EXHORTATION A LA GUERRE SAINTE
El - Hadji- Mahy -end - Din-ben- Ali-ben - Embarek (1) à tous les gens du Sahel , de l'Est et de l'Ouest (1835).
« Que la miséricorde de Dieu soit sur vous.
« Les croyants sont entre eux comme les pierres d’un bâtiment ; c’est mutuellement qu’ils se soutiennent. Il convenait que nous vous avertissions; nous l’avons fait, mais vous avez été sourds à nos conseils. Vous avez tous été d’accord pour devenir des infidèles ; vous avez servi le mécréant du fond de votre cœur; vous ne redoutez pas la colère de Dieu : vous ne vous souvenez plus du jugement dernier.
« Vous devez cependant vous rappeler que l'an passé , quand la bonne intelligence existait entre nous, vous avez vendu, acheté et commercé avec toutes sortes d’avantages; votre aveuglement a rompu cette bonne intelligence, et vous a jetés dans la fausse voie ; aussi ce qui vous reste à faire aujourd’hui est d’offrir à Dieu votre repentir, et de vous jeter dans les bras des vrais croyants.
« Abandonnez donc le Sahel, et venez; ne craignez ni pour vos biens
(1) Ce Mahy-ed-Din ( appui de la religion) est celui qui futaghades Arabes au service des Français.
NOTES
ni pour vos personnes. Je vous jure au nom de Dieu qu'il ne vous sera rien fait. Venez, et vous réjouirez Dieu, les prophètes et tous les vrais fidèles.
« Sachez, au contraire , que si vous continuez à servir les mécréants, vos tètes et vos biens ne seront plus respectés par les musulmans : ils pourront s’en emparer. Ainsi s’exprime la loi.
« Comprenez donc enfin nos paroles; réunissons - nous : et le bien comme le mal nous seront désormais communs: le même cœur fera agir les mêmes bras.
« Mais si vous vous obstinez à mépriser nos discours, le jour viendra où il ne vous restera que d’inutiles regrets. L’infidèle ne saurait demeurer longtemps; l’heure approche où Dieu l'exterminera, et rien 11e pourra non plus vous préserver de sa colère. Salut.
« Ne craignez point qu’il vous arrive comme à El-Abey-ben-Alouali ; avec la protection et l’aide de Dieu , nous lui rendrons tous ses troupeaux et tous ses biens (1). »
Ahmed -ben- Mohamed- ben - Salem (2) à tous les Zouathnas de la Metidja.
Juillet 1838.
Après les compliments , etc. :
« Jusqu’à quel point vous êtes-vous donc oubliés, pour rester encore dans la dépendance des Français? Vous êtes cependant musulmans, vous êtes nos frères, nos amis, et, moi le premier, je suis des vôtres. Je suis et j’ai toujours été votre meilleur conseiller. Vous n’ignorez certainement pas mes dispositions à votre égard.
« Si vous suivez mon avis, retournez à vos demeures, allez à vos récoltes. Les impies (que Dieu les maudisse ! ) ne vous seront d’aucune utilité. Vos propriétés, votre religion surtout, voilà ce qui vous servira. Ne craignez rien, je vous donne l’aman (le pardon ) de ma part et de la part du sultan ; aman entier, et qu’aucun prétexte ne fera violer.
« Dieu a dit :
« On doit pardonner à ceux qui ont oublié leurs devoirs.
« Vous êtes musulmans; or, le Prophète, sur qui soit le salut, a dit:
(1) Les troupeaux de Ce Ben-Alouah avaient sans doute été enlevés par les Français ou leurs alliés.
(2) Ben-Salem , bey de Sebaou , l’un des khalifats d’Abd-el-Kader les plus actifs et les plus dévoués.
NOTES
« Les musulmans devront se soutenir entre eux , comme les pierres d’un mur se prêtent mutuellement appui.
« Dieu a dit aussi :
« Ne vous approchez pas de ceux qui ont été injustes , de crainte que , comme eux , vous ne brûliez dans les flammes éternelles.
« Il a dit aussi :
« N'aidez en rien les ennemis , obéissez à la voix de Dieu , car il est terrible dans ses châtiments.
« Et dans un autre passage :
« Que la vie de ce monde ne vous éblouisse pas.
« Ainsi donc soyez nos frères, rangez- vous à notre obéissance. Quant à moi , j’espère bien que vous serez inscrits parmi nos soldats ; vous serez soldats victorieux ; les tribus trembleront à votre nom; vous regagnerez la protection de Dieu et de son prophète. Plus rien ne vous résistera alors; l’ennemi fuira à votre approche, et le diable rentrera dans l’enfer.
« Ne suivez pas la voix de vos sens; elle vous conduit à votre perte; elle vous éloigne de Dieu et de sa loi. Ne pensez pas au traitement rigoureux que vous avez éprouvé de la part du sultan ; cet événement malheureux était écrit dans le livre du destin , et Dieu seul pouvait le prévoir.
« Je le répète, vous êtes croyants ; vous savez toutes choses aussi bien que moi ; et vous savez également que lorsque Dieu aime une de ses créatures , il l’accable de maux pour l’éprouver et pour la combler ensuite de ses grâces.
« Ainsi, mes amis, retournez à moi et à vos coreligionnaires, vous en serez récompensés en ce monde et dans l’autre.
« Salut. »
P. S. « Vous devez bien voir que je ne désire en toute chose que vous donner de bons conseils, qui serviront dans ce monde et dans l’autre. Je ne demande de vous aucune marque de reconnaissance; c’est votre bien que j ’ai en vue , parce que vous êtes musulmans , et qu’il n’y a que le s musulmans qui puissent vous être utiles. Le règne de l’impie ne durera pas. Dieu vous rendra ce que vous avez perdu. Au reste, vous savez fort bien que ce monde est périssable, et que les bonnes actions seules restent. Si vous voulez revenir à Dieu et au sultan , donnez-en la moindre preuve. Quant à moi, je vous le conseille, et soyez persuadés que jamais je ne vous oublierai, que mon cœur se navre de douleur en pensant à vous.
« Retournez à votre pays , c’est ce qui vous convient le mieux. Si vous vous décidez à prendre ce parti, instruisez-moi de votre résolution.
« Salut. »
NOTES
Mohammed - E ffendy -el-Qadiry , descendant d’Abd-el-Kuderel - Gilany , à l'empereur du Maroc.
Au Caire, mai 1838.
« Le Dieu très -élevé a dit, il vous a fait répéter :
« Préparez tout ce que vous avez de moyens de défense, de forces et de chevaux, afin de faire trembler les ennemis de Dieu.
« Au nom de Dieu clément et miséricordieux.
« Louanges au Dieu qui protège et fortifie les chefs de l’islamisme , « Qui rend leur gloire éternelle , les fait vivre chéris et honorés , qui embellit leurs États et accroît leur prospérité !
« A notre seigneur, fils de notre seigneur, fils de notre seigneur,
« Le sultan, fils du sultan, fils du sultan,
« Notre seigneur, notre maître, le sultan Abd-er-Ahman.
« Que la louange soit à Dieu.
« Que le soleil éclaire de ses rayons le khalife de l’Occident;
« Que l'astre de la nuit projette sur lui sa pâle lumière!
« Ce chef de tant de nations étrangères et de tribus arabes,
« Qui comble de bienfaits les créatures placées par le Très-Haut à sa droite, à sa gauche ;
« Qui par sa grandeur d’âme , sa générosité, ses vertus incomparables, s’est attiré l’amour des peuples ;
« A qui l’on est fier d’obéir, dont on prononce le nom avec orgueil , dont on est heureux d’exalter la gloire ;
<( Ce chef, soleil et lune de bonheur,
« Essence , parfum délicieux des trônes les plus élevés ,
« Étendard flottant de justice, mine de vertus, puits de science, phare éclatant, auprès duquel on vient chercher la vérité!
« Ce chef, lion d’une forêt de flèches,
(( Qui sait inspirer le respect et la terreur au plus grand de la terre , « Sur qui Dieu se plaît à répandre ses plus insignes faveurs ,
« Que la volonté du Très-Haut fait planer au-dessus des sultans les plus puissants.
« J’ai l’honneur d’exposer à V. M. que je ne cesse pas de faire des prières pour elle dans les mosquées et dans tous les endroits où se réunissent les fidèles. J’ai surtout redoublé de zèle lorsque j’ai appris que vous secondiez, secouriez, aidiez et honoriez celui qui est compté comme un des nôtres,le seïd El-Hadj-Abd-el-Qàder-Ould-Mohbi-Eddin. Que le Très-Haut éternise le règne de notre seigneur le sultan dans la suite
NOTES
des siècles, Amen, Amen, Amen; par les mérites du prophète des vrais croyants, et salut sur les envoyés de Dieu, et louange à Dieu, seigneur des mondes. »
Le même au seul El-Hadj-Abcl-el-Qâder.
Après des compliments respectueux et infinis et des invocations à Dieu et au prophète :
« Dieu a dit : « Préparez tout ce que vous avez de moyens de défense, « de forces et de chevaux , afin de faire trembler l’ennemi de Dieu. » Agissez donc promptement selon ce verset du Coran. D’ailleurs un homme comme vous n’a pas besoin d’explications.
« Vous savez que le khalife a fait la guerre sacrée , et a fait pour ainsi dire des miracles ; ce khalife est le descendant du seïd Abd-el-Qâder-el- Gilany. Vous devez suivre ses traces et son exemple. Dieu m’ordonne d’aller vous trouver, et me le commande impérativement; et cela pour rétablir la paix entre les hommes et pour délivrer les gens qui croient des mains des infidèles. Enfin, j’irai sous peu vous voir, et cette visite me fera un plaisir indicible. Vous le savez, ceux qui fréquentent les impies s’écartent de la voie de Dieu , et par conséquent ils ne pourront réussir. J’espère que le Très -Haut permettra que ce soit par vous que toutes les affaires se rétablissent, et que vous délivriez les fidèles du poids que les impies font peser sur eux. Je suis convaincu que , par vous aussi , les croyants seront élevés, et que vous répandrez la parole de l’islamisme, de manière à ce que les infidèles soient humiliés et que leurs forces soient anéanties et dispersées. Pour cela vous aurez une immense récompense de Dieu, et j’espère y avoir part lorsque je serai arrivé près de vous. Le prophète a dit : « Les actions selon les intentions. » Si Dieu se sert de vous pour diriger un homme , faites-le , car c’est une grande et belle mission.
« Salut sincère à toutes les personnes qui vous entourent, ainsi qu’à vos enfants, votre famille, les ulémas et les saints.
P. S. « Si vous le pouvez , tâchez de me trouver un bâtiment chrétien , et envoyez-le à Alexandrie , afin que je m’embarque pour aller vous rejoindre. Si ce bateau était à vapeur, ce serait beaucoup mieux. Il faudrait qu’il arrivât dans le milieu du mois de rabia-el-tâny. Je demande un bateau à vapeur, afin que je puisse arriver plus tôt auprès de vous, car les bâtiments à voile ne nous manquent pas. »
NOTES
Le même aux aghas d’Oran sans exception et chacun par son nom.
Après des compliments respectueux :
« Dieu a dit que « celui qui s'éloigne de Dieu et de son prophète, et « qui ne croit pas au jour du jugement, ne réussira point. » On trouve aussi dans les histoires du Prophète, que celui qui s’associe à une nation sera jugée comme elle. J’espère que le Très -Haut arrangera les affaires entre vous, qui êtes un des princes des musulmans, et qu’il vous délivrera de la fréquentation des impies. Avec l’aide de Dieu, je me rendrai près de vous sous peu, afin d’établir une paix solide entre vous et notre fils Abd-el-Qàder. Vous aurez alors, par mon entremise, des emplois élevés. Il n’arrivera enfin que ce qui pourra vous faire plaisir. Tâchez de vous appuyer sur la religiou, soyez nos frères fidèles. Ne vous écartez pas de la bonne voie. Notre arrivée ne se fera pas attendre, et alors toutes les affaires s’arrangeront comme vous le désirerez. Vous ne verrez d’Abdel-Qâder, ni d’autres, aucun mal. Avec l’aide de Dieu, je me charge de tout terminer. Que Dieu nous dirige, ainsi que vous, dans sa religion. »
( A Mustapha-ben-lmayl.) (4 mois.)
P. S. « O vous qui êtes agha des musulmans, comment avez-vous fui le djéhad, et vous êtes-vous mis ducôté des infidèles? Cependant, d’après la loi vous êtes obligé d’attaquer l’ennemi de Dieu , qui vous a foulé aux pieds dans votre pays. Quand l’ennemi marche contre vous, tous les musulmans et même les femmes doivent faire la guerre contre lui. Mais la guerre entre les musulmans est strictement défendue. Le Très-Haut a dit : « On ne trouve pas de gens qui croient en Dieu et au jour du juge- « ment qui se mettent contre Dieu et son prophète, et ceux qui y croient « doivent être contre eux , quand même ils seraient leurs pères. » Il est urgent que je me rende près de vous pour vous sortir des ténèbres où vous vous trouvez , et vous tirer de cette obscurité. Comment ! vous êtes musulmans de père en fils , et jamais vos ancêtres ne se sont comportés comme vous ! V ous avez des ulémas, vous lisez le Coran, et la plus grande partie d’entre vous a visité la maison de Dieu ! Que Dieu rétablisse vos affaires, et qu’il vous fasse retourner sous la loi de Mahomet!
« Si Ton me donnait l’ouest de l’Afrique, je ne me dérangerais pas. C’est la peine que me donnent l’état dans lequel vous vous trouvez et vos divisions qui me fait un devoir de venir près de vous pour vous mettre
NOTES
d’accord, car c’est mon devoir. S’il plaît à Dieu, vers la fin de la naissance du Prophète, je serai chez vous. J’ai prévenu de cela notre fils le Hadj-Abd-el-Qâder, et je vous en préviens aussi. Appuyez- vous toujours sur les hases de notre religion, et ne la changez jamais. Revenez de votre erreur, et n’aidez pas les infidèles contre les musulmans. Soyez musulmans vrais, et vous serez à l’abri de tout mal. Remettez vos affaires entre les mains de Dieu, qui vous récompensera. »
A ces exhortations nous joignons la pièce suivante, qui fera comprendre de quel respect sont environnés les saints personnages qui viennent de Turquie, d’Égypte, ou du Maroc, prêcher la guerre sainte en Algérie.
« Achmet- Pacha- hen - Mohammed - Schérif.
« Ceci est une pièce respectable, qui renferme des paroles graves concernant une personne digne de tous les respects et de toutes les dignités. Tous ceux qui ont du pouvoir dans le pays, qu’ils soient beys, ulémas, khalifats, ayas, commandants de troupes arabes ou autres, prendront connaissance de cet écrit, que nous ne livrons qu’à un homme savant, illustre, élevé, respecté, honoré, et d’une sainte famille. Cet homme est le chef saint Abi-Abdalhah-Mohammed-el-Scheik, fils du savant, du saint le seïd Ab-el-Kerim-el-Facoum, décédé.
« Nous lui conservons les titres qu’il a reçus de nos seigneurs les pachas et de nos frères les beys, par lesquels il était reconnu prince, directeur des pèlerins, courrier de la maison de notre seigneurie Prophète. Il les gardera taut que les vagues de la mer auront mouvement, parce qu’il imite la conduite régulière de ses pères, qu’il est saint, juste, bienfaisant, qu’il a des principes surs, qu’il se gouverne d’après la loi de notre seigneur le Prophète (que Dieu le salue!). Il ordonnera la générosité, la justice; donnera la nourriture aux pauvres, et maintiendra la paix dans le monde. Il aimera les gens de bien, et détestera les méchants, donnera son âme au Dieu très-élevé , et sacrifiera toute sa fortune pour faire le bien. Aussi faut-il qu’il soit respecté de tous et bien accueilli partout. Nous lui avons accordé cela, parce qu’il descend d’une famille savante et sainte, qu’il n’a fait que du bien et s’est toujours abstenu du mal, et qu’il est de notre devoir de faire respecter les ulémas et tous ceux qui sont descendus des prophètes, et en particulier de notre seigneur Mohammed; Dieu aie le salut sur lui!
« Ce saint homme est un bon iman (prêtre) et un bon prédicateur aux grandes mosquées ; ces fonctions ont déjà été exercées par ses encètres. Ce sont eux qui ont toujours administré les biens de ces mosquées, qui gouvernaient les gens qui en dépendaient, entretenaient les immeubles
«OTES.
et les meubles, prêchaient le Coran. Ce qui n’était pas dépensé de ces revenus ils le gardaient. Le seïd Abi-Abdalhah-Mohammed-el-ScheLk, jouira des mêmes droits. Tout le monde lui doit le respect, à lui, à sa famille, à ceux qui sont dans sa maison et même , selon l’ancien usage, à ceux qui s’y réfugient. Sa maison est le refuge des malheureux , des coupables et des étrangers. Les voisins de cette maison lui doivent des respects ; l’homme le plus criminel , s’il parvient à s’y réfugier, doit être respecté. Nous recommandons également du respect pour ses serviteurs» comme Ouled-Ibara, Béni-Ouaftin, El-Etouara, même pour ses cultivateurs, ses associés, et tout ce qui dépend de lui. Personne ne doit leur faire de mal; on devra au contraire les respecter. Tous ces biens et ceux qui dépendent de lui sont délivrés de tout droit.
« J’ai dit cela en suivant les ordres de mes prédécesseurs et pour l’amour de Dieu ; c’est pour qu’il nous récompense.
«A la fin du mois de méhassam, le premier moi s de l’année 1242(1826).»