Journal d'Olivier d'Ormesson, t. !«'■, p
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Outre les raisons morales et louables (juej'ai données de celle alVeclion pour les curés, il en est d'autres qui tenaient, j'ose le dire, i\ des senliments beaucoup plus mondains. Le curé dans les terres de sa juridiction contribuait, suivant qu'il avait plus ou moins de zèle, d'empressement et d'imagination, aux fêtes que l'Église offrait aux fidèles. La décoration de ces fêtes, la pompe des cérémonies étaient réglées dans les rituels, mais il dépendait du curé de les solenniser avec un appareil plus ou moins magnifique. On lui savait gré de tout ce qu'il parvenait à y ajouter d'éclat et de splendeur. On se figure à peine de nos jours, où l'Église a perdu le plus grand nombre de ses anciens usages, où, dans nos grandes villes, et surtout à Paris, le culte se renferme dans l'enceinte du temple, le riche déploiement de ses pompes d'autrefois. Les processions étaient nombreuses, variées, pittoresques et dramatiques. C'était une lutte entre les paroisses à qui mettrait le plus de bannières au vent. Le peuple était sans cesse appelé à ces spectacles pieux. Il y prenait part comme acteur. Il s'y réjouissait comme nous nous y réjouirions encore. Chacun des ordres de la société avait la sienne.
On voyait, à des époques précises et attendues, les processions des diverses confréries en sac et en capuche, celles des chapitres précédées de petits chanoines, de petits abbés, de petits évêques : celles des chevaliers du Saint-Esprit, des États provinciaux. Les confréries des métiers mettaient un point d'honneur à se surpasser les unes les autres. Il y avait des processions générales longues quelquefois de plusieurs lieues. Celle de l'Université, le lundi de la Pentecôte^ était une des plus célèbres. En tête des processions patronales marchaient les images enrubannées des saints. Il y en avait de sérieuses, il y en avait de demi-profanes. On les appelait les processions figurées. Dans les pays du Nord, ce goût était vif et produisait sans cesse de nouveaux divertissements. On
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y voyait les confrères de Saint-Michel porler sur l'épaule de grandes épées. Ils avaient au milieu d'eux un homme habillé en diable qu'un pelit enfant habillé en ange tenait enchaîné, et qui de temps en temps faisait mine de lui donner de son épée pour le terrasser, et de le fouler aux pieds. Les confrères de Sainte-Barbe et de Saint-Sébastien avaient des mousquets dont ils faisaient de fortes décharges. Suivant les circonstances, des troupes de garçons habillés en Maures lançaient des flèches; des chars de triomphe portaient le pape et les cardinaux; des Turcs, des Persans en veste bleue leur faisaient cortège; d'autres chars paraissaient chargés d'enfants habillés en anges et en vierges entourant le saint dont on fêlait la mémoire. Des devises, des anagrammes, des banderoles attiraient les yeux. Des écoliers vêtus très richement à la romaine montaient les plus fins chevaux qui fussent dans le pays. On ne manquait jamais d'y ajouter une troupe de sauvages onde garçons habillés avec des feuilles d'arbre.
Tout ce grand attirail, qui rappelait si bien les dionysiaques, n'était pas toujours toléré par les évêques, surtout quand on portait en procession le saint sacrement; il paraissait alors à une autre heure. Les violons n'en étaient pas absents.
Les contrées du Midi n'étaient pas moins engouées de ces représentations. Elles convenaient surtout à ces esprits pétulants. A Marseille, voici ce qui se passait à la procession du capitaine Saint-Victor. Le capitaine se mettait à genoux devant l'abbé pour recevoir sa bénédiction; il prenait rang à la procession avec les moines; il tenait son psautier et chantait avec eux. Bientôt il posait son livre, saisissait une lance, montait à cheval, fournissait une course, venait reprendre son rang et son psautier. En l'honneur de saint Lazare, on voyait défiler orphelines, orphelins, pauvres femmes, pauvres hommes, pénitents, ermites, moines, prêtres, croix de cristal
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et d'or, chanoines avec leur prévôt dont on portait la (jueue, musique, chœurs d'enfants, petites filles, petits garçons figurant les religieux, les religieuses, les anges, les diables: on y voyait une chasse de sept quintaux d'orfèvrerie '.
Aix avait une procession que madame de Sévigné trouvait admirable ; « Je ne crois pas, disait-elle, qu'il y en ait une en France qui lui ressemble^ ». Elle ne dissimule pas néanmoins qu'il y a des choses étranges dans ces mi/.s/ères. Elle ne pouvait s'y accoutumer tout à fait. Elle y revient dans plus d'une occasion: «Nous lûmes, hier, jour delà Saint-Jean, à V^itré, gagner ou tâcher de gagner le jubilé. Il y avait une grande procession, oii jo ne fus pas; le temps m'eût manqué. J'ai souvent conté la vôtre d'Aix, au grand étonnement des écoutants, et ces diables de père en fils, et les autres folies où la sagesse du cardinal Grimaldi avait échoué. »
Avignon lui a montré desspeclaclesplus conformes à l'esprit de l'Église. Elle écrit des Rochers : « Ah ! la belle procession 1 qu'elle est sainte! qu'elle est noble! qu'elle est magnifique! que les démonstrations de respect sont convenables ! que tout l'extérieur y tst bien mesuré en comparaison de vos profanations d'Aix, avec son prince d'Amour et ses chevaux frust ! Quelle différence ! et que je comprends la beauté de cette marche mêlée d'une musique et d'un bruit militaire qui n'aurait jamais manqué de me faire venir les larmes aux yeux. Car mon cœur se dilate en certaines occasions; ces parfums jetés si à propos, cette manière de vous saluer si belle et si respectueuse '... »
Paris a également ses spectacles religieux, et la belle société s'y intéresse. Écoutons encore là-dessus madame de Sévigné:
1. Alexis Monteil. Histoire des Français des divers états, xvir siècle.
2. Lettres de madame de Sévigné, édit. Hachette, t. II, p. 254; t. IX, p. 8 , 87, 93.