‹ Les français du XVII siècleChapitre 98 sur 125 · Furttière. Le Roman bourgeois · texte numérisé non relu

Furttière. Le Roman bourgeois

AVOCATS, PI\()CURi;UUS, HOMMES DE IlOBi: 245

les représente sur le quai Saint-Hornard, se livrant h cet exercice l't mêlant tous les termes du l*dlais à leur jeu. Regnard ' fait dire à Jupiter dans le prologue d'une de ses pièces : « Je me suis arrêté au IVtil-Carreau à jouer à la boule avec quatre procureurs; ils ne m'ont laissé (jue trente sols. — Où diable vous êtes-vous fourré là? dit Arlequin. Ces messieurs savent aussi bien rouler le bois que ruiner une famille. »

Mais voilà que les procureurs perdent ces anciennes coutumes. Ils ont maintenantd'autres distractions; on les rencontre souvent à Vaugirard, à la Tête du Maure, dans le cabaret où se rend la société la plus dissipée. On les voit aussi au Moulin de Javelle, l's se poussent dans le monde, ils arrivent môme jusqu'à la noblesse. Ainsi, M. Grimauclin vient d'acquérir le châleau et la seigneurie de Gaillardin. Elle ne lui a pas coûté grand'chose; il se l'est fait adjuger pour les frais d'une instance qui a duré dix.-sept ans; et le fond du procès n'est pas encore jugé. Qu'importe ! il prend possession de sa nouvelle terre. Tout est prêt pour la cérémonie, le village est sous les armes. M.Grimauiinveutqu*onen parle. Il veut aussiavoirdes témoins de sa gloire, et Martine lui annonce «deux carrosses tout pleins de madames et une charretée deprocureux qui venont d'arriver dans la cour de la farme ». Parmi les paysans, le magister du village sait que Grimaudin n'est que le cousin du meunier de Rougemare. Il essayera bien de lui susciter quelque embarras, mais il fera des couplets pour la fête, et finira par chanter avec les autres :

Célébrons la victoire D'un procureur fameux Qui, de son écriloire, S'est fait un deslin heureux.

i. Regnard. Le Divorce, théâtre italien.

En dépit de l'envie, Sans bombe et sans artillerie.

11 se rend maître d'un château Entouré d'un fossé plein d'eau K

Les femmes des procureurs se mettent aussi à aimer la dépense et à vouloir paraître. Autrefois elles regardaient les avocates avec envie et disaient: « Il n'y a que les avocates pour être magnifiques. » Elles n'ont aujourd'hui plus rien à leur envier. Madame B.'andiiieau a chez elle lable ouverte; on jour, on soupe, elle a pris un suisse, elle a une robe à queue, et se la fait porter pour ne pas figurer avec la populace. M. Blandineau tempête, il enrage de ces dépenses qu'il trouve dignes d'un traitant; il parle d'économie, mais on le laisse crier. Voici comment madame Blandineau l'aborde : « Je suis bien aise de vous rencontrer, donnez-moi de l'argent. — Mais hier, vous aviez vingt-cinq louis. — J'ai joué, j'ai perdu, j'ai payé, jo vais rejouer. — Mais, madame Blandineau!... — Eh! fi!... Monsieur Blandineau, au lieu de me remercier d'en prendre du vôtre ! C'est un bien mal acquis qui ne fait point de profit; je perds tout ce que je joue ^ »

Voilà la moralité de la pièce qui commence. Les maris ont acquis du bien par des procédés illégitimes, les femmes le dépensent en folles prodigalités, sans parler des fils. Tel est celui de M. Ganivet : il n'a d'autre souci que de dépenser l'argent de son père. Il a secoué la poudre de l'étude paternelle; ne lui parlez pas de sacs à procès, il est homme de qualité; il se lance dans le beau monde. Il vient de s'embarrasser sottement d'une grande virago de chanteuse, mademoiselle Michelle. Au Moulin de Javelle, il jette l'or sur la table de M. Bertrand, l'hôtelier; il croit se faire estimer de lui. Mais M. Bertrand s'y

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