Scène x
place à chaque fois qu'il faisait la révérence, et son chapeau si petit qu'il était aisé de juger que le marquis le portait bien plus souvent à la main que sur la lôte; son rabat se pouvait appeler un honnèie peignoir, et ses canons semblaient n'être faits que pour servir de cache aux enfants qui jouent à la cligne-musette. Un brandon de glands lui sortait de la poche comme d'une corne d'abondance, et ses souliers étaient si couverts de rubans qu'il ne m'est pas possible de vous dire s'ils étaient de roussi de vache d'Angleterre ou de maroquin. Du moins sais-je bien qu'ils avaient un demi-pied de haut, et j'étais fort en peine de savoir comment des talons si hauts et si délicats pouvaient porter le corps du marquis, les rubans, les canons et la poudre. Jugez de l'importance du personnage sur cette figure ^ «.
Mascarille, il faut en convenir, pousse à Texcèsles modes du jour ; mais ce qu'il y ajoute d'exagération ne détruit pas la vérité du tableau. Dans YÉcole des Maris, Molière revient à la charge contre le même travers. Sganarelle, fidèle aux anciennes façons du temps passé, daube sur les manières des jeunes muguets : « Ne voudriez-vous point, dil-il à son frère,
M'obli^er à porter de ces petits chapeaux
Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux,
ô)l de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure
Des visages humains offusque la figure?
De ces petits pourpoints sous les bras se perdans,
Et de ces grands collets jusqu'au nombril pendans?
De ces manches qu*â table on voit tâler les sauces?
Et de ces cotillons appelés hau(s-dc-chausses?
De ces souliers mignons de rubans revêtus,
Qui vous font ressembler à des pigeons pattus? ■
Et de ces grands canons où, comme en des entraves.
On met tous les matins ses deux jambes esclaves.
Et par qui nous voyons ces messieurs les galaas
Marcher écarquillés ainsi que d«%s volans * ?