‹ Les français en AlgérieChapitre 28 sur 29 · LETTRE REÇUE LE 10 JUIN 1841 AU BIVOUAC DE KHESS1BIA · texte numérisé non relu

LETTRE REÇUE LE 10 JUIN 1841 AU BIVOUAC DE KHESS1BIA

« Louanges à Dieu !

« De la part des grands de Gheris et de leurs voisins, les Ghrébas, les Beni-Chengran et autres, au chrétien Bugeaud. Salut à qui suit la vraie voie et s’y complaît! Ta lettre est arrivée entre nos mains, nous l’avons lue. Tu nous dis que tu veux faire le bonheur de notre pays; mais quel bonheur pour nous est préférable à celui de faire la guerre sainte , de garder notre pays , de nous maintenir en présence de l’ennemi , même sans le combattre? Car Dieu nous a fait un mérite de tous les torts que nous faisons éprouver à notre ennemi , et de toutes les difficultés que nous lui suscitons.

« Tu ambitionnes notre soumission et notre obéissance : c’est chose impossible, et à laquelle ne doit même pas songer un homme qui a de la raison, du bon sens et de la prévoyance. Mais nous savons que tu es trompé par ceux qui t’entourent et par ton ambition. Songe que notre religion l’emporte chez nous sur tout autre sentiment, et que nous reconnaissons le pouvoir de notre sultan.

« Tu te réjouis de nous avoir fait sortir de notre pays et d’avoir brûlé notre blé et notre orge ; rien de cela ne nous cause de grand dommage.

DOTES

Nous supposerons que le Ciel n’a pas versé la pluie fertilisante sur nos champs, que nos moissons ont été desséchées, et nous vivrons du produit de nos récoltes précédentes , car nous avons des grains pour plus de sept années. Et quand tu aurais brûlé toutes les moissons de Gheris , ne nous resterait-il pas celles des Yacoubia, du Dakar (partie du littoral), duTsel (partie cultivable avoisinant le désert), des Enguèd, des Kabyles, tels que Beni-Zenessen , Kebdèna , Kelaïa , et des tribus soumises à notre maître Abd-er-Ahman (empereur du Maroc)?

« De même que Dieu a mis des vaisseaux sur la mer, il a mis des chameaux sur notre continent; avec eux on porte les fardeaux les plus lourds et on rapproche les plus grandes distances. Du reste, n’avonsnous pas dans le désert des dattes, qui peuvent nous tenir lieu de grains?

« Fais la récapitulation de ce qui est sorti de ta main et de ce qui y est entré pendant cette expédition, et si tu vois qu’il ne t’y reste rien, fais un chargement des pierres de Mascara et de la terre de Gheris, et envoie-le à Paris , afin de t’en faire un mérite auprès du roi.

« Si nous ne te combattons pas, c’est que chacun est occupé à moissonner, à battre et à vanner; lorsque ces travaux seront terminés, il arrivera ce que Dieu aura permis d’arriver.

« Tu connais notre manière de combattre, et si tu comptais les prisonniers que nous avons faits sur vous, ceux que vous avez faits sur nous, si tu comptais nos morts et les vôtres, tu saurais que dans chaque combat vous avez été vaincus, et cela depuis l’invasion des Français jusqu’à ce jour.

« Voilà la réponse que nous faisons à ta lettre. »

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