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Mémoires du duc de Saint-Simon, t. II, p

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Saint-Étienne de Caen; fut fait plus tard (1718) archevêque de Cambrai, où il mourut « panier percé et à peu près banqueroutier » malgré ses pensions et ses riches bénéfices '.

Tel scandalisait l'Église par ses mœurs, son ignorance et son élévation, qui n'eut pas mieux demandé de vivre hors du temple et de suivre en liberté ses goûts. Mais une volonté plus forte en avait autrement décidé. L'abbé de Mailly, mis jeune à Saint-Vicîor par sa mère, n'avait jamais voulu lâter de la moincrie. Il avait laissé son frère plus pieux, plus facile à réduire, prendre l'habit religieux : il n'avait pas plus d'inclination à la profession ecclésiastique. « Sa mère l'y força et lui laissa percer les coudes dans l'extérieur de ce couvent jusqu'à ce qu'il fût prêtre. On peut juger quel prêtre ce fût ». Aumôniei' du roi avec une abbaye fort chétive, sans étude, sans savoir, sans aptitude ni volonté d'en acquérir, sans piété, n'ayant des moeurs que ce qu'il en fallait pour éviter le scandale, enviant l'état des soldats à qui il voyait monter la garde, il pensait au cardinalat. « Je me moquais de lui, dit Saint-Simon, d'idées si éloignées à sa portée; il me répondait qu'en dirigeant toute sa conduite sur un même sujet, et ne s'en lassant point, souvent on y réussissait. Cet esprit de suite joint à une attention persévérante à ne se barrer sur rien et à s'aplanir les chemins à tout, le conduisit enfin à son but. Il fut nommé à l'archevêché d'Arles. C'était un pas fort extraordinaire que d'être fait archevêque sans avoir été évêque ^ ».

L'ignorance, le désordre de la vie n'étaient pas assurément des recommandations pour arriver aux honneurs de l'Éghsc; on ne choisissait pas de préférence ces abbés peu édifiants pour en faire les pasteurs des peuples; mais, il faut bien le reconnaître, ce n'étaient pas d'insurmonlables obstacles.

1. Mémoires du duc de Saint-Simon, t. III, p. 184; V, p. 341 ; X, p. 23.

2. Mémoires du duc de Saint-Simon, t. P% p. 318; t. III, p. 197.

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L'intrigue, la faveur, le don précieux de la naissance aidaient à pallier bien des vices ou des irrégularités. Il fallait être né sous une heureuse étoile. Comme tout, dans ce monde, n'est qu'heur ou malheur, on voyait des infortunés échouer là où d'autres s'étaient sauvés contre l'attente universelle. Au rang de ces disgraciés, il faut mettre l'abbé ïostu.

Avec une infinité d'amis considérables dans tous les états, avec un « beau génie » et beaucoup de délicatesse, il ne put jamais réussir à se faire nommer évéque. Louis XIV fut làdessus d'une obstination invincible. Il voulut bien lui donner des bénéfices, il lui refusa la crosse. Cependant, ses mœurs étaient bonnes, sa réputation excellente, ses talents reconnus, sa conversation recherchée et il avait de l'ambition. Que pouvait-on lui reprocher? Était-ce sa galanterie passée où il avait été fort avant et dont il avait retenu un certain air très libre et très agréable? Étaient-ce ses relations avec l'abbesse de Fonlevrault auprès de laquelle il était sur le pied d'une intimité étroite et d'un charmant badinage? iMadame de Sablé aurait-elle trouvé le côté faible de l'abbé quand elle écrit : « Il me semble qu'il ne lui manque rien pour être un bon directeur que d'être un peu plus dévot? o Et pourtant, très lié avec l'abbé de Rancé, faisant de fréquentes retraites dans diverses abbayes et rentrant ensuite dans le monde avec un air suffisamment contrit, l'abbé Testu aurait dû désarmer la rigueur du monarque. L'esprit malicieux de madame de Sévigné touche peut-être de plus près à la vérité quand elle dit que Louis n'aimait pas le bruit quand il ne le faisait pas lui-même. Uabbé faisait trop de bruit. Pour moi, je crois saisir la véritable raison de l'éloignement du roi pour l'abbé Testu dans ce passage où Nicolas Colbert, évêque de Luçon, adressant à son frère Colbert le portrait du trop fameux abbé, rappelle d'anciennes amitiés auxquelles le prince ne pardonna jamais : « On m'a dit qu'il avait eu de grandes Uaisons avec

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des gens dont la conduite n'était pas bonne et qui n'avaient pas bien servi le roi. (S'agirait-il du cardinal de Retz?) Je ne sais pas si cela dure, et il y a bien plus d'apparence de croire que le commerce qu'il avait avec ces gens-là était un commerce de belles-lettres, que de croire que ce fût un commerce de cabale et de rébellion ». Qu'importent les autres belles qualités qui compensent ses faiblesses! Un évoque devait savoir ce qu'on doit à son Dieu, ce quon doit à son roi; mais, par une secrète inclination, Louis XIV faisait peut-être passer avant tout le service du roi ^

La roture, au surplus, devait écarter l'abbé Teslu d'un évêché. J'en vois un autre exemple dans la fortune singulière d'un abbé, nommé bourgeoisement Morel. Louvois avait apprécié, employé son esprit et ses talents à négocier des affaires secrètes. II en avait parlé au roi qui s'en servit souvent depuis la mort de Louvois. Souvent, il lui parlait dans son cabinet, où il le faisait venir par les derrières. Morel disparaissait quelquefois; on l'avait envoyé en commission secrète. « Le roi et les ministres, dit Saint-Simon, en furent toujours contents, et ses voyages furent toujours impénétrables. Il avait pensions et abbayes, voyait bonne compagnie, paraissait quelquefois à la cour, et le roi en public lui parlait souvent et avec un air de bonté ; en son genre, c'était un personnage et un honnête homme aussi ^ » Pourquoi Louis XIV n'enfitil jamais un évêque? Morel, il me semble, aurait bien valu Daniel de Cosnac.

Faire l'histoire de ces abbés mondains et courtisans, ce serait écrire celle des sept péchés capitaux. Pour être complet, il ne faudrait oublier ni l'abbé de Verteuil, frère du duc de La Rochcfaucauldj qui mourut (1722) d'une indigestion d'esturgeon,

1 . Voir : Gabrielle de Rochechouart de Mortemart, Étude historique, par M. Pierre Clément, ch. IL

2. Mémoires du duc de Saint-Simon, t. I", p. 148; t. XI, p. 193.

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dont <? il s'étail crevé chez moi, dit Saint-Simon! excellent convive, homme de bonne» plaisanle et libre compagnie, médiocre ecclésiastique, avec de bonnes abbayes et charmant dans les col'^res où on le mellail souvent^ »; ni l'abbé de Vaubriin % frère de la duchesse d'Eslrées qui, tout à fait nain, avec une grosse tète, une laide ligure, des jaml)e3 tortues et inégales, attaquait les dames et en espérait des faveurs; ni l'abbé d'Auvergne ^ prêtre coadjuteur de Cluny, grand vicaire de l'archevêque do Vienne, dont les mœurs étaient abominables, la bêtise sans bornes, l'ignorance parfaite, la dissipation continuelle, la vanité basse, puante, qui le jetait dans des panneaux et ridicules infinis; ni l'abbé de La Châtre, calomniateur de Caudelet, qui ne se gêna pas pour dire la messe un mercredi des Cendres « après avoir passé la nuit masqué au bal, faisant et disant les, dernières ordures, à ce que vit et entendit M. de La Vrillière devant qui il se démasqua* »; ni enfin l'abbé La Bourlie qui quitte le royaume sans aucun motif, s'arrête longtemps à Genève, en prend les doctrines, se jette dans le Languedoc pour y soutenir les fanatiques, s'y fait annoncer par des libelles très insolents et très séditieux, « où il prenait la qualité de chef des mécontents et de l'armée des hauts alliés en France »; passe chez les Anglais, est fait par eux lieutenant général dans leurs troupes, sert sur leurs flottes avec Cavalier, arrêté à Londres pour des commerces suspects, frappe de deux coups de canif le duc d'Osmond, est jeté dans la prison de Newgate où il meurt des blessures qu'il se fait sans avoir voulu prendre de nourriture ni parier '\ Nous devons une mention spéciale à l'abbé de Servien ^ 11

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