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Les Caractères de la Bruyère ; de Quelques Usages

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vertus. La brigue (^Lait l'orle pour les emporter; la cabale les ravissait bien plutôt que \o mérite. Cela n'échappait pas davantage aux. observateurs. « Tite, par vingt années de service dans une seconde place, n'est pas encore digne de la première, qui est vacante : ni ses talents, ni sa doctrine, ni une vie exemplaire, ni les vœux des paroissiens ne sauraient l'y faire asseoir; il naît de dessous terre un autre clerc pour la ren)plir : Tite est reculé ou congédié, il ne se plaint pas, c'est l'usage 'd .

C'était encore un objet de scandale que certains droits perçus dans les églises pour la collation des sacrements. Le curé recevait plus pour un mariage que pour un baptême, et plus pour un baplérije que pour la confession; les méchants pensaient y voir un taux sur les sacrements qui semblaient par là être appréciés, les simples et les dévots une espèce de simonie. Les mômes critiquas atrabilaires trouvaient étrange l'usage 011 chaque curé était de se faire payer quatre fois des mêmes obsèques, « poursoi. pour ses droits, pour sa présence, pour son assistance ». Nulle église pourtant ne songeait à se relâcher de ses droits, au contraire; elle était prête à les défendre même par la violence, a Les nouvelles de Paris, écrit d'Ormesson, 13 septembre 1646, furent la contestation entre la paroisse de l'Ile Notre-Dame et celle de Saint-Paul pour enlever un corps sur le pont Marie ; le combat vint jusqu'aux pierres, épées et pistolets, avec un scandale horrible ».

La Fontaine ne faisait que rimer une observation de ce genre, quand, dans sa fable du Curé et du Mort *, il nous montrait messire Jean Chouart allant gaiement enterrer au plus vite son paroissien en plomb. Il l'avait vu plus d'une fois sans doute couver des yeux son mort: il ne se trompait guère quand il lui faisait dire : « J'aurai de vous tant en cire et tant

1. Les Caractères de La Bruyère; de Quelques Usages. 1. Livre Vil, fable xi.

en menus coûts. » Le malin fabiiii^e n'était qu'un écho de la raillerie populaire quand, de l'argent du mort, il faisiiit acheter par messire Jean Cliouart une t'euillettc du meilleur vin des environs, un coLillon à certaine nièce assez proprette et à la chambrière Paquette. « Soutenons bien nos droits », telle était la devise des paroisses. Il en revenait nux officiants de petits bénéfices que pas un n'était d'humeur à laisser à d'autres. Pour peu qu'il y eût contestation, les esprits s'échauffaient, et l'on voyait sortir à découvert une vilaine et basse cupidité.

Aux funérailles de Loais XIH, un contlit de la plus misérable espèce scandalisa l'assistance. Le cardinal de Lyon, assisté de quatre évêques revêtus de leurs ornements, célébrait la messe dans l'église des religieux de Saint-Denis. Le cardinal Mazarin, vingt-cinq évêques, les ambassadeurs, le Parlement, la Cour des comptes, augmentaient parleur présence l'auguste majesté de la cérémonie. Le moment de l'offrande venu, Monsieur le Prince, M. le prince de Conti, allèrent à l'autel l'un après l'autre, portant chacun un cierge sur lequel il y avait différente quantité de pièces d'or. C'était le revenant-bon de l'office, c'en devait être le scandale. A qui devaient échoir ces pièces d'or? Au célébrant, suivant l'usage; mais le service se faisait chez les religieux; devaient-ils laisser perdre leurs droits? Ils n'y étaient pas décidés, les aumôniers non plus. On vit alors entre les compétiteurs s'engager une lutte indigne. « Ces cierges, dit d'Ormessofj, furent disputés entre les religieux et les aumôniers et emportés par les religieux ». L'affaire ne tomba pas dans l'oubli. Elle vivra dans la mémoire des hommes, éternisée par l'acte suivant que conservent nos archives nationales. « Acte fait à Paris, signé de Sainctot, expédié aux ofificiers de la chapelle du roi pour leur servir en cas de besoin, par lequel ledit sieur Sainctot, conseiller du roi, gentilhomme ordinaire de la chambre et maître des cérémonies de France, certifie à tous que, le 22 juin 4643, jour des obsèques et sépul-

LES CENS d'ÉC.MSE 1"7

Uire (lu fou roi Louis \III, on l'ogliso de Saint-Donis on France, monseigneur le cardinal de Lyon, ^Tand aumônier de France, disant la messe et faisant la cérémonie des obsèques, assisté de MM. les officiers des deux chapelles du roi, musique et oratoire, pour la célébration dudit service, à l'heure de l'offerte, les religieux, de ladite église et abbaye s'ingérèrent de prendre et arrachèrent par violence le premier cierge avec l'or qui y était attaché, que monseigneur le duc portait à l'offrande, duquel même ledit seigneur cardinal de Lyon, tenant la platine, en pensa être brûlé. Ce qui causa un scandale très grand, donna lieu à Monseigneur d'Orléans d'improuver celte violence commise par lesdits sieurs religieux, et fit murmurer toute l'assistance, scandalisée de cette procédure. » Ajoutons, pour achever de peindre cette société tout entière, que le dîner servi dans l'abbaye à Monsieur d'abord, aux Cours souveraines ensuite, le tut avec tant de confusion qu'il fut presque tout pillé M

L'avidité des gens d'Église à percevoir de petits profils a'a jamais été à i'abri de la censure. Les traits les plus piquants, les satires les plus aigres n'ont point élé lancées contre eux de nos jours seulement. Le xvu^ siècle peut compter plus d'un ouvrage où l'invective se donne libre jeu contre l'avarice ecclésiastique. Nous savons par la Vie de Boileau qu'on lui attribuait des pièces scandaleuses en ce genre. Nous en trouvons entre beaucoup d'autres un échantillon dans un petit poème en vers de Marigny. Il s'appelle le Pain bénit ^. Le sujet s'étend beaucoup plus que ne le promet le titre. Le pamphlétaire y ajoute une diatribe sur les frais d'enterrement. Les expressions n'y sont pas ménagées. Le ton est celui de l'insulte la plus grossière. Il est vrai de dire que l'auteur ne s'adresse

1. Journal d'Olivier d'Orwesson, t. II, à la date désignée, juin 1643.

2. Le Pain bénit, du sieur de Marigny, poème comique, petit in-12 de 20 pages.

qu'aux marguilliers, qu'aux gens de la fabrique, aux bedeaux ; mais on devine bien qu'il n'agit avec celte modération dans le choix des personnes que par un simple conseil de prudence. En vérité, il vise plus haut, et il atteint le but qu'il vise: il eût suffi de la volonté Terme du curé pour arrêter les désordres. Voici le début di', celte pièce, où il apostrophe les marguilliers :

Laïques, vautours des églises, Qui, do malheureux savetiers.

Sans chausses, souliers ni chemises, Devenez de gras officiers ; Vilains corbeaux des cimetières.

Avides becqueleurs des morts, A qui la nature a fait un corps Fort propre pour les étrivières; Fossoyeurs qu'en termes plus beaux, L'on nomme partout des bcieaux; Fermiers de la Marguillerie, Dont les abus sont infinis; Gros portefaix de confréries, Gouffres béants de pains bénits.

Faquins plus bigarrés que pies, Sacs à vins, gloutonnes harpies, Qui dévorez comme vrais chiens Le bien des pauvres paroissiens...

11 est temps, canaille affamée, Que votre indigne renommée Se répande par l'univers; Et je veux tracer dans mes vers Toutes les honteuses pratiques Et les sales inventions Dont on use dans les fabriques.

Toute cette colère s'était émue à l'occasion des exigences de deux marguilliers de Saint-Paul. Un M. Menant, auditeur des Comptes, un autre marguillier, jadis maçon, avaient entrepris de régler le poids et la forme des pains bénits. Détail enjoint

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