Poésies diverses, ode 11. Le Paysage en gi-os
192 LES FRANÇAIS DU XVIl^ SIÈCLE
C'est là qu'en escadrons divers Ils répandent dedans les airs Mille beautés nouvelles, Et que les essaims abusés Vont chercher sous leurs ailes Les pleurs que l';mrore a versés K
Mais ces regards voilés par les larmes reviennent vers
ce sacré sanctuaire,
Ce grand temple, ce saint séjour Où Jésus encor chaque jour S'immole pour nous à son Père.
Muse, c'est à ce doux Sauveur Que je dois consacrer mon cœur Mes travaux et mes veilles... 2
C'était surtout le souvenir de cet engagement qui rendait plus vive en lui la source des larmes. Ces promesses du jeune écolier, trop longtemps mises dans l'oubli, revenaient à cette heure de pénitence comme un remords, comme le reproche d'un funeste abandon du devoir et de la foi jurée. La sensibilité de Racine ne prenait rien à demi. En toute chose il portait le feu de son âme. Après s'être donné au monde, aux sociétés, à la dissipation, à toutes les séductions de la vie et du théâtre, il revenait à Dieu avec l'élan d'un coeur passionné. Il l'aimera dorénavant comme autrefois il aimait ses maîtresses. Cette conversion tant de fois demandée avec des larmes et des prières par la Mère Agnès de Sainte-Thècle s'accomplit eniin. Touché par la grâce, il quitte la scène, il déteste ses succès d'autrefois; il ne voit plus ses pièces qu'avec horreur et dégoût, il voudrait en éteindre la mémoire. Il craint que la subtilité de l'amourpropre ne lui fasse encore trop aimer son ancienne gloire. Pour expier sa vie de désordre et satisfaire au ciel qu'il a tant de