‹ Les français du XVII siècleChapitre 57 sur 125 · Mémoires de Vahhé Morellet, t. I · texte numérisé non relu

Mémoires de Vahhé Morellet, t. I

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courant la licence, une église, un jardin, di.s dom.'Stiques communs, une salle à manger et un salon chauffés aux frais de la maison, deux cuisiniers, tous les ustensiles du service, comme vaisselle, couverts, payés et fournis, une riche bibliothèque, tels étaient les avantages dont jouissait Vhospes Soïboîinicus. Cinquante mille livres de rente en maisons à Paris subvenaient îi ces dépenses communes. Point de vœux, point d'aulres exercices religieux que ia messe et les vêpres, les fêtes et les dimanches; l'abbé Morellet ne parle point en effet de l'obligation imposée dans l'origine aux prêtres de Sorbonne de catéchiser les enfants et d'assister les suppliciés : tout le temps restait donc libre pour l'étude de la théologie.

Concevez quelle influence ce séjour et cette compagnie devaient avoir sur ces têtes doctorales. C'était en quelque sorte le domicile de la dispute théologique. Tout y devait retentir à toute heure de syllogismes, de conclusions, de distinctions et de négations. A"nsi placés dans la fournaise, les jeunes gens y acquéraient vite un rare talent de raisonner et parfois sans doute de déraisonner par tous les cas et modes imaginables. Ce feu M. d'Aube que la fureur de disputer éveillait dès avant le jour n'est rien en comparaison de ces apprentis docteurs, ou de ces théologiens passés maîtres.

A défaut de détails particuliers empruntés au xvii% continuons à recueillir ceux du xviii^ siècle : la différence était de peu de chose entre les deux époques. Morellet nous montre l'abbé de Brienne étudiant en Sorbonne la théologie, comme un Hibernois, pour être évêque^ et les Mémoires du cardinal de Retz, pour être homme d'État. Il nous le fait voir lisant avec avidité tous les bon^ livres, enflammé d'une telle ardeur de se distinguer dans la carrière, « que, pris d'un grand mal de tête, la veille du jour où il devait soutenir sa thèse, appelée majeure, il envoya chercher un chirurgien, se lit tirer trois palettes de sang, et se mit sur les bancs le lendemain à sept

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heures du matin pour en sortir à sj\ heures du soir, répondant ii tout venant et fort bien. » Le même auteur nous dit de luimême : a Je passai en Sorbonne environ cinq années, toujours lisant, toujours disjmtant, toujours très pauvre, et toujours content. J'étais logé sous le comble, avec une tapisserie de Bergame et des chaises de paille. Je vivais dans la bibliothèque ()ui était belle et bien fournie. Je n'en sortais que pour aller aux thèses et dans la salie à manger commune. Je ne connaissais que mes confrères ^ »

Qu'on s'étonne après cela que l'abbé Morellet fùL devenu nn th'-ologien trés-arr/nt, qu'il poussât surtout les objections avec une grande adresse! On sera plutôt surpris que, violent dans la dispute, il n'ait jamais employé contre son antagoniste les moindres injures. « Ma chaleur, dii-il, n'était que pour mon opinion, et jamais contre mon adversaire; et je crachais quelquefois le sang après une dispute dans laquelle je n'avais pas laissé échapper une seule personnalité. » IN'oublions pas que ce théologien passionné qui dévorait les livres se délassait des œuvres de Tournely, de Morin, de Marsham, de Ciarke, de Leibniz, de Spinoza, de Cudworih, en lisant Locke, Bayle, Le Clerc, Voltaire, Buffon et Massillon. Voilà une théologie bien tempérée et fort en péril de glisser dans la philosophie.

Au xvii^ siècle il n'en était pas ainsi. On se nourrissait encore en Sorbonne du suc et de la moelle des Pères de l'Église. Saint Augustin et saint Thomas régnaient à peu près seuls dans les écoles. Si l'instruction était plus foncièrement scolastique, Jes esprits y contractaient une rigidité intraitable; l'ardeur de la discussion n'était nullement adoucie par la crainte des personnalités ou des injures. On ignorait ce que c'était que tolérance et support des opinions contraires. Dans ce domaine, tout écart de la pensée s'appelait hérésie. Mille yeux étaient

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