TARTUFE
l/ESrRIT RELIGIEUX IT RACINE M^
et tous les vices i\ la mode passent pour vertus. Le personnage d'homme de bien est le moilleurde tous les personnages qu'on puisse jouer >>. Si Louis XIV n'a pas tait entrer la véritable piété dans les cœurs, au moins il obtient de ses sujets qu'ils lui rendent cet hommage extérieur d'embrasser la profession d'hypocrite. Dieu seul peut sonder les consciences et les reins, le roi ne voit que les dehors; s'ils sont décents, il n'en peut pas exiger davantage. Don Juan ne quittera point ses douces habitudes; mais il aura soin de se cacher et de se divertir à petit bruit : « C'est ainsi qu'il faut profiter des faiblesses des hommes, et qu'un sage esprit s'accommode aux vices de son siècle '. »
La Bruyère dit la même chose : « Les dévots ne connaissent de crimes que l'incontinence, parlons plus précisément, que le bruit ou les dehors de l'incontinence. Si Phérécide passe pour être guéri des femmes, ou Phérénice pour être fidèle à son mari, ce leur est assez : laissez-les jouer un jeu ruineux, faire perdre leurs créanciers, se réjouir du malheur d'autrui et en profiter, idolâtrer les grands, mépriser les petits, s'enivrer de leur propre mérite, sécher d'envie, mentir, médire, cabaler, nuire, c'est leur état; voulez-vous qu'ils empiètent sur celui des gens de bien qui. avec les vices cachés, fuient encore l'orgueil et l'injustice ^? »
Le perfectionnement de ces mœurs nouvelles rend désormais grossiers et misérables les artifices de Tartufe. Molière pensait avoir fixé pour toujours le caractère de l'hypocrite, mais non. Il y a plus et mieux que la copie du théâtre, parmi les originaux de la cour et du monde. Onuphre l'efface. Celui-ci est plus consommé dans son art, plus fin, plus silencieux ettrompe plus sûrement la foule sans s'imposer à lui-même aucun