‹ Les Français du XVIIe siècleChapitre 78 sur 108 · Mémoires du duc de Saint-Simon, t. IV, p · texte numérisé non relu

Mémoires du duc de Saint-Simon, t. IV, p

l'esprit religieux et racine 223

cortège aux grandes œuvres du passé, ce sont de belles funérailles. Mieux que les derniers écrits de Boileau, où respirent aussi la religion et ses graves soucis, ces deux poèmes accompagnent d'une pompe auguste et solennelle les derniers discours de Bossuet et les touchantes homélies de Massillon. Par eux on est consolé des malheurs d'un règne qui s'achève assombri par les scrupules d'une conscience effrayée; ils sont comme un brillant lambeau de pourpre jeté sur un suaire.

Je ne répéterai pas tout ce qu'on sait d*Esther. Ces représentations, où le roi né se lassait pas d'assister et de faire assister sa cour, ont été décrites par madame de Se vigne, et après elle il n'y a rien à dire ^ La jeunesse des actrices, leur candeur, leurs grâces enfantines, mais non dépourvues d'un manège de coquetterie piquante, leurs costumes opulents, les frémissements de l'assistance, les murmures flatteurs qu'excitait la beauté de certaines jeunes filles autant que leur débit savant et modeste, tout cela se peut imaginer comme le décor riant de cette suave poésie ».

1. Le roi vit en grand particulier, mais souvent et toujours chez madame de Maintenon, des pièces saintes, comme Absalon, Athalie, etc. Madame la duchesse de Bourgogne, M. le duc d'Orléans, le comte et la comtesse d'Ayen, le jeune com'e de Noailles, y faisaient les principaux personnages en habits de comédiens fort magnifiques, le vieux Baron, excellent acteur, les instruisait et jouait avec eux, et quelques domestiques de M. de Noailles. Lui et son habile femme étaient les inventeurs et les promoteurs de ces plaisirs intérieurs pour s'introduire de plus en plus dans la familiarité du roi, à Tappui de l'alliance de madame de Maintenon. Il n'y avait de place que pour quarante spectateurs.

2. Voici ce qu'en dit madame de La Fayette : « On y porta un degré de chaleur qui ne se comprend pas : car il n'y eut ni petit ni grand qui n'y voulût aller : et ce qui devait être regardé comme une comédie de couvent devint Taffiiire la plus sérieuse de la cour. Les ministres, pour faire leur cour en allant à celte comédie, quittaient leurs affaires les plus pressées. A la première représentation où fut le roi, il n'y mena que les officiers qui le suivent quand il va à la chasse. La seconde fut consacrée aux personnes pieuses, telles que le Père De la Chaise, et douze ou quinze jésuites, auxquels se joignit madame de Miramion, et beaucoup d'autres dévots et de dévotes : ensuite elle se répandit aux courtisans. Le roi crut que ce divertissement

Un critique ingénieux a montré combien ce triomphe d'Esther devait être facile et universel. Chacun y trouvait, en effet, ft tableau et miroir à la fois, miroir à des refiets d*aliusions rapides, passagères, et la netteté du tableau biblique n'y perdait rien; il en restait pur lui-même ^ ». On peut bien croire en effet que madame de Maintenon devait s*attribuer aussitôt les louanges qui lui revenaient pour \q% jeunes et tendres fleurs de Saint-Cyr; que cette Esther qui a puisé ses jours à une source impure rappelait à plusieurs VOrpheline des prisons de Niort; que madame de Grammont, tout occupée des soupirs et des larmes de Port-Royal, toute tremblante devant la persécution, applaudissait en son cœur à ces vers dirigés contre la prévention des rois qu'on trompe :

Je prévins donc contre eux Tesprit d'Assuérus : J'inventai des couleurs, j'armai la calomnie, J'intéressai sa gloire : il trembla pour sa vie. Je les peignis puissants, riches, séditieux : Leur Dieu même ennemi de tous les autres dieux.

Sion dépouillée de sa splendeur, plongée dans la poussière, couverte des vêtements de la captivité, nereprésentait-ellnpas avec fidélité aux âmes pieuses ces asiles de Port-Royal privés aujourd'hui des bourdonnants essaims, de ces chœurs pieux de jeunes filles élevées dans l'amour du Seigneur? Racine luimême ne mettait-il pas, dans ces couplets attendris, tous les souvenirs de sa première et innocente enfance? Oui, tout cela est vrai; mais, ce qui domine toutes ces impressions, c'est la joie secrète et le triomphe de Louis XIV ramené vers Dieu par cette aimable Esther, réconcilié avec lui-même, avec le ciel;

serait du goût du roi d'Angleterre : il Vy mena, et la reine aussi. Il est impossible de ne point donner de louanges à la maison de Saint-Cyr et à rétablis iemcnt. Aussi ils ne s'y épargnèrent pas, et y mêlèrent celles de la comédie. »

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