‹ Les français du XVII siècleChapitre 116 sur 125 · GAZETTES ET JOURNAUX AU XVII* SIÈCLE · texte numérisé non relu

GAZETTES ET JOURNAUX AU XVII* SIÈCLE

polilique et de la littérature, de nt l'alliance parut alors de si agréable et de si fraiclie nouveaulé. Voici ce qu'en disait l'auteur : « Je vous écrirai tous les huit jours uae fois et vous terai un long et curieux détail de tout ce que j'aurai appris pendant la semaine; je vous manderai des choses que les gazettes ne vous approndraienl point, ou du moins qu'elles ne vous feraient pas savoir avec laiit de particularités; les moindres choses qui s'échappent ici n'échapperont point à ma plume. Vous saurez ies mariages et les morts de conséquence, avec des circonstances qui pourront quelquefois vous donner des plaisirs que ces sortes de nouvelles n'ont pas d'elles-mêmes. Je vous enverrai toutes les pièces galantes qui auront de la réputation comme sonnets, madrigaux et autres ouvrages semblables. Je vous manderai le jugement qu'on fera de toutes ks comédies nouvelles et de tous les livres de galanterie qui s'imprimeront. J'espère vous écrire souvent quelques aventures nouvelles en forme d'histoire. Vous croyez bien que les coquettes de Paris me fourniront assez de quoi vous écrire sur ce sujet, o Ce plan, bien exécuté, eut tout le succès qu'on en pouvait attendre. Le Mercure galant en moins de rien eut conquis la faveur. H devint une affaire de mode et d'engouement.

Des sonnets, des madrigaux, des aventures galantes ne forment pas un fonds bien solide, le mauvais goût peut sans peine s'y introduire. C'est ce qui arriva. Ce recueil fut bientôt célèbre par sa fadeur et sa frivolité. Donneau de Visé avait de sa nature un esprit satirique qu'il porta dans le Mercure. Seulement le goût ne l'éclairait pas toujours, et il tomba dans de lourdes méprises. Il sembla prendre à tâche de rabaisser Racine et Molière. Voici, par exemple, un petit mot sur les Femmes savantes de Molière : « Jamais, dans une seule année, on ne vit tant de belles pièces de théâtre, et le fameux Molière vient de faire représenter au Palais-Royal les Fe//i//îes5ai'an/e-i', pièce de sa façon qui est tout à fait achevée. Bien des gens

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font des applications de cette comédie. Un homme de lettres est, dit-on, représenté par M. Trissotin; mais IVI. Molière s'est suffisamment justifié de cela par une harangue qu'il a faite au public deux jours après la première représentation de sa pièce. D'ailleurs, ce prétendu original de cette agréable comédie ne doit pas s'en mettre en peine, s'il est aussi sage et aussi habile homme que l'on dit, et cela ne servira qu'à faire éclater

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davantage son mérite, en faisant naître Tenvie de le connaître, de lire ses écrits et d'aller à ses sermons. » C'était une bien mauvaise inspiration que de prendre la défense de Gotin. Mais que pouvait-on attendre d'un journal qui proposait sérieusement à ses lecteurs des questions à résoudre dans le genre de celles-ci: « Est-il possible d'aimer fortement sans être aimé? — L'absence est-elle capable d'augmenter l'amour? — Faut-il

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dormir ou non après le ropas ? — Vaut-il mieux qu'un père de famille soit grand buveur ou grand joueur? » Fonlenelle, madame Deslioulières, Thomas Corneille étaient les amis du rédoeleur du Mercure; il publiait et louait leurs vers et leurs discours; il ne pouvait manquer d'être du parti de Perrault. Aussi, dans la question célèbre des anciens et des modernes, il se rangea du côlé des derniers. Lq Mercure porla aux nues les ouvrages de Perrault, et Boileau, blessé de ces éloges immérités, drape dans un même épigramme et l'Académie et le Mercure. Il suppose que tous les dieux de TOlympe, résolus de venger Homère, jettent sur Perrault de dangereux regards. Il lui dit:

Perrault, craignez enfin quelque triste aventure. Comment soutiendrez- vous un choc aussi violent?

Il est vrai, Visé vous assure

Que vous avez pour vous Mercure;

Mais c'est le xMercure galant.

La Gazette d'ailleurs, aussi bien que le Mercure, avait ses ridicules, et les satiriques n'ont pas manqué de les railler. L'avidité des libraires, qui recevaient de l'argent de toutes mains et faisaient payer fort cher leurs services, la niaiserie des lecteurs qui voulaient se voir imprimés à leur tour et instruire le monde entier de leurs petites affaires, tout cela offrait matière à rire.

Voici, par exemple, une pièce de Dancourt (la Gazette, 1693j. Une demoiselle Angélique fait mettre dans une gazette de Hollande la nouvelle qu'on la marie. Elle n'est pas étrangère à ce bruit. Elle dit à son père : « On veut vous avertir que vous feriez bien de me marier. — Je n'ai point d'avis à prendre. — Je ne me mêle pas de vous en donner, mais vous voyez ce qu'on pense. »

Certaine comtesse donne quatre pistoles pour faire inscrire

la fausse nouvelle qu'elle s'est mariée secrètement. Quelle est son intention ? Faire enrager sa famille qui convoite sa succession. — Un M .Robichon, dont l'honneur demande réparation, apporte un louis d'or : « Vous avez quelque chose à faire mettre dans la Gazelle? — Oui, monsieur, une affaire d'honneur. J'ai eu le bonheur de prouver la mauvaise conduite de ma femme et le crédit de la faire enfermer. Je viens de la mettre dans un couvent. Nous avons de l'honneur dans notre famille, et je suis bien aise que toute la terre sache de quel bois les Robichon se chauffent. Il m'est important qu'on soit informé que j'ai de bonnes raisons pour cloîtrer ma femme. Je ne prétends point passer pour visionnaire. Il faulra mettre tout simplement que maître Claude Robichon, procureur, a fait enfermer madame sa femme pour des causes bien et dûment vérifiées en pleine audience. -») Ainsi maître Robichon se diffame afin de réparer son honneur.

L'insipidité des nouvelles débitées par ces feuilles méritait souvent les railleries des satiriques, qui ne les épargnaient pas. Dans une pièce du théâtre italien intitulée : Arlequin Mercure galant, Jupiter se fait lire les nouvelles de Barbarie. « Le sultan. Barbet, quatrième du nom, surnommé le Barbu, a défendu à tous les barbiers, de quelque qualité et condition qu'ils fussent, de raser la barbe aux eimuques de son séraiJ, à peine d'être mis entre les mains du sieur Barbot, le questionnaire, et mourir dans l'eau froide ». — De Paris : « Les maris sont ici dans une très grande consternation, car on menace d'enrôler tous ceux qui sont las de leurs femmes... » Jupiter répond : « Ma foi! si cela est, je ne vois pas dix maris hors de service. Il vaudrait bien mieux enrôler les femmes, cela ferait un régiment de dragons. » Arlequin continue de lire : a D'autres disent qu'il y a un arrêt sous la presse qui permet à chacun de se démarier moyennant une somme qui sera liquidée suivant la méchanceté de la femme. — Malpesle! dit Jupiter,

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si l'on crée des trésoriers de ces revenus-là, les charges rendront plus (]ue celles des trésoriers de l'épargne. »

Mais la pièce la plus amusante contre le Mercure cjalant est celle de Boursault. L'auteur con [laissait bien le métier pour en avoir été lui-même. 11 avait rédigé dans sa jeunesse une gazette en vers. La feuille eut d'abord un grand succès à la cour, et il en recevait une pension de 2.000 francs. iMais quel journaliste peut se vanter d'être longtemps agréable? Boursault s'avisa de raconter une aventure arrivée à un capucin. L'histoire n'était pi\s édifiante, l'indiscret fut puni. Sur les plaintes du confesseur de la reine, la gazette fut supprimée, et le gazetier, sans le prince de Condé qui le protégeait, eût été à la Bastille apprendre à respecter les capucins et à ne pas dévoiler leurs faiblesses. Quelques années plus tard, Boursault revint à son métier; il entreprit la publication d'une nouvelle gazette. Celle-ci fut encore supprimée pour deux méchants vers contre le roi Guillaume. Les journahstes du temps passé avaient aussi leurs traverses, et la politique ses brusques revirements. La France était alors en guerre avec le prince, et Boursault, en l'attaquant, avait cru faire un acte de bon courtisan. Mais il se trouva, par malheur pour le gazetier inconsidéré, que Louis XIV songeait en ce moment à iaire la paix.

Nous avons donc en Boursault un excellent témoin des ridicules entretenus par le Mercure; profitons de ses révélations.

Oronle a pris pour quelque temps l'emploi d'un de ses amis, rédacteur du journal ; il nous peint les folies et les travers d'un public amoureux de publicité. C'est la vanité sous toutes ses formes.

Depuis deux ou trois jours que je le représente, Je ne vois que des fous d'espèce différente : L'un qui veut qu'on l'imprime et n'a point d'autre but, Croit que hors du Mercure il n'est point de salut.

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L'autre, dans la musique ayant quelque science, Croit de celle du roi mériter l'intendance. Celui-ci, d'une énigme ayant trouvé le mot, Se croit un grand génie, et souvent n'est qu'un sot. Cet autre, d'un sonnet ayant donné les rimes. Croit tenir un haut rang chez les esprits sublimes. Enfin, pour être fou, j'entends fou confirmé, A l'envi l'un de l'autre on veut êlre imprimé.

Micliaut veut se faire anoblir; il n'a point d'aïeux, il n'en a point connu par delà son grand-père. Le brave homme ne se piquait pas de noblesse; il était apothicaire. Il a fait de son iils un médecin, c'était l'élever d'un degré. Le fils s'est enrichi, M. Michaut a hérité de tout son bien, il a changé de quartier, il se fait appeler chevalier par ses gens; il ne lui manque plus que d'inscrire publiquement ce titre dans le Mercure, il aura reçu ses lettres d'entérinement. Le rédacteur lui répond :

Je voudrais le pouvoir, j'y suis tout disposé; Mais le roy, qui peut tout, aurait peine à le faire. Le père médecin, l'aïeul apothicaire, Le bisaïeul peut-être encor moins que cela. Qui diable seroit noble à descendre de là? Pour remplir vos désirs il faut faire un prodige; Je ne puis.

M. Michaut insiste ;

Greffez-moi sur quelque vieille tige.

Cherchez quelque maison dont le nom soit péri, Ajoutez une branche à quelque arbre pourri. Un homme comme vous doit-il êlre en défaut?

Croyez- vous qu'à la cour chacun ait son vrai nom? De tant de grands seigneurs, dont le mérite brille. Combien ont abjuré le nom de leur famille? Si les morts revenaient, ou d'en haut ou d'en bas. Les pères et les fils ne se reconnaîtraient pas.

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