AVOCATS, PROCUREURS, HOMMES DE ROBE
la réputation. Aussi la pauvrelt' habitait-elle souvent cluz les avocats. Souvent aussi retrouvait-on dans leur conduite des traits qui de loin rappelaient IVatelin et ses ruses. Ou fut obligé, au début du \vi"" siècle, de leur défendre d'aller corbincr audevant des messagers chargés des sacs de procès, c'est-à-dire de courir après les clients.
Charles Sorel nous représente dans son cabinet un avocat en consultation ^ « Cet homme, qui ne dissuadait jamais personne de chicaner, ne manque pas d'animer qui le consulte à poursuivre sa partie. Vous qui êtes noble, dit-il au gentilhomme, il faut que vous moniriez que vous avez du courage et que vous ne vous laissez pas vaincre facilement ; le procès est une manière de combat où la palme est donnée à celui qui gagne, aussi bien qu'aux jeux olympiques. Voyez- vous : qui se fait brebis, le loup le mange, comme dit le proverbe; vous avez à vivre aux champs, parmi des villageois opiniâtres qu vous dénieraient ce qui vous serait dû, espérant de ne vous point payer, si vous vous étiez une fois laissé mener par le nez comme un bufïle. Au reste, si vous plaidez en notre illustre cour, il vous adviendra des félicités incroyables, vous serez connu de tel qui n'entendrait jamais parler de vous et, qui plus est, vous serez immortalisé ; car les registres que l'on garde éternellement f^^ront mention de vous, et les héritiers que vous aurez, possédant le bien pour lequel vous prenez tan de peine maintenant, béniront votre ménage et prieront Dieu pour vous tout le temps de votre vie. Ceci vous doit ôler la considération d'un petit ennui passager qui vous dégoûte de poursuivre votre pointe. Je vous conseille donc, pour conclure, de ne point donaer de reposa votre partie et de ne point faire d'accord quand elle vous en parlerait. Il n'est que d'avoir un arrêt entièrement délinitif. Ne craignez point qu'il ne soit pas