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Mémoires du duc de Saint-Simon, t. III, p

LES GENS d'Église 1)1

on Kuropo, suivant Monteil, 300.000 Hénédictiiis, 300.000 Cor- (leliois, :Î00.000 Cannes; ce n'était là qu'une faible partie de l'Église militante. Vers l'an 1700, dit Voltaire, on comptait en France plus de 250.000 ecclésiastiques, tant séculiers que réguliers. En vivant des terres du clergé ils avaient l'air de débarrasser la communauté civile, qu'ils appauvrissaient en effet. Au temps de Louis XIV, Golbert s'etlVaya du nombre prodigieux de ces gens oisifs, (ju'il regardait comme inutiles. Il pensa au moyen d'en diminuer la multitude; il imagina des règlements, il les lit approuver du roi, mais celui-ci s'arrêta devant les protestations et les menaces du nonce.

Les choses continuèrent donc à suivre leur train. Les familles trouvaient dans l'Église un moyen, dit Saint-Simon, de placer un nombre d'enfants utilement et honorablement; c'était à qui pourrait en profiter dans la mesure la plus large. Un père de famille embarrassé d'une trop luxuriante progéniture tournait les yeux vers l'Église. Il était si bien d'usage qu'elle vînt à son secours, que Fontenelle, dans un de ses éloges, fait observer que l'Église ne soulagea le père d'Alexis Littre d'aucun de ses douze enfants.

S'il arrivait qu'un dissipateur perdît son patrimoine aux hasards du trente-et-quarante ou de la bassette, le couvent ^"ouvrait pour sa fille cadette. Quelle était sa vocation ? demande La Bruyère. La réponse est facile : le jeu de son père. Encore fallail-il payer quelque chose en entrant. Il se Irruvait parfois, dit ce moraliste, « des filles qui avaient de la vertu, de la santé, de la ferveur et une bonne vocation; mais elles n'étaient pas assez riches pour faire dans une riche abbaye vœu de pauvreté ». On sait cette annonce malicieuse d'un prédicateur satirique : « Dimanche, après le sermon, on fera une quête en faveur d'une jeune fille qui n'est pas assez riche pour faire vœu de pauvreté. »

Autre avantage. Sans être d'une institution esscniiellcment démocratique, l'Eglise faisait une grande partie de ses recrues parmi le peuple. Nombre de gens de basse extraction, et qui semblaient destinés à vivre courbés sur la terre, ani\ aient à une vie plus aisée et participaient, s'ils avaient du travail et des aptitudes, aux honneurs ecclésiasliques. Parvenus, ils aidaient leur famille à parvenir. Les frères, les neveux, les cousins, profitaient de l'élévation de leur proche. Le Père Tellier, confesseur du roi, était fils d'un paysan de basse Normandie. Gorin de Saint-Amour était fils du cocher de Louis XllL II devint recteur de l'Université de Paris et ensuite de la maison et société de Sorbonne.

En Italie, ces élévations étaient plus fréquentes et plus extraordinaires. L'histoire des papes abonde en exemples de cette espèce ^ Le siècle de Louis XIV vit à côté du prélat d'Albano, devenu cardinal, et souverain pontife ensuite, un camérier et confident, Masséi, fils du tro;npette de la ville de Florence. Il était entré d'abord auprès de son maître en qualité de domestique. Son esprit, son bon sens, ses bonnes mœurs lui avaient frayé la route à cette grande dignité. Le noblesse ne redoutait pas ce contact de la roture. Elle savait bien, suivant le texte de l'Évangile, qu'il y a plusieurs demeures et degrés dans la maison du Père. La subordination des rangs lui était assurée. Dans la distribution des biens et des honneurs, elle comptait sur Ja meilleure part. Elle avait des dons auxquels ne pouvait prétendre le petit peuple. Son grand air, ses alliances lui assuraient la primauté. Aussi les plus nobles familles poussaient-elles du côté de l'Église les cadets, toujours sacrifiés aux aînés.

Quelquefois même, c'était l'aîné qu'on jetait dans l'Église. C'est ce que nous voyons dans la famille de madame de Longue-

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