I. HiMnéu ÈtaU-Unis, vol. U, p. 708, m
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» au coin du feu que nous entretiendrons toute la
» nuit; les ombres de nos braves tombés dans le corn- » bat sont entrées si avant dans la terre, qu'il est im- » possible, désormais, d'entendre leurs cris de ven- » geance. Je place, ajoutait Pieskaret, une pierre sur » leurs tombes, afin que personne ne puisse remuer » leurs os. » Paroles poétiques, mais décevantes t Les Abenakis du Maine étaient plus sincères. Touchés par la charité de Silieri, ils avaient dematulé des missionnaires* On leur envoya le P. Gabriel Dreuillettes, qui bôtilune chapelle vers rembouciiure du Kennebec. Jogues fut offrir l'amitié de la France aux Onondagas» A son retour, les Jésuites conçurent la pensée d'établir une mission permanente chez les Iroquois. Il fut clioisi pour la fonder, a Ibo et non redibo, j'irai et ne viendrai pas, » dit-il en partant; pressentiment qui ne devait point le tromper : les Mohawks le firent prisonnier et le condamnèrent à mort, comme enchanteur et destructeur dp leurs moissons. Il reçut la mort avec calme. Sa tète fut pincée sur les palissades du village et son corps jelc dans le Mohawk.
La guerre commença. Les Iroquois envahirent le territoire huron et attaquèrent les missions. «Le 4 jnil- B let 1648 au matin, alors que les guerriers étaient » à la chasse et qu'il ne restait au village que les fem- 9 mes, les enfants et les vieillards, le P. Antoine » Daniel entend des cris de terreur. Il accDurt et voit
» ses convertis, frappés d'épouvante, tomber victimes » de la fureur des Mohawks. L'âge le plus tendre » a obtient pas merci» la faiblesse du sexe n'inspire » point de pitié. Un groupe de femmes et d'enfants » court vers lui pour échapper au tornaliawk, coiiime » si ses lèvres» messagères d*amour, pouvaient trou- » ver des paroles capables d'arrêter la rage de l*en- 0 nemi. Ceux qui jusqu'alors avaient dédaigné son
• ministère implorent la grâce du baptême. Il les ^ exliorle à demander pardon à Dieu de leurs fautes, t et plongeant son mouchoir dans Teau, il baptise, » par aspersion, la foule des suppliants. A ce moment » môme les palissades sont forcées. Fuira-t-il? U court B d'abord aux vrigwams pour baptiser les malades. Il » donne ensuite une absolution générale à tous ceux » qui la demandent et se prépare à sacrifier sa vie en » obéissance à ses vœux. Le village est en feu et les
• Mohawks s^approchent de la chapelle. Daniel s'a-^ » vance avec sérénité à leur rencontre. Saisis d'éton* » nement, les barbares hésitent un instant, puis, re- » culant, ils lui envoient une décharge de flèches. Dé« » fjguré, criblé de blessures, mais dominant pur sa
• voix les clameurs des sauvages, il continuait à par- » 1er avec une énergie surhumaine, tantôt les mena* y> çant de la colère céleste, tantôt adoucissant ses ac« » cents pour se faire apôtre de grâce et de miséricorde. y> Tels furent ses derniers moments jusqu'à ce qu'en-
» fin un coup de hallebarde lui douaa la mort» Cette » victime de l'héroïsme de la charité mourut le nom » de Jésus sur les lèvres. Le désert lui fourmi uae 9 tombe et les Hurons le pleurèrent ^.
Un an après, ces scènes de carnage et de désolation se reproduisaient dans le petit village de Saint- Ignace. Les habitants de Saint-Louis fuyaient dans les bois; les retardataires étaient massacrés. C'est à Saint-Louis qu'habitaient Brébeuf et Lallemand. Tous deux auraient pu fuir. Mais n'avaient-ils point aussi des catéchumènes à baptiser; des malades et des mourants à soutenir et à administrer? Les deux mission* naires ne voulurent pas laisser échapper cette occasion de conquérir la palme du martyre , qu'ils appe* laient de tous leurs vœux et de toutes leurs prières. J'ai dit avec quels rafiQnements atroces de cruauté les Mohawks exaucèrent ces vœux.
La même année» le 7 décembre» les sauvages sur* prenaient la mission de Saint-Jean , dont le bourg principal comptait cinq à six cents familles , sous la direction du P. Charles Garnier. c Ce furent des D cruautés inouïes. On arrachait à une mère ses en- » fants pour les jeter au feu ; d'autres enfants voyaient » leur mère assommée à leurs pieds ou ^éiiiissantc » dans les flammes» sans qu'il leur fût permis ni aux
i. Hùiùw$ dei ÉMS'Unù, roi II, p. 796.
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• lins ni aux autres d'en témoigner aucune compas- » sioo. C'était un crime de répandre une larme. Ces 1 banbares , voulant qu'on marchât dans ta captivité 9 comme ils marchaient dans leur triomphe, un pauf vfo mère chrétieiuae, qui pleurait la mort de son » enfant, fut tuée sur la place, a Le P. Garnier court drx>it à Téglise» où il trouve quelques cbirétie^s* c Nous sommes morts, mes Trères, leur dit>il ; priez » Dieu et prenez la fuite par où vous pourrez éch^p- 1 par. Portez votre foi avec vous le reste de votre vie»
• et que ia mort vous trouve songeant à Dieu. H leur donne promptement sa bénédiction et vole de nouveau au secours des âmes. Personne ne songeait à la défense. Quelques-uns trouvent une issue favorable à la fuite, et invitent le P. Garnier à les suivre. Il refuse et continue de parcourir ce champ de carnage, donnant l'absolution à ses néophytes, cherchant dans les cabanes en feu les eiifaats malades et les catéchumènes pour les baptiser. Ce fut pendant raccompUssement de ces devoirs sacrés qu'il reçut la mort. Un premier coup de ieu Taiteignit un peu au*dessous de la poitrine ; une autre balle lut traversa le bas- ventre et la cuisse; il s'affaissa. Sun aieurtrier le dépouilla de sa soutane, et le laissa nageant dans son sang» pour courir à la poursuite des fugitifs ^
.1. Ragaenean : Belation de ce qui s'est passé en la Mitswn des pères dêjétui, Paris, mi, p. 30.
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Loin d'attiédir l'ardeur des missionnaires, les massacres et les tortures semblèrent l'aviver. C'est à ce moment que ie désir d'évangéliser les cinq nations elles-rnèines devint chez eux une idée lout à fait arrêtée. De l'obstacle» ils veulent faire jaillir ie succès. Elles étaient bien faibles les chances de toucher le c(eur de ces populations pillardes et guerrières. Le moment n'était guère propice, d'ailleurs. Enflés de leur triom< phô sur les Hurons, munis d'armes à feu achetées aux Hollandais, les Iroquois en étaient venus à attaquer les Français eux-nièines. Vainqueurs aux Trois-Rivières, dont ils avaient tué le gouverneur, et à Silleri, d'où ils avaient enlevé un prêtre, leurs détachements défilaient lièrement sous les murs de Québec. Ils avaient chassé les Ottawasde leurs anciennes demeures, et les avaient rejetés dans les forêts de la baie de Saginaw. iN importe. Les Jésuites disaient Dieu le veut, comme l'avaient dit les anciens croisés. Les Pl\ Lernoyne, Dablon, Dreuillettes, Mesnard et Chaumonot furent envoyés chez les cinq nations.
Quelques débris des tribus huronnes s'étaient mêlées aux Onondagas. Le P. Lernoyne retrouva donc des convertis dans les solitudes du nord et de l'ouest. Établi sur les bords du JMohawk, il commença ses pré< dications, au milieu de la tribu du même nom, la plus puissante de la confédération. Efforts stériles : quotoi ans après son arrivée» les Mohawks le contraignaient
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à regagner Québec. Les Oaondagas» qui avaient reçu la première yisile de Jogues, se montrèrent moins
insensibles, ils accueillirent avec bienveillance les PP. Dablon et Ghaumonot, et tinrent une assemblée générale, dans laquelle ce dernier remua les coeurs. Le lendemain, les chefs et les guerriers se pressaient autour des missionnaires, t Terre heureuse, chantaient- » ils, terre heureuse dans laquelle les Français vont 1 vivre I » et le chef menait le choeur, c Bonnes nou* » velles 1 bonnes nouvelles I il est bien que nous ayons » parlé ensemble ; il est hon que nous ayons reçu des ^ ^ messagers célestes. » En un jour, les Indiens bâtirent une chapelle, c Nos marbres et nos métaux précieux » sont des planches de sapin, disait Dablon. Mais on > trouve aussi bien le chemin du ciel sous un toit gros- 1 sier que sous des voûtes peintes et dorées !» A la suite des missionnaires, cinquante Français vinrent s'établir sur le territoire des Onondagas. Les ilmyas et les Onéidas voulurent aussi un jésuite : ils reçurent l'intrépide P. Réné Mesnard. Chaumonot étendit son œuvre sur les territoires plus fertiles et mieux peuplés des Senecas.
Un résultat immense, surtout pour l'avenir, sem--
blait atteint : à [)arL les Mohawks, la confédération lescinq nations paraissait gagnée au christianisme et à la France. C'était compter sans la mobilité propre à ces races sauvages, et sans 1 hostilité plus ou moins
patente des colons de la Mouvelle-Angleterre. Une guerre avec les tribus du lac Érié et de TOhio ranima tous les instincts féroces des Iroquois. Les missionnaires revirent les seènes dont ils avaient eux-mêmes fait plus d'uue fois le sanglant ornement : les villages détruits, les prisonniers scalpés et jetés aux flammes;
leurs corps dévorés 1 Les Onéldas massacrent trois Français; ceux*ci saisissent des Iroquois en représailles. Les Onondagas eux-mêmes se déclarent contre nous. C'en est fait de ces quatre ans d'eilorts et de travaux. En même temps que les Mohawks chassaient le P. Lemoync, nous étions contraints d'abaaduiiiier les missions de l'Oswego.
Ala même époque, les Jésuites se lançaient dans les déserts de l'extrême ouest, far west^ marquant, cette fois encore, la route de leur sang. Deux jeunes marchands de fourrures s'étaient, en 1654, aventurés, en compagnie d'Ottawas et d'autres Algonquins, dans la région des grands lacs. Ils avaient visité les Knisteneaux, dont les villages s'étendaient jusqu'aux rivages de la mer du Nord, et les Sioux, fixés plus loin que le lac Supérieur. En 1656, ils rentraient à Québec accompagnés d'une flottille de cinquante canots, montés par cinq cents homiiies. Ces Indiens demandaient l'amitié de la France, un traité de commerce avec elle, et des missionnaires pour leurs tribus. L'entreprise échut au P. Gabriel Dreuillettes, que nous avons déjà
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trouvé dans les forêts du Maine, et au P. Léonard Gareau» un vétéran des missions huronnes. Us quittent Québec au milieu des cris de joie et de triomphe; c'étaient des cris d'adieu aussi. Les Mohawks attendaient leur flottille au-dessous de Mootréal. EUe fut dispersée, et Gareau mortellement blessé dans l'action* '
Le P. RénéMesnard reprenait, quatre années après, Fœuvre si tragiquement interrompue de son confrère Gareaû. Les peuplades de la baie Verte et des bords septentrional etoccidentaidu lac Supérieur, visités par nos marchands de fourrures» sollicitaient notre protection contre les envahissements des Iroquois. Soixante canots chargés de pelleteries et trois cents Algonquins- étaient venus à Québec à cet effet. Mesnard partit immédiatement avec eux. Ses préparatifs furent des plus simples. N'avait-il pas placé, comme il le disait lui-même, sa confiance dans cette Providence qui nourrit les petits oiseauX| < et habille les fleurs sau- » vages de la forêt? » Son âge et ses infirmités lui conseillaient le repos : il avait assez payé sa dette à son ordre et à TÉglise pour refuser une mission qu'ambitionnaient tant de ses confrères, et que révéque de Québec, François de LavaU aurait voulu se réserver. Mais de pressants instincts, l'espoir du martyre le poussaient en avant. Dans trois ou quatre mois^ écrivait-il à un de ses amis, vous pourrez me compter au
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nombre des morts. Ën octobre, il atteignit la baie quH nomma Sainte^-Thérèse, et qui est peut-être la baie de Keweena, sur le rivage sud du lac Supérieur. Après y avoir résidé huit mois, il céda aux instances des Hurons réfugiés dariK File Saint- iMichel; et, faisant ses adieux aux Français et à ses néophytes, à tpu8 ceux qu'il ne devait plus revoir sur la terig^e, il se dirigea, suivi d'i^n seul homme, vers la baie 4b Che-moi-me-Gon. Des relations semblent indiquer qu li put la voie du lac Keweena et de Portage. Là, pendant que son compagnon transportait leur canot, Mesnard se perdit dans la forêt, et on ne le rçvit plus» Lonjj;,temps ap^ès, sa soutaoe et son bréviaire étaient encore vénérés par les Sioux comme des amulettes. »
La troisiènie tentatiye d'exploration du far we$t est
celle du P. Claude Allouez. La situation s'était un peu améliorée. Si les MoUawks persistaient dans leur mimîtîé implacable, les Senecas, les Cayugas et les Onondagas avaient reçu de nouyeau le P. Lemoyne et concla la paix avec nous. La compagnie des Cent-Associés, doul Richelieu avait fait partie, s'était démisse de ses droits en faveur de Louis XIV, et Colbert avait concédé le Canada à la compagnie des Indes occidentales* Un régiment de troupes royales tenait garnison daps la colonie ; elle avait à sa tête trois hommes de
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gouverneur, et Talon, intendant. Les représentants de
la France pouvaient désormais promettre aux tribus indiennes, qui recherchaient son amitié, une aide plus efficace et une protection moins stérile.
L'exploration d' Allouez dura deux ans , dont il ne déroba pas un seul jour à la poursuite de ses tins. Dans les deux premiers mois de sou départ, il avait atteint la rivière Sainie-Marie, qui sert de déversoir à l'énorme nappe d'eau du lac Supérieur dans le lac Huron. Puis entrant dans le lac Supérieur, qui se dé-* roulait dans son immensité à ses regards émerveillés, il avait célébré la messe sur la rive méridionale. Il avait offert aux Chippewas Talliance de la France contre les Iroquois et les Sioux, leurs puissants ennemis, fondé dans la baie de Ghe-goi-me-Gon la mission du Saint-Esprit, et visiLc les débris des Ottawas et des Hurons, errant dans les solitudes marécageuses du nord du lac Supérieur. LesPotawalomies vinrent à lui, des profondeurs encore inexplorées du Michigan ; les Sacs et les Renards, de leurs territoires, abondant en daims, en buffles et en castors. Les Illinois, race hospitalière, qui n'avait point de canots et ne connaissait d'autres ai nies que l'arc et la flèche, les Illinois, dont les rangs s'étaient éclaircis sous les coups des Iroquois et des Sioux, lui confièrent leurs peines, c Leur pays, )> dit le missionnaire, est le meilleur champ pour » l'Évangile. Si j'en avais eu le loisir, je seràis allé
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» chez eux, pour vérifier de mes propres yeux tout le » bien qu'on m'en avait dit. t A l'extrémité ouest du lac, sur les bords d'une grande rivière que les fndiens nommaient Mississipi, Allouez avait rencontré les tribus des Sioux, qui se nourrissaient de riz sauvage et couvraient leurs toits en peaux de bêtes, au lieu de planches de bois.
Deux jours après son retour h Québec, Allouez en repartait en compagnie du P. Nicolas. Il retournait à Che-goi-me-Gon, tandis que les PP. Dabion et Marquette élablissaient, ciiez les Chippewas, la mission du Sault-Sainte-Marie. Les noms de ces trois hommes resteriL iiiscpariiljli's dans riiisloire. lissont parvenus à la gloire humaine sans avoir jamais songé qu'à celle de Dieu. L'aiguillon du devoir et de la charité les avait poussés dans le désert : la loi dans la Providence leur donna la force de supporter les épreuves d'une vie toute de misères, de privations et de dangers.