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258 LES FRANÇAIS DU XYll** SIÈCLE

donné à votre prolit, car vous avez une cause infiniment bonne. Là-dessus il prenait Barthole et Gujas par les pieds et par la tête, et c'était alors des lois de toutes sortes de façons, pour prouver le beau droit du client qui croyait tout ce qu'on lui disait, ne sachant pas qu'il était en un lieu où l'on s'entendait des mieux à supposer de taux titres, à ne se souvenir que des raisons de ceux que l'on affectionnait et à juger les procès dessus l'étiquette. »

Ce sont ces mêmes avocats, qu'on appelait du tiers ordre, qui, à l'audience, déguisent ou exagèrent les faits, citent faux, calomnient, épousent la passion et les haines de ceux pour qui ils parlent; qui, suivant le proverbe, sont payés pour dire des injures. Mais quand l'avocat s'élève, soit par la condition de ses biens, soit par son talent, au-dessus de ce rang infime, on le voit promptement attirer sur lui tous les yeux, devenir un citoyen utile, précieux même, et donner à la magistrature ses noms les plus respectés et ses talents les plus glorieux. Ainsi s'étaient formés les Pasquier, les du Vair, les Loisel, les Versoris, les Talon. Ces hommes avaient une grande idée des fonctions de l'avocat. Au-dessus de tous les artifices de la parole, au-dessus de ces « diverses façons de diversifier son bien dire, et de tous ces masques d'oraison )> , Pasquier, écrivant à son fils qui se destinait au barreau, mettait la prud'homie, c'est-à-dire l'honneur et la probité: (< On se laisse aisément mener par la bouche de celui qu'on estime homme de bien ; au contraire, soyez en réputation de méchant, apportez tant d'élégance et hypocrisies de rhétorique qu'il vous plaira, vous délecterez davantage les oreilles de ceux qui vous écoutent, mais les persuaderez bien moins. Combattez pour la vérité, et non point pour la victoire. Que votre prud'horaie soit ensuite armée de vive force pour terrasser le vice, soutenir vertueusement le pauvre affligé. » Et du Vair disait aux avocats, à l'entrée du xvii® siècle : « Proposez-vous toujours l'honneur

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