BOILEAU
LES GENS d'Église 181
aux. lidMes de présenter ces pains béniU h l'inspection de ces juges avant qu'on les porti\t à l'église. Ils devaient être bien larges et bien épais, bien étoffés de bearre frais. Un seul piUissier, Flechenes, pouvait les faire au gré de la fabrique; par une convention dont les marguilliers prolitaienl, il s'intitulait effrontément le pâtissier de la fabrique. Nous apprenons par cette satire que la dévotion des paroissiens à l'égard du pain bénit s'était bien refroidie. Jadis il était ample, chacun des gens d'Église en emportait des chanteaux dont leur famille, dont leurs voisins pouvaient largement se repaître. Aujourd'hui :
Les principaux et les plus riches, Inspirés par quel(iue Satan, Deviennent si malins, si chiches, Qu'à peine voit-on dans un an Quatre pains bénits à corniches.
Le marguillier qui se plaint n'y voit qu'un moyen : il faut déclarer hérétique quiconque offrira des pains si petits; il faut établir dans la fabrique des mouleurs de pains bénits.
Hélas! tous les bons usages périssent, tous les revenus vont en diminuant; les droits sur les enterrements ne produisent plus autant qu'autrefois. Jadis on payait d'après l'étendue des bières; les héritiers esquivent la loi en brisant les jambes aux morts.
Si l'on veuty dit-il, que nous puissions vivre^ Et que nous nous sauvions au poids, Enterrons les morts à la livre.
Boileau disait de Paris : Ce nesl quà prix d'argent quon dort en cette ville; Marigny nous apprend qu'il faisait cher mourir à Paris. Pour appuyer ce qu'il avance, il nous donne la discussion des frais d'un enterrement. La somme totale monte à deux mille livres. Voici le détail de ce qu'on peut
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avoir pour un si j^ros denier: trenlc prêtres, enfants gris, rouges et bleus, tapisseries, grands chandeliers, belle argenttrie, beaux ornements brodés, la croix de Fieubet avec la grosse sonnerie, sièges, sacristains, pain bénir, carreaux de serge et de velours, plaques façon d'argent, plat d'argent et la tasse avec la serviette de lin pour offrir le i;ain et le vin, étoffe dans la nef, De profondis en musiqie. Requiem en faux bourdon, le chant du Pie Jesu, huit vingt billets d'enterrement. Voilà, en effef, bien de la cérémonie, voilà une belle pompe, noais deux mille écus, dit le payeur :
La somme est forte .l'aimerais, ma foi, presque autant Que ma femrn^ ne fût point morte.
Il s'étonne qu'on demande cent francs pour l'ouverture de la terre; il s'indigne des droits de présence du curé:
II n'y fut point, nul ne l'y vit. Il y fut présent en esprit :
Sa présence spirituelle, Ronflàt-il même dans son lit, Se paie comme corporelle.
Il réclame contre ces exactions, il s'emporte contre cet infâme monopole honteux à la religion; il menace la i'abiique des arrêts du Parlement ; c'est au parquet qu'il veut débattre et arrêter les parties de l'Église. Peine inutile, cris superflus : il faudra bien qu'il paie ces droits; on les paiera longtemps encore après lui.
Cpi^T^LU'/^.