‹ Les français en AlgérieChapitre 25 sur 29 · REPONSE DES CHEFS ARABES A UNE PROCLAMATION DO GOUVERNEUR GÉNÉRAL · texte numérisé non relu

REPONSE DES CHEFS ARABES A UNE PROCLAMATION DO GOUVERNEUR GÉNÉRAL

DE L’ALGÉRIE

« Louanges à Dieu.

« De la part des fidèles serviteurs du Dieu tout-puissant, de ceux qui font la guerre pour la gloire de son nom , des grands marabouts, aghas , kaïds etsheikhs soumis àTautorité du prince des croyants. Abd-el-Kader.

« Au gouverneur de la ville d’Alger seulement (1).

« Salut à celui qui suit la vraie voie et qui a abandonné la voie du mal.

« Que Dieu éloigne de vous toute prospérité et rapproche de vous tout malheur! Nous avons trouvé et lu votre proclamation; elle a excité en nous le plus vif étonnement. Il estimpossible qu’un être raisonnable puisse exprimer de semblables idées. Celui qui réfléchit à la conséquence des événements peut prévoir facilement qu’elle sera entièrement contrair e à vos désirs et à vos projets, et que vous serez bientôt, s’il plaît à Dieu, forcés d’abandonner le pays de l’islamisme ; bientôt vous en arriverez à ce point, et ce sera votre faute ; votre impatience et votre peu de sagesse en auront été cause. En effet, lorsque vous étiez en paix avec notre seigneur l’imem, prince des croyants, El-Hadj-Abd-el-Kader-ben-Mahhied-Din, vous avez joui d’une abondance dont vous n’aviez pas d’idée dans votre pays; vous avez été trop tôt rassasiés.

« Quant à nous, nous vous combattrons jusqu’à ce que vous soyez

1) C’est à-dire qui ne gouverne que la ville d’Alger, le reste du pays étant au pouvoir des croyants.

NOTES

vaincus : des présages antérieurs nous l’assurent. Comment pouvez-vous penser, en la fausseté de votre jugement, que nous puissions abandonner notre religion et y forfaire? Non, par Dieu, cela ne sera pas! La guerre seule existera entre vous et nous. Cette guerre sera même soutenue par nos enfants, jusqu’à ce que Dieu fasse connaître sa décision ici-bas.

« Nous resterons soumis à notre seigneur et maître, et nous ne forfairons jamais à ses ordres. Par Dieu, nous éprouvons une grande joie lorsque nous apprenons que vous devez faire une excursion quelque part que ce soit, car nous trouvons ainsi l’occasion de vous combattre et de tuer vos plus braves guerriers , dont vous êtes foreés de semer çà et là les cadavres dans les ravins et les broussailles.

« Vous nous menacez de dévaster nos moissons et de pénétrer dans toutes nos provinces. Nous n’attachons aucune importance à la destruction de ces moissons, attendu que les terres de vos seigneurs les Arabes sont sans limites, et que leur fertilité est immense. Quel dommage peut nous causer ce que vous pourriez détruire? Nous habitons sous la tente et nous montons les plus nobles des coursiers. Nos bêtes de somme sont innombrables. Vous ne nous inspirez aucune crainte.

«Vous nous dites de reconnaître votre domination et votre gouvernement, comme l’a fait la province de Constantine ; cette province même sera la cause de votre ruine; ses habitants ont été attirés par l’espoir du gain et du pouvoir; ils vous abandonneront quand ils auront appris à connaître votre injustice et votre cupidité. Demain vous trouverez des ennemis dans ceux que votre aveuglement vous fait considérer aujourd'hui comme amis.

« Reviens donc à des idées plus raisonnables. Eh quoi ! ne sais -tu pas que, tandis que tu viens parcourir sans aucun fruit notre pays, nos guerriers s’enrichissent des dépouilles de tes sujets, que tu as laissés sans défense à Bouffarik, Douera, etc., et même jusqu’à Alger? Au lieu de venir abattre nos masures que nous t'abandonnons , va donc porter secours aux établissements si riches de ceux dont la garde t’est confiée.

« Tu nous menaces d’occuper Béni-Salah, Hamza, etc.; mais n’as-tu pas déjà occupé Médéah et Milianali? A quoi te servent ces villes si bien fortifiées , si ce n’est à devenir le tombeau de tes plus braves soldats? Tu ne pourrais adopter un système meilleur à nos intérêts , car il fait fuir sous nos drapeaux les soldats qui meurent de faim chez toi, et il empêche nos musulmans d’abandonner leur religion pour une si triste existence.

« Tu nous dis que tu nous feras la guerre pendant dix et quinze ans; nous, nous ne mettons pas de limite à cette guerre; nous vous combattrons pendant la durée de notre vie. Cette guerre fait notre félicité ; par cette guerre nous obtiendrons le bonheur dans cette vie et dans l’autre!

« Tu nous dis de nous soumettre à ta domination, et que tu respec-

NOTES

teras la loi du Prophète. Abandonne ta religion du fond de ton cœur; dis aussi du fond de ton cœur la parole sacrée qui est notre profecsion de foi : « Il n'y a de Dieu que Dieu, et Mohammed est son prophète.

« Observe les lois prescrites par lui , et après nous verrons si nous devons nous soumettre à ta domination.

« Écrit par ordre des principaux chefs de l’émir Abd-el -Kader, le 17 de rabiah 1256 ( juillet 1840.) »

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