‹ Les français du XVII siècleChapitre 69 sur 125 · Sauvai. Antiquités de Paris, t. II, p · texte numérisé non relu

Sauvai. Antiquités de Paris, t. II, p

LES GENS d'kGLISE 109

registre des délibérations de la Sainte-Chapelle, qu'il faut citer ici : Assemblée du 1>9 juillet 16:28. <^ On approuve une dépense de 32 livres 14 sous payée au lieutenant du bailliage du Palais à raison d'une information que les chanoines ont fait faire du scandale arrivé le jour do l'octave du Saint-Sacrement (pendant la procession), par les raarguilliers et paroissiens de Saint- Barthelerai. » Assemblée du 16 avril 16Î2. « On rapporte que quelques jours auparavant, la procession de Saint- Barlhclemi ayant été surprise par la pluie sur la place, s'était réfugiée dans le palais, et qu'à raison de ce, l'on n'avait fait aucune réclamation. Cette tolérance paraît avoir enhardi le curé qui, le 16 avril, sans aucun n)otif, est revenu passer devant le palais et même devant l'église de la Sainte-Chapelle pendant l'office, et alors on arrête de réclamer. » Assemblée du 31 mars 1688. « On arrête de dire matines la veille de la petite Fêle-Dieu, afin de pouvoir faire la procession le jour de la fête à huit heures du matin et ne pas rencontrer celle de Saint-Barthelemi et éviter les disputes qu'on pourrait avoir en ces sortes d'occasions et qui causaient toujours du scandale ^ »

Ces témoignages ont le grand avantage de se rapporter au siècle dans toute son étendue; de 1628 à 1688, ni l'esprit ni les mœurs n'o:it changé. Les curés ont les mêmes devoirs, ils rencontrent les mêmes difficultés; il leur faut la même hardiesse à soutenir leurs droits, la même vigilance à garder leurs privilèges. Le moraliste qui connaît la vanité des hommes, la futilité des raisons qui guident leurs jugements, ne contestera pas que le crédit d'un curé dépendît beaucoup dans sa pamisse de la fermeté qu'il montrait dans ces débats dignes d'être chantés par un autre Homère.

Hors de Paris, mêmes usages à peu près. Nous en avons pour garant ce passage de Nicole: •( Les petits enfants de nos

1. Berriat-Sainl-Prix. Œuvres de Boileau, t. IV. Pièces justificatives, p. 489. — ( Registre des délib. de la Sainte- Chapelle.)

villages ' ont une assez plaisanle coutume, quand ils vont en procession après Pâques : celui qui porte la clochette s'éloigne avec quelques camarades d'un quart de lieue du gros de la procession, et, s'il rencontre quelque autre clochette, on en vient au combat ; on donne de grands coups d'une clochette contre l'autre, et l'on ne termine point le combat que l'une des clochettes ne soit cassée. Après quoi il n'y a plus à disputer; car personne ne doute de quel côté est la victoire. » N'était-ce pas au curé qu'il appartenait de choisir de vaillants porte-clochette?

C'est encore à lui qu'il revenait de maintenir en bonne réputation une église, d'y appeler la foule, de l'y arrêter si elle avait pris l'usage d'y venir. Celle des Jacobins de la rue Saint- Honoré était, sous Louis XIV, le rendez-vous de la plus belle société ; « là se trouve, dit Bussy-Rabulin, la fine fleur de la chevalerie », N'y avait-il pas un charme particulier qui l'y rassemblait? Peut-être y trouvait-on plus qu'ailleurs ce qu'on appelle dans le monde des beaux saints. La Bruyère nous en a laissé la peinture. « La décoration souvent profane, les places retenues et payées, des livres distribués comme au théâtre, les entrevues et les rendez-vous fréquents, le murmure et les causeries étourdissantes, quelqu'un monté sur une tribune, qui y parle familièrement, sèchement et sans autre zèle que de rassembler le peuple, l'amuser, jusqu'à ce qu'un orchestre, le dirai-je, et des voix qui concertent depuis longtemps se fassent entendre "^ ». N'était-ce pas ce qu'on recherchait dans les églises en renom?

a Parce qu'on ne danse pas encore aux Théatins, me forcerà-t-oii d'appeler tout ce spectacle office d'Église? » disait le moraliste avec chagrin; mais la foule, toujours

Page 1