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Id. Les Trois Comines

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de pure imagination, Racine et ses amis l'avaient vu dans plus d'une maison de juge.

Pussort, en rédigeant des ordonnances contre les abus de la procédure, reconnaissait qu'il pouvait se trouver des procureurs honnêtes. De même, il n'était pas impossible de trouver des juges désintéressés; mais alors on les signalait, et leur intégrité était toujours entachée d'un peu de bizarrerie.

Tallemant des Réaux raconte qn'un M. de Turin, conseiller, donnait de grands exemples d'honnêteté. Un seigneur, qui qui avait gagné une grande affaire à son rapport, lui envoya un jour un mulet c^ui allait fort bien le pas. M. de Turin trouva ce mulet à son retour du Palais, il prit un bâton et le chassa hors de chez lui. Une autre fois, un gentilhomme lui fit un beau présent de gibier; il fit semblant de l'accepter, et, comme cet homme sortait dans la rue il lui jeta ce gros paquet de gibier fort rudement sur la tête, en disant qu'il apprît à ne pas séduire ses juges. Il faut dire qu'il vivait sous Henri IV, qu'il appelait son clerc cheval, son laquais mulet, et qu'il ne traitait pas sa femme plus délicatement ^

Un autre conseiller, dont Racine semble avoir entendu parler, était fort honnête homme, mais il était visionnaire : il ne parlait aux gens que par la fenêtre de son grenier. Un jour que la communauté des pâtissiers, dont il avait rapporté un procès, lui avait offert un pâté, il le précipita du haut de sa fenêtre par terre, devant la communauté tout entière, pour apprendre aux plaideurs à ne pas corrompre leurs juges.

Il est vrai que ces conseillers nous introduisent dans la magistrature : nous touchons là à l'une des gloires de la France.

Vous savez combien les nom de L'Hospital, de Pasquier, de Mole, de Lamoignon, méritent de respect et de vénération. Tous ces hommes-là, sortis des études des procureurs et des

1. Tdilemant des Réaux, Historiettes^ t. II, p. 80, édit. Garnier frères.

un peu humilié, ces grandes qualités n'eurent plus lieu de s'exercer; de plus douces vertus en prirent la place. On les vit dans Michel Le Tellier, si bien loué par Bossuet. Tourmenté sans cesse par les gémissements des malheureux plaideurs qu'il croit entendre le jour et la nuit, il s'applique à adoucir leur misère, à leur rendre la justice facile et propice. Il ne ressemble pas à ces magistrats toujours précipités, dont l'impé-. tuosité trouble ceux qui les abordent. Sous lui, la justice tient la balance égale, les juges que leurs coups hardis et leurs artifices faisaient redouter sent sons crédit. 11 met sa gloire à calmer les inquiétudes des affligés, tant par son abord aimable que par son intégrité et son attention à faire droit à chacun ^ Heureux s'il n'eût pas gâté cette gloire en signant la révocation de l'édit de Nantes!

Celle de Lamoignon, malgré Saint-Simon, est restée tout à fait intacte. Sa vie fut, en effet, des plus belles et des plus nobles ; consacrée aux fonctions les plus hautes, honorée par la pratique de toutes les vertus, illustrée par l'amitié de tout ce que le siècle eut d^sprits fins et délicats. Les grâces de sa personne, son affabilité, le soin qu'il prit de se faire aimer du barreau et des magistrats, une table éloignée de la frugalité de ses prédécesseurs, son attention à capter les savants de son temps, à les assembler chez lui à certains jours, à les distinguer quels qu'ils fussent, lui acquirent la réputation dont il jouit encore. On aime à se le représenter dans ses conversations familières avec Boileau, souffrant, excitant les vives saillies du satirique, éveillant à table son humeur et 3a gaieté, lui indiquant le sujet du Lutrin. Devant lui, comme devant tout le monde d'ailleurs, Boileau a toute sa franchise et sa liberté. C'est chez le président que se passe celte scène amusante racontée par madame de *Sévigné, où Despréaux, devant des jésuites, célèbre,

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