BUSSY-RABUTIN
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voyait les hommes les plus éminents dans les sciences, dans les Icllres-et dans les arts, les femmes les plus remarquables par leurs attraits et leur esprit; et madame de La Sablière, par sa couversaliou toujours variée, par sa politesse exquise, par sa gaieté naturelle, élait l'ornement, le lien et l'âme de ces cercles brillants. Baylc disait d'elle, quoiqu'elle n'eût jamais rien écrit : a Madame de La Sablière est connue partout pour un esprit extraordinaire et pour un des meilleurs. » Que les femmes ne s'etirayent pas de la science, elle n'a gâté, chez madame de La Sablière, ni ses traits, ni son souris, ni ses appas, ni son aiH de plaire et de ny penser pas.
Je ne dissimulerai pas pourtant que Boileau a placé madame de La Sablière dans les portraits de la Satire X contre les femmes. Il prétend nous faire voir en elle la savante ridicule et importune. Il nous la montre l'œil trouble et le teint terni. Faut-il s'en étonner? Sur le calcul de Cassini,
Un astrolabe en main, elle a dans sa gouttière, A suivre Jupiter passé la nuit entière.
Mais c'est là une malice peu courtoise, une vengeance exercée par Boileau, dans son ressentiment d'avoir été trouvé en laute par madame de La Sablière. S'il a dit : « Bien n'échappe aux regards de notre curieuse,» c'est qu'il en avait fait lui-même l'expérience. Ayant parlé dans ses vers d'astronomie à tort et à travers, madame de La Sablière l'en avait repris, elle avait même ajouté que, quand on se mêlait de faire des satires, il fallait connaître les matières dont on parlait. Inde irœ. Etre repris par une femme qui avait raison, quelle honte pour un homme! tant de fiel entre-t-il dans notre pauvre cœur !
Ce n'est point le désir puéril de faire une antithèse piquante qui me porte à mettre le nom de Fénelon à côté de celui de
Molière. Non, c'est que ces deux grands hommes ont eu sur l'éducation des filles à peu près les mômes vues. Tous les deux, en consultant le bon sens et la pratique de la vie, sont arrivés à peu près aux mêmes conclusions. L'archevêque de Cambrai, loin de redouter la science pour les filles, en invoque le secours contre la faiblesse naturelle des femmes, contre leur penchant aux visions chimériques. Il ne trouve qu'elle pour combattre les dangers d'une imagination errante. « L'gnorance d'une fille est cause qu'elle s'ennuie, c'est la conséquence et le défaut des éducations ordinaires. L'absence d'une instruction solide et sérieuse fait en elle un grand vide que les choses frivoles vont remplir. Le sommeil, la mollesse. les divertissements, les spectacles vont lui devenir nécessaires. Tandis que les personnes instruites et occupées à des choses sérieuses n'ont qu'une curiosité médiocre, que ce qu'elles savent leur donne du mépris pour beaucoup de choses qu'elles ignorent, les filles mal instruites et inappliquées, faute d'aliment solide, tournent leur ardente curiosité vers les objets vains et dangereux. Celles qui ont de l'esprit s'érigent souvent en précieuses, et lisent tous les livres qui peuvent nourrir leur vanité; elles se passionnent pour des romans, pour des comédies, pour des récits d'aventures où l'amour profane est mêlé. Elles se rendent l'esprit visionnaire en s'accoutumant au langage magnifique des héros de romans, elles se gâtent même parla pour le monde ; car tous ces beaux sentiments e.i l'air, toutes ces passions généreuses, toutes ces aventures que l'auteur du roman a inventées pour le plaisir, n'ont aucun rapport avec les vrais motifs qui font agir dans le monde^ et qui décident des affaires, ni avec les mécomptes qu'on trouve dans tout ce qu'on entreprend ». « Une pauvre fille, continue-t-il, pleine du tendre et du merveilleux qui l'ont charmée dans ses lectures, est étonnée de ne trouver point dans le monde de vrais personnages qui ressemblent à
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ces héros: vWc voudrait vivre comme ces princesses imaginaires, qui sont, dans les romans, toujours charmantes, toujours adorées, toujours au-dessus de tous les besoins. Quel dég^.ût pour elle de descendre de l'héroïsme jusqu'au plus bas détail du ménage ! * »
L'histoire, la poésie, l'éloquence, la musique et la peinture, voilà les solides occupations qui déto'jrneront les fille? de la vanité, des conversations légères où l'on dit peu en beaucoup de mots, des longs détours qui sentent l'artifice, et leur donneront insensiblemenf- du mépris pour les inconstances de la mode qui ont sur elles tant d'empire. Fénelon ne s'étonne pas de cet esclavage, il le leur p ordonne en quelque sorte; les chemins qui conduisent les hommes à l'autorité et à la gloire leur étant fermés, elles tâchent de se dédommager par les agréments de l'esprit et du corps. De là vient leur conversation si douce et si insinuante; de là vient qu'elles aspirent tant à la beauté et à toutes les grâces extérieures, et qu'elles sont si passionnées pour les ajustements : une coiffe, un bout de ruban, une boucle de cheveux plus haut ou plus bas, le choix d'une couleur, ce sont pour elles autant d'affaires importantes. Mais souvent ce faste ruine les. familles, et la ruine des familles entraîne la corruption des mœurs.
Dans son goût exquis pour l'antiquité, Fénelon dit avec le charme d'un ancien : c Je voudrais même faire voir aux jeunes filles la noble simplicité qui paraît dans les slatues et dans les autres figures qui nous restent des femmes grecques et romaines; elles y verraient combien des cheveux noués négligemment par derrière, et les draperies pleines et flottantes à longs plis, sont agréables et majestueuses. C'est une chose bien mal entendue, par exemple, de se grossir la tète