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LA MÉDECINE CIVILISÉE

La peste sévit à Alger en 1816 et 1817. Le gouvernement turc publia d'abord une ordonnance qui défendait de parler de la maladie. Il ordonna ensuite des prières publiques.

En 1832, le choléra fit invasion dans la colonie. Aussitôt éclatèrent de tous côtés les arrêtés, les prescriptions, les conseils ; tout cela ne pouvait faire ni bien ni mal ; mais si c’eût été le temps de rire, un digne médecin en aurait fourni l’occasion à tous les pestiférés. Il rédigea des avis officiels où il indiquait un régime à suivre, dont voici les principaux traits : « Cesser tout mouvement de onze heures à trois, et dormir encore pendant la plus forte chaleur ; — se tenir l’esprit en repos, — vivre sans crainte au milieu de l’épidémie, voilà la condition la plus favorable pour ne pas eu être attaqué. — Il faut conserver le calme de l’àme, éloigner les occasions de se mettre en colère. — Les affections tristes troublent les digestions , agitent l’àme pendant le sommeil, irritent continuellement le système nerveux. » Enfin il en revenait à l’ordonnance turque : « Il faut détourner son esprit de l’idée du choléra. » 11 conseillait de plus la sobriété, la chasteté, beaucoup d’autres vertus, non comme vertus, mais comme

remède. De Dieu, pas un mot. Les deys étaient -ils les plus sauvages?

Ce n’est pas la première ni la dernière fois que la médecine a pris la parole dans les affaires générales de la colonie, et il faut lui rendre la justice de dire qu’elle a , en général, fortement recommandé la pratique de certaines vertus. On étonnerait beaucoup nos esculapes si on leur montrait combien ils sont souvent d'accord avec ce catéchisme, qu’ils méprisent d’ailleurs, pour la plupart, si souverainement. J’en connais devant qui j’hésiterais à faire une telle démonstration : par conviction philosophique, ils en viendraient peut-être à conseiller la débauche ou l’ivrognerie. Quelle pitié de voir des gens de mérite recommander des vertus dont leur science leur fait reconnaître les bienfaits , et se montrer en même temps pleins d’animosité contre les doctrines et les ministres d’une religion qui seule a le pouvoir d’implanter et de faire vivre au cœur de l’homme ces salutaires vertus! 11 en est ainsi pourtant: le docteur qui vous ordonne le calme de l’àme au milieu des désastres publics, et jusque sur le cercueil de vos parents et de vos amis les plus chers ; qui défend les affections tristes, parce qu’elles troublent les digestions, et la colère, parce qu’elle irrite le système nerveux, traitera d’insensibilité sauvage, d'imbécillité fanatique la résignation chrétienne, ou l’attribuera toute à la construction particulière de la boîte osseuse de votre cerveau. Soyez sobre, chaste, patient par crainte de la maladie : vous devenez à ses yeux un homme sage, vous êtes maître de vos passions, vous avez un cerveau bien conformé. Pratiquez ces vertus parce (pie vous craignez l’enfer et parce que vous aimez Dieu , vous devenez un maniaque chez qui la bosse de la reli-

giosité est par trop proéminente. Ce sage médecin perdra lui-même toute patience, il s'irritera, il s’abandonnera, même en temps de peste, à la colère la plus violente, s’il voit un peu trop souvent, dans l’ hôpital qu’il gouverne, paraître le prêtre, qu’il ne peut pas en chasser absolument, et qui ne fait autre chose cependant que calmer les imaginations et raffermir les cœurs.

En revenant de l’hôpital du Dey, où il y a quinze cents hommes, soit malades, soit employés, et pas une chapelle, je causais avec un jeune chirurgien. «Voyons, disais-je, est-ce Dieu qui a fait l’homme? — J’incline à le croire, me répondit-il. — Pensez-vous que l’homme ait été créé seulement pour la vie misérable que nous le voyons mener ici -bas? — Il serait un peu hardi de l'affirmer, et la preuve en est difficile. Naître, faire ses dents, recevoir des férules à l’école, être battu et prisonnier au collège, porter la chaîne dans une caserne, et finalement venir mourir dans un hôpital d’Afrique,- c'est une pauvre destinée pour un être fabriqué avec tant de soin et qui semble appelé à de si grandes œuvres. Il est donc probable que quelque chose commence quand tout nous paraît être fini ;... mais je n’en sais rien. — Vous savez du moins que ce que nous appelons vertu est utile et même indispensable à la durée, à la solidité, à l’activité de la machine corporelle? — Pour cela, j’en suis sur. Lorsque la machine fonctionne sans vertu, ce n’est qu’une exception. — Eh bien! pourquoi les conditions de la bonne vie future ne seraient-elles pas les mêmes que celles de la bonne vie présente? Pourquoi l’àme n’auraitelle pas besoin d’un régime comme le corps? Dieu , qui a fait le corps et l'àme, et qui marque toutes ses œuvres du visible cachet d’une puissante unité, ne vous met-il pas

par là sur la voie de comprendre que ces excès, dont vous voyez les funestes résultats sur la matière, sont plus funestes encore à l’àme qui lui est momentanément unie? N'en faut -il pas conclure que, réciproquement, ce qui est un bien pour l’àme est un bien pour le corps; que la prière est un véritable remède , plus efficace souvent que tous les vôtres ; que la pensée qui domine l'àme fait sur le corps des cures que vous ne sauriez jamais opérer? — Je ne conteste rien , je n'affirme rien , me dit le jeune homme; je cherche, je doute, j'attends... Mais, ajoutat-il, j'attends comme un homme qui, sans savoir si la religion est divine, sait du moins qu’elle est utile et consolante , et sent dans sa conscience une obligation pressante de la respecter. Oui, la religion, par l'action qu’elle exerce surl’âme, est plus puissante que tous nos remèdes. Nous ne pouvons rien contre les passions, elle peut tout. Ni dans la trousse du chirurgien, ni dans les fioles de l’apothicaire, ni dans le savoir du médecin en chef, il n’y a la moindre ressource contre l’amour effréné du vin , contre la débauche , contre la nostalgie , trois causes de destruction plus puissantes que le feu de l’Arabe et la dévorante ardeur du climat. Quiconque a un peu vécu avec le soldat sait que le moral d’un homme religieux est plus solide qu’un autre. Est-ce un effet de l'imagination? est-ce le résultat d’une cause supérieure? voilà mon doute; quant au fait , il est sûr. Je l’ai observé cent fois, et vous pouvez croire que je ne suis pas de ceux qui voient avec horreur autour de nos malades des prêtres et des sœurs de Charité. S’il dépendait de moi que toute l’armée fût chrétienne et que tous les hôpitaux fussent desservis par des infirmiers voués à Dieu , je n’hésiterais guère ; je suis persuadé que la France y gagnerait deux à trois milliers

d’hommes tous les ans sur la seule armée d’Afrique. Nous aurions infiniment moins de malades, et ces malades seraient infiniment mieux traités. Le plus grand service que l'on pût rendre à nos malheureux soldats serait, je crois, de chasser de nos hôpitaux la race hideuse des infirmiers. Je ne sais pas si l'on en trouverait trois sur cent qui pour dix sous ne consentissent à tuer un homme en lui vendant du vin, des liqueurs fortes, des comestibles infects, dont ils font, en dépit de nos défenses et de notre surveillance, un commerce assassin. Quel dévouement attendre d’ailleurs de ces grossiers mercenaires? Ils voient avec plaisir expirer le malade sous le chevet duquel ils espèrent trouver quelques pièces de monnaie, et leur avidité le dépouille souvent sans même attendre que l’infortuné ait rendu le dernier soupir ! »

Par malheur les sentiments que me manifestait ce jeune chirurgien sont loin d’être partagés par le plus grand nombre de ses confrères. Il est aussi vrai qu’incroyable (pie beaucoup de médecins militaires ne peuvent pas supporter la présence ni l’action d'un prêtre , et que la plupart du temps l’administration, qui devrait lutter contre leurs préjugés, les seconde. Il a fallu, dans l’origine, que l’évêque et ses prêtres se missent à genoux , suppliassent cent fois le gouverneur pour obtenir la faveur d'aller se briser aux fatigues de la visite des hôpitaux, et cette bonne œuvre est pour ceux qui réussissent à l’entreprendre la cause de mille avanies. Dès que le prêtre se présente, il y a une nuée d'officiers de santé, de portiers, d'administrateurs qui se liguent contre lui et lui barrent le malade. On croirait que ce prêtre vient leur dérober quelque chose : ils s’épouvantent de la confession comme s’il s'agissait de les y faire passer; ils voudraient que l’u-

sage en fût aboli. Pour dégoûter le prêtre et la religieuse, il n’est sorte de ruses qu'on n’imaginerle manque d’égards, les tracasseries de tout genre , les grossièretés même sont prodiguées. Ce n’est pas assez, on a recours à la calomnie; on essaie de faire intervenir le commissaire de police et le gendarme. J'ai tenu en mes mains, j’ai copié, et je pourrais produire un rapport où l’on demande enfin au gouvernement de protéger les malades contre le zèle fanatique du prêtre qui les tue (1). Cette honteuse pièce, où l’orthographe et le français ne sont pas moins outragés que le bon sens, n'a pas été méprisée par l’autorité supérieure : elle a motivé envers d’honorables et pieux ecclésiastiques un rappel à des règlements sauvages qu’ils n’avaient pas violés. La moindre contravention contre une règle ignorée, absurde et souvent faite de la veille, contre une consigne de soldat , est exploitée par ces prêtrophobes avec une intelligence bête qu’on s’étonne de trouver en eux : cela grossit, cela monte, cela devient une affaire; on écrit, on fait écrire, le gouverneur en est importuné; on porte la question à Paris, d’où les bureaux envoient, selon l'usage, quelques fetfas imbéciles; tout s’envenime, et quelquefois le service religieux est suspendu. Pendant ce temps-là un malade demande le prêtre. « Il n’y a point de prêtre. — Mais je voudrais me confesser. — Attends ; dans quelques jours peut-être on permettra au prêtre de revenir. — Mais je sens que je meurs. — Eh bien! crève, est-ce

(1) Les officiers généraux, quoique moins durs que les médecins, disent aussi quelquefois qu’il ne faut pas tourmenter les malades, et que la présence d’un prêtre les tourmente toujours. Or ces hommes si scrupuleux ordonnent sans hésiter des évacuations d’hôpital en gros, prenant toute une file comme un boulet, sans s’inquiéter des mourants ni des autres; et l’on en voit rarement qui se donnent beaucoup de peine pour trouver une planche afin d’abriter ceux qui n’ont pas d’ubri; une pierre à mettre auprès de la paille sur laquelle ils couchent , pour qu’ils ne soient pas obligés de poser leurs tisanes à terre pèle - mêle avec les cuvettes, les vases de nuit, etc.

que tu ne peux pas mourir sans te confesser? Je m’en passe bien , moi ! »

Dans une pompeuse énumération des avantages faits en Algérie à la religion catholique, le ministère nous dit entre autres choses : Les militaires admis dans les hôpitaux peuvent aussi réclamer les consolations du prêtre. (Tableau de la situation des établissements français dans l’Algérie, 1840.) Sans doute ils peuvent réclamer ses consolations, pourvu que ce ne soit ni à Médéah, ni ix Mascara, ni à Milianah, ni à Tlemcen , ni dans une quantité d’autres camps où il n’y a point de prêtre; pourvu que ce ne soit pas à Alger dans les moments où le prêtre est exclu de l’hôpital, ni dans les moments de grandes maladies, où le prêtre ne peut suffire aux besoins d’un ministère limité par l’avarice du budget. Voyons comme il les obtient , là où il lui est permis de les obtenir, à Oran , par exemple.

Oran compte deux vastes hôpitaux, séparés T un de l’autre par une assez longue distance : il y a là, en temps ordinaire, huit cents malades, souvent mille et plus ; on y en a compté dix-huit cents, en proie à toutes les souffrances corporelles et morales, avides surtout de ces consolations du cœur que la religion seule peut leur donner. Pour suffire à de tels besoins, un prêtre est -il spécialement attaché à l’hôpital? Non ! Existe-t-il au moins dans l’hôpital une chapelle où le prêtre venu du dehors puisse dire quelquefois la messe à tous ces exilés mourants? Non! A-t-on seulement réservé un lieu où le prêtre puisse entendre une confession, déposer son surplis, les objets qui lui sont nécessaires pour l’administration des sacrements? Non! Le curé d’Oran et son vicaire, chargés d’une paroisse de huit mille âmes, peuvent entrer dans l’hôpital à

titre d 'étrangers, c’est toute la faveur qu’ils ont pu obtenir, et ils ne l’ont pas obtenue sans prières, sans combats même. Il a fallu que leur cœur, troublé par ces gémissements de l’agonie, leur inspirât des efforts suprêmes, et qu'on les accueillit par lassitude de les chasser toujours. Ils entrent donc, parcourent les salles à leur gré, causent avec qui bon leur semble, se retirent quand il leur plaît, voilcà leurs franchises. Mais s’agit-il d’entendre la confession d’un malade, d’administrer un mourant, alors le prêtre, sans assistant, sans aucune des choses accoutumées en pareille circonstance, n’avant pas un siège pour s’asseoir, pas une table pour y déposer les saintes huiles ou le saint viatique , pas un flambeau , pas même une aiguière pour les ablutions après la cérémonie, plus dénué au milieu de ces vastes salles qu’il ne le serait dans la plus pauvre cabane, le prêtre appelle à son secours les industries du missionnaire qui évangélise, au péril de sa vie, les contrées païennes ou sauvages. Tl se penche péniblement sur le lit du moribond, il l’entend et se fait entendre comme il peut; puis, la confession achevée, il se relève, tire d’un petit sac qu'il porte sous le bras son surplis, son étole, son rituel , le vase des saintes huiles; fait seul , sur le lit du malade, les dispositifs préliminaires les plus indispensables, et commence et termine les prières saintes, les bénédictions sacrées qu'il a le droit sublime de répandre sur ce jeune chrétien , consolé de les recevoir, même dans cet humble et pauvre appareil. Quel spectacle! Il y a cent ans, sous le gouvernement sauvage des Turcs, le prêtre et l’esclave étaient plus libres dans l’hôpital chrétien d’Alger! Et pourtant cet homme qui meurt, meurt parmi ses frères, meurt en quelque sorte dans sa patrie ! Ses sueurs et son sang ont rendu française la terre

où il expire ; ses ossements , qu’on y va déposer, seront une de ces puissantes attaches que la politique et la peur elles -mêmes ne peuvent rompre, et qui nous épargnent peut-être la honte d’un lâche abandon. La France lui a demandé sa vie, il la lui a donnée; en retour il demande des bénédictions qui le rassurent aux portes de l’éternité, une mort qui sauve sou âme et qui console sa mère; — et sans la charité obstinée d’un pauvre prêtre, ce bien qu’il a si chèrement acheté, ce bien auquel il a des droits imprescriptibles, l’infortuné ne l’obtiendrait pas! On le laisserait mourir dans l’inexprimable angoisse de ne pouvoir se réconcilier avec le Dieu de son enfance, Dieu terrible oublié jusque-là, et qu'hier, peut-être encore, jeune et comptant sur la vie , il n'a pas craint d’offenser, mais dont il se souvient à cette heure, et dont l'absence serait le plus insupportable de ses maux ! Hommessans entrailles! que vous en coùterait-ildonc pour épargnera ces malheureux de telles douleurs, pour les épargner à leurs parents, qui, les voyant partir, les ont déjà pleurés ! On vous abandonne les corps, on ne vous en demande pas compte ; quel besoin avez-vous de torturer et de perdre aussi les âmes ! Vingt à trente mille francs suffiraient pour entretenir un prêtre dans chacun des hôpitaux de l’Algérie ; et ces vingt à trente mille francs n’ont pas pu se trouver encore sur les millions qu’on dépense chaque année ! Et chaque année aussi des enfants de la France, après avoir bien servi leurs drapeaux, meurent par milliers, désolés ou réprouvés !...

Car la charité d’un seul homme a beau faire et se multiplier, elle n'y suffit pas. Quand la cérémonie que nous venons de décrire est achevée, le prêtre quitte son surplis, ramasse et serre son étole, son livre, les huiles saintes,

les espèces divines, et poursuit sa visite de salle en salle, jusqu’àceque d’autres malades réclament les secours qu’il vient d’administrer toutà l’heure; cette visitea lieu chaque jour, chaque jour ces cérémonies se répètent deux, trois, six et dix fois; mais, malgré l’infatigable sollicitude des deux prêtres de la paroisse, un certain nombre de malades échappent encore aux faibles bras qui s’ouvrent vainement à leur multitude. Ils meurent donc ayant pu en effet réclamer les consolations du prêlre, mais n’ayant pu les recevoir. Voilà ce que fait le prêtre,... lorsqu’il y en a un , lorsqu’on souffre qu’il se montre (1) !...

Oh ! qu’il faut que la charité du prêtre soit grande, et profonde, et vraiment divine, pour résister à tout ce qu’on lui fait subir ! Nous autres citoyens qui savons , armés des droits que la loi nous donne , faire plier les autorités les plus hautes, mettons-nous à la place de cet homme de bien qui se présente pour consoler ses frères souffrants , et qu’on renvoie avec des paroles insolentes, comme un vil intrigant, presque comme un malfaiteur: il insiste, on le chasse; force lui est de s’éloigner. S’éloigne-t-il pour toujours? Non, il reviendra demain ; il fera encore, l’été sous le soleil, l’hiver dans la boue, cette longue route qu’il a déjà faite inutilement; il reviendra braver ces mépris , frapper à cette porte qu’on refusera peut-être encore de lui ouvrir. Que veut-il? de l’argent, de l’avancement, des honneurs? Non, il ne veut que consoler ces pauvres inconnus qui sont là , gisants sur une paille malsaine, sans amis, sans secours; et que lui importe l’animosité de ceux qui se portent bien, les affronts

(1) En 18&3 cet état de choses était encore tel à Oran que nous venons de le dépeindre; nous doutons qu’il se soit amélioré. Quelques localités qui n’avaient pas de prêtre en ont reçu.

qu’ils s’apprêtent à lui prodiguer, pourvu que celui qui souffre éprouve, après l’avoir entendu, un peu de soulagement, pourvu qu’il soit sauvé ! Continuez votre œuvre, prêtres du Dieu vivant, apôtres saints! acceptez ees mépris qui seront un jour votre gloire; ne vous lassez pas de recevoir ces affronts qui vous rendent chers au divin crucilié ! Par là vous triompherez, et vos paroles seront bénies; et le jour viendra où le Tout-Puissant amollira les cœurs si durs qui prennent plaisir à vous persécuter.

Et vous, hommes saints qui, parmi les dégoûts que la France actuelle impose au sacerdoce, rêvez de plus durs travaux, venez ici. Vous fuyez l’éclat; vous n’aurez pas même l’éclat du sacrifice. Enfermez-vous dans un de ces hôpitaux , dans un de ces villages, vous y apprendrez à mourir tous les jours. Vous réhabiliterez un ménage d’ouvriers à demi-barbares, vous élèverez un pauvre enfant, vous administrerez un pauvre soldat à sa dernière heure; et, comme cet obscur soldat, vous succomberez inconnus, mais vous aurez part au prix des âmes, et je ne sais s’il est un lieu dans le monde où l’on en puisse faire une plus large moisson.

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