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Les Fou7'beries de Scapin. Acte II, scène vu

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dans la coméJio, Argaiite de la nécessité de plaider; mais dans la vie réelle il n'en va pas ains», et Charles Sorel nous représente dans son roman de Francion un malheureux tombé entre les mains d'un procureur: que n'en a-t-il pas eu ;isoufïrir?Ce procureur le trompe en prenant aussi la cause de la partie adverse; il ne lui parle que d'argent. II entle les écritures p;»r une façon d'écrire fort usitée dans les études des praticiens. Ce sont de grands caractères déliés qui ne permettent pas de mettre plus de deux mots dans la ligne; c'est encore une orthographe surchargée de lettres inutiles. Ne croyez pas qu'il se permette d'écrire p/erf sans d, et devoir (debvoir) sans 0; ce n'est pas lui qui veut qu'on écrive comme l'on parle. A-t-il une dépense à faire? Il ne s'en gêne pas, et sur les premières formalités d'une affaire il acquiert tout l'argent dépensé; il juge qu'il faut tel nombre de rôles, et après il faut qu'il les emplisse, quand « ce serait d'une chanson ».

Ces abus sont bien vieux et bien difficiles à déraciner ^ Le comte de Thibaudeau faisait remarquer là-dessus, au commencement de ce siècle, qu'il était beaucoup plus facile à l'empereur Napoléon de battre les armées de l'Europe que d'anciens procureurs du Châtelet, qui voulaient reconstituer l'industrie du Palais. Ces procureurs, assurément, descendaient en droite ligne de ceux dont parle Charles Sorel.

Ce n'était pas tout. Ces gains faits sur les écritures pouvaient paraître légitimes; mais, comme dit Scapin, il fallait des présents encore, et, en etfet, on ne devait aborder son procureur

1. En Tannée 1867, le ^fomteur enregistrait un projet de loi, présenté au Corps législatif, ayant pour objet de réduire ces gross?s écritures, et le rapporteur disait que le rôle se payant 2 francs, les avoués ou les notaires rédacteurs ne se sentaient pas engagés à supprimer les redondances, les synonynaes parasites, les phrases qui ne sont que la copie de la" loi, les superfétations qui. après avoir gonflé le cahier des charges, gonflent l'expédition, la transcription du titre et l'adjudication. Une note indiquait qu'au moment où Napoléon V^ avait mis au jour le Code de procédure, il navait pu diminuer tous ces abus.

^ue les maias bien garnies. Les plaideurs novices pouvaient se laisser prendre à certaines protestations de délicatesse. Le procureur se récriait de ce que l'on voulait attentera son honneur; il avait les mains nettes, il ne recevait aucun présent, et il éconduisait celui qui tentait de porter préjudice à sa réputation d'intégrité. Mais si l'infortuné plaideur prenait pour argent comptant ces paroles hypocrites, il était bientôt rappelé, et c'était madame la procureuse qui recevait, dans l'antirliambre, les cadeaux que son mari ne voulait pas accepter.

Il y avait aussi des plaideurs mieux avisés qui prenaient des biais et des moyens délicats pour faire agréer leurs présents. Ainsi, Charles Sorel nous cite le trait ingénieux d'un de ces plaideurs qui tombe en admiration devant certaines peintures d'assez médiocre exécution qu'il voit chez son procureur. Il veut les avoir, c'est une fantaisie; il e;i offre le triple de leur valeur; le procureur accepte, enchanté d'avoir des clients qui aiment si fort les peintures médiocres et les payent si cher.

Ainsi l'on s'enrichissait. Ce n'est pas tout d'acquérir, il faut savoir conserver. Ne craignez rien : la maison du procureur est réglée sur le pied de la plus stricte économie. La procureuse, en ce point, seconde admirablement son mari. C'est presque toujours une femme élevée dans le métier, lille de notaire ou de procureur, et de longue main elle a pris l'habitude de tout dispenser avec ordre.

Le procureur avait chez lui une dizaine de clercs, qui faisaient leur stage. Il était chargé de les nourrir, et il les nourrissait aussi peu que possible; il était chargé de les loger, et il les logeait dans les endroits les plus incommodes, dans les plus sales taudis. Ils travaillaient beaucoup. Ils n'étaient pas payés. Ils se levaient tôt, se couchaient tard. Rien de plus pénible que leur existence. Ils descendaient de grand matin à l'étude où le patron les avait déjà précédés; ils allaient au Palais, ils en revenaient vers midi, et ne trouvaient jamais au

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retour qu'une très niai^^ro chère. Nous avons une satire intitulée : les Misères des clercs de procureur. On voit là à comlùcn d'ennuis ils étaicntsouinisetciutlle habileté avait madame la procureuse pour profiter d'eux et en tirer le meilleur parti. Tantôt elle fait d'un clerc un marmiton, et il tourne la broche. Si le procureur reçoit ses amis, tel autre clerc est char^'é de verser à boire. Puis, quand il est temps de partir, c'est encore un clerc qui, le tlambeau à la main, reconduit chez eux les conviés. Un clerc sert aussi quelquefois de laquais à la demoiselle, et le maître clerc enliu, dans un besoin pressant, devient maître d'hôtel. Madame la procureuse tient les clefs du pain; il ne s'en mange pas un morceau sans son consenlement. Si elle sort, tout le monde jeune à l'étude, à moins que la servante n'aille dans la maison où madame est en visite, réclamer la clef du pain, ou qu'un clerc, rusé fripon, ne fasse charger l'armoire sur les épaules d'un commissionnaire, et n'en vienne, en pleine assemblée, demander l'ouverture. Mais tout cela n'est rien; une chose irrite bien plus les clercs et redouble leur mauvaise humeur, ce sont les propos tenus à table par la procureuse :

Et pendant le dîner, madame, tous les jours,

Ne lient à son mari sinon que ce discours :

Mon cœur, veux-tu savoir combien valent les vivres?

Onze pièces de bœuf me coûtent quatre livres,

Avecque seulement la fressure d un veau,

Savoir quatre aloyaux et six ronds de trumeau :

Le pain est hors de prix, el la viande si chère

Qu'il n'y a plus moyen de faire bunne chère;

Sans mentir j'ai sujet de beaucoup m'affliger,

Car nous aurions besoin de ne jamais manger.

Las! si le bon Adam n'eût point g 'ùté de pommes,

Nous ne nous verrions pas eu la peine oij nous sommes.

Que l'on s'étonne ensuite qu'à leurs moments de loisir, ces jeunes gens assemblés au cabaret dt3 la Madeleine y ou. de la

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Grosse- Ecritoiî'e y ou de la Bclle-llélène, fassent des satires de leurs patron?, et décrient leur métier, leurs maisons et leurs femmes!

Voulez- vous avoir le portrait d'un procureur? Furetière va nous le donner. C'est celui d'un homme fort connu et rendu immortel par ce vers de Boileau :

J'appelle un chat un chat, et Rollet un fripon.

Sous le nom de Volliclion, Furetière nous en fait la peinture suivante :

« Vollichon était un petit homme trapu, grisonnant, qui était du môme âge que sa calotte. Il avait vieilli avec elle sous un bonnet gras et enfoncé qui avait couvert plus de méchancetés qu'il n'aurait pu en tenir dans cent autres têles et sous cent autres bonnets: caria chicane s'était emparée du corps de ce peiit homme de la même manière que le démon se saisit du corps d'un possédé. On avait tort de l'appeler âme damnée, il fallait l'appeler âme damnante, car il faisait damner tous ceux qui avaient affaire à lui, soit comme ses clients, soit comme ses parties adverses. Jl avait la bouche bien fendue, ce qui n'est pas un petit avantage pour un homme qui passe sa vie à clabauder et dont une des bonnes qualités, c'est d'être fort en gueule. Ses yeux étaient fixes et éveillés, son oreille était excellente, car elle entendait le son d'un quart d'écu de cinq cents pas, et son esprit était prompt, pourvu qu'il ne le fallût pas appliquer à du bien... II avait une antipathie naturelle contre la vérité ^ »

Jusqu'ici nous avons vu les procureurs fort économes; mais le xvn^ siècle marche, les mœurs se gâtent, les bourgeois se corrompent. Il perdent leurs habitudes d'ordre ; l'afTection du luxe et de l'étalage les gagne à leur tour. Jadis les procureurs n'avaient d'autre plaisir que déjouer à la boule. Furetière nous

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