‹ Les français du XVII siècleChapitre 48 sur 125 · Ibid., t. VI, p · texte numérisé non relu

Ibid., t. VI, p

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donna un singulier exemple de hardiesse et de liberté. Orné de meilleures mœurs, il mériterait des éloges. L'abbé était h rOpéra; on y chantait au prologue un refrain de louange excessive du roi, qui se répéta plusieurs fois. L'abbé n'y put tenir, impatienté de tant de servitude. C'était un homme d'espril; il avait le don d'une plaisanterie fine et mordante sans avoir jamais l'air d'y prétendre. 11 retourna à contre-sens le refrain flatteur et, y introduisant une parodie sanglante, il se mit à le chanter tout haut « d'un air fort ridicule qui fit applaudir et rire de manière à imposer silence au spectacle ». Après un tel esclandre, Vincennes et l'exil ne ^semblaient pas mal mérités. On l'y tint d'abord avec une extrême rigueur; on mit les scellés sur ses papiers. Il n'était pas liomme à en avoir (( de plus importants que pour allumer du feu ». Plus tard on lui fit grâce par piiié. Il revint à Paris, sans retourner à la cour, « Il mourut comme il avait vécu, d'une misérable façon, chez un danseur de l'Opéra. Il est pourtant vrai, ajoute encore l'annaliste, qu'avec cette vie il disait exactement son bréviaire. » Voilà, je crois, des échantillons assez variés de cette espèce de misérables qui déshonoraient l'Église.

Tous les abbés étaient loin de mener une existence si crapuleuse et si basse. Parmi beaucoup de ceux dont les mœurs n'étaient point dignes du sanctuaire, on trouvait une souveraine élégance, une distinction d'esprit et de manières qui les rangeaient dans le beau monde et leur y faisaient une plac^ d'honneur. Tel était d'Aubigny, lils du duc de Lennox et de Richmond. Membre d'une illustre famille écossaise, conduit de bonne heure en France, formé dans les écoles de Port-Royal, doux , aimable, mêlé aux grandes affaires, il acheva dans l'Angleterre, à la restauration de Charles If, ses destinées ecclésiastiques commencées avec éclat à la cour de Paris. Il a mérité de Saint- Évremond cet inestimable éloge d'avoir, en sa conversation, un agrément universel. Celte rareté trop

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grande « dont le bon sens ne souffre pas une recherche curieuse », Saint-Évremond l'avait rencontrée en lui. li était un de ces sujets si précieux que la nature ne forme qu'à de longs intervalles. Le spirituel ami de IVinon a écrit ces quelques lignes sur notre abbé: « Mon bonheur m'en a fait connaître un en France, et m'en avait donné un, aux pays étrangers, qui faisait toute ma joie. La mort m'en a ravi la douceur; et, parlant du jour que mourut M. d'Aubigny, je dirai toute ma vie :

quem seinper acerbum,

Semper honoratuiïij sic, Di, voluistis, hubebo! o

Ce brevet d'honnête homme et d'ingénieux causeur, décerné par Saint-Évremond ^ à l'ancien chanoine de Notre-Dame, au grand aumônier de la reine d'Angleterre, qui mourut au moment même où il recevait à Rome le chapeau de cardinal, ne pèsera pas beaucoup sans doute devant Dieu. Ce ne sont pas là de ces choses que Jésus-Christ louera, dit Bossuet, au dernier jour, devant les saints anges et devant son Père céleste; mais toujours cela vaut-il mieux que les couplets et la mort de l'abbé de Servien.

En attendant l'héritage ecclésiastique de son oncle l'archevêque de Tours, Armand-Jean le BoutliillierdeRancé, jouissait dans le monde de la faveur de sa famille, des bénéfices qu'elle lui avait valus, du charme des études tant sacrées que profanes, de tous les plaisirs et de tous les biens. « Chasses, sermons, plaisirs, affaires, intrigues, il suffisait à tout, dit Sainte- Beuve. Étroitement lié avec Retz, le plus remuant des chefs de parti, tendrement lié avec madame de Montbazon, la plus belle femme du temps, et non pas la plus rêveuse, il faisait hardiment son mélier d'abbé homme du monde et de galant

1. Œuvres de Saint-Évremond, édit. Des Maizeaux, t. II, p. 198.

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homme ». Avec son âme fougueuse, où serait-il allé sur cette pente glissante, si l'idée de l'éternité ne se fût tout à coup dressée dans son esprit pour l'épouvanter et le purifier? La vérité et la corruption du monde se décèlent tout à coup à ses yeux, et l'œuvre mystérieuse de la grâce s'accomplit: « Mes pensées d'abord n'allèrent pas, dit-il, plus en avant, qu'à mener une vie innocente dans une maison de campagne que j'avais choisie pour ma retraite; mais Dieu me lit connaître qu'il en fallait davantage et qu'un état doux et paisible, tel que je me le figurais, ne convenait pas à un homme qui avait passé sa jeunesse dans Tesprit, les égarements et les maximes du monde ^ »

Tous ceux qui connaissent le xvii^ siècle me feraient un reproche d'oublier le plus surprenant des prodiges en ce tempslà : l'abbé de Choisy. Le progrès de nos mœurs, la vigilance et la pénétration de notre police, nous rendent à peine croyable ce singulier phénomène. Quoiqu'il fût tonsuré dès l'enfance, sa mère, par une faiblesse de femme qui, presque âgée de cinquante ans, voulait encore jouer à la poupée, s'amusait à l'habiller en fille. Il avait, dès lors, les oreilles percées, des diamants, des mouches et toutes les autres petites afféteries auxquelles on s'accoutume fort aisément, dit-il lui-même, et dont on se défait fort difficilement. Passionné pour les niaiseries, il fit, au partage de la succession de sa mère, un choix conforme à ses goûts. Il laissa le plus solide à ses frères et prit pour lui les bijoux. (.< Nous fûmes tous trois contents : j'étais ravi d'avoir de belles pierreries ; je n'avais jamais eu que des boucles d'oreilles de 200 pistoles et quelques bagues, au lieu que je me voyais des pendants d'oreilles de 10.000 francs, une croix de diamants de 5.000 francs et trois belles bagues : c'était de quoi me parer et faire la belle ». Jusque-là il n'avait

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