégoût les marques extérieures de leur dignité, qui, comme autant de captifs, gémissent de se voir attachés sur leurs sièges, s'abandonnent aux caprices de leurs pensées, à l'inquiétude de leur imagination vagabonde, placent une conversation indécente au milieu des audiences, troublent l'attention des autres juges et déconcertent souvent la timide éloquence des orateurs. Cela n'était sans doute pas nouveau au Palais, mais, à l'approche du xviii^ siècle, tous ces travers étaient grossis par la licence universelle des mœurs: on approchait des temps de crise.

Entre les procureurs et les magistrats, il faut placer les avocats. Longtemps confondus avec les premiers, ils s'en sont détachés pour se faire une existence à part, ennol^lie par l'indépendarice de leur caractère. Ponlchartrain a bien pu en accuser quelques-uns de perpétuer les écriture?, d'agir de mauvaise foi, d'être toujours prêts à plaider les plus mauvaises causes; mais La Bruyère les relève des dédains de la grande magistrature en notant que le mérite personnel et le talent de la parole balancent au moins les sacs de mille francs que le fils du partisan ou du banquier a su payer pour j^on office.

Ils n'étaient pourtant pas exempts de tout reproche. Tandis que les magistrats cherchaient à imiter les gens de cour, la faiblesse des avocats étaitde vouloir imiter les magistrats; leurs femmes brillaient par l'éclat exagéré de leur luxe, et plus d'un, pour soutenir cet équipage ambitieux, était obligé de rester tout le jour attaché à copier des rôles. Le profit n'était pas très grand à plaider au xvii® siècle. Une plaidoirie ordinaire ne se payait que trois franc&% quatre francs quand on avait de

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