‹ Les français du XVII siècleChapitre 78 sur 125 · Ibid.j ode · texte numérisé non relu

Ibid.j ode

l'esprit religieux et racine 193

fois ollcnsé, le ( loitre lui semble nécessaire. Il veut se corrigter pour abîmer dans le silence et dans les ténèbres de la retraite ce nom trop longtemps scandaleux. Des amis moins rigoureux le conseillent, le dissuadent. Lui proposant une pénitence pour une autre, ils le marient. Catherine Romanet, bonne et vertueuse, mais simple à l'excès, sans éducation littéraire, à tel point étrangère aux livres qu'elle ne sait ce que c'est qu'un vers, qu'elle ignore jusqu'aux noms des œuvres de son époux, voilà désormais la compagne de ce courtisan ingénieux, délicat, iîn, même subtil; l'amie, la confidente de ce causeur si pétillant d'esprit et de malice, de cet habitué des soupers et des conversations avec Boileau, Molière, Chapelle, Savoie, Vivonne. Un retour vers ses anciens maîtres, une humble soumission devant eux fut un des premiers effets du changement qui s'était opéré dans son âme. « Toute sa déviation, toutes ses erreurs, selon les vues nouvelles dont s'illuminait sou esprit, venaient de sa rupture avec ces messieurs ». Le premier pas fait dans le chemin de la perfection chrétienne, ce devait être une réconciliation avec ceux qu'il avait si légèrement offe^nsés. Nicole, dit Sainte-Beuve, ne savait ce que c'était que guerre et rancune, il le reçut à bras ouverts. Il était moins aisé de faire revenir Arnauld; il se souvenait trop vivement des plaisanteries sur la Mère Angélique. « Boileau avait plus d'une fois entamé la négociation auprès de lui et avait échoué. Un jour, cependant, qu'il lui portait un exemplaire de Phèdre de la part de l'auteur, il se dit qu'il fallait livrer la grande bataille, et soutenir résolument qu'il est telle tragédie qui peut être innocente aux yeux même des casuistes les plus sévères. Arrivé chez Arnauld au faubourg Saint-Jacques, et y trouvant assez nombreuse compagnie de théol(>giens, il mit la question sur le tapis; il commença par lire le passage de l'avertissement, oîi l'auteur marque expressément son désir « de réconcilier la tragédie avec quantité de personnes célèbres par leur

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piété et par leurs doctrines qui l'ont condamnée dans ces derniers temps », et « il développa celte thèse en l'appliquant à Phèdre^ avec le feu et la verve qu'on lui connaît et qu'il portait agréablement dans ces sortes de scènes ». L'auditoire est à moitié gagné, Arnauld hésite, il lit la tragédie, il se sent porté au pardon. Racine n'avait plus qu'à se jeter à ses pieds. (( En entrant dans la chambre où il y avait du monde et où il n'était pas attendu, Kacine se jeta aux pieds d'Arnauld, qui, en retour et tout confus, se jeta lui-même à ses pieds : tous deux en cette posture s'embrassèrent. — Racine pénitent, aux pieds du grand Arnauld; Arnauld, humilié, à genoux devant Racine! lequel des deux fut le plus grand dans ce moment^ »? Rien ne coûtait alors à Racine pour racheter un passé qu'il aurait voulu effacer à jamais. Dans son ardeur de dévotion naissante, il eût tout accepté. La pénitence ne laissait pas d'être dure à cetle âme orgueilleuse; il la subissait, il la chérissait en expiation de ses fautes. A partir de ce moment, c'est ce point de vue chrétien, c'est cette contrition du cœur, cette mortification de l'esprit qui fait le charme du poète. S'il travaille encore furtivement à des vers, c'est pour retoucher des hymnes destinées à un bréviaire janséniste qui ne tardera pas à être condamné. Sans quitter la cour, sans renoncer à ses fonctions d'historiographe suivant le roi, il est tout occupé de sa petite famille qui s'étend chaque année. La main qui écrivit les rôles d'Hermione et de Phèdre, de Monime et de Roxane, compose des lettres toutes pleines des humbles détails d'un ménage de petites gens. Des enfants à envoyer en nourrice, à allaiter^ à remuer, occupent toute son âme. Il ne s'agit plus de polir des vers, de revoir ses œuvres, d'en corriger les éditions. Une fois, il consent à reprendre ses tragédies, il y fait quelques corrections, puis tout à coup, effrayé,

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