‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 17 sur 61 · I. â€i Étatt'Umt, t. U, p, SiO, 811, 81t · texte numérisé non relu

I. â€i Étatt'Umt, t. U, p, SiO, 811, 81t

LE CANADA m

Cavalier de la Salle, jeune gentilhomme français. Entré de bonne heure chez les Jésuites, contre le gré de sa famille, de la Salle y avait fait de bonnes études et s'y était distingué par son zèle et la pureté de ses mœurs. Cependant, il les avait quittés, sans prononcer de vœux, et était venu chercher dans le Nouveau* Monde une vie qui convenait bien à ses penchants aventureux, à ses goûts belliqueux iît à ses désirs de fortune et de gloire. Arrivé au Canada, il avait tout d'abord exploré les lacs Erié et Ont;irio ; puis, il avait réussi à grouper, autour du fort Frontenac, quelques éléments de colonisation: des Frangais, des missionnaires franciscains, réapparus en Amérique, et des familles d'Iroquois. L'œuvre prospérait, quand les récits de l'exploration de Marquette et de Joliet vinrent enflammer cette imagination, que tourmentaient sans cesse les prouesses des grands navigateurs des deux siècles précédents. De la Salie partit pour la France et en revint, avec des lettres patentes, contresignées deSeignelay, qui lui accordaient le monopole du commerce des peaux de buffle et Fautorisation de parfaire i exploration du grand fleuve.

Le centre de Texpédition nouvelle fut la rivière Niao^ara ; e/est là qu'il établit un comptoir et amena une partie de ses compagnons sur une barque de dix tonneaux, la première qu'ait vue cette rivière. C*estde là que Tonti, son lieutenant, et le franciscain Heone-

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pin établirent des relations d'amitié avec les Senecas, tandis que la Salle lui-mèaie envoyait un petit détachement préparer sa voie dans ruiînois. C'est là, enfin, qu'au grand étoiincnient des Indiens^ au bruit de l'artillerie et au chant du Te Deum^ on lança un petit bàtiiiiciit de soixiinte tonneaux, le Griffon, sur lequel la Salle, ïonti, Hennepin et leurs compagnons s'embarquèrenty le 7 août 1679, pleins de confiance et d'espoir.

Ils ne furent pas trompés tout d'abord. Après avoir

traversé heureusement le lac Érié, la rivière Détroit sur les bords de laquelle la Salle eut l'idée de fonder un établissement, le lac et la rivière Saint-Clair, le lac Huron, et après avoir établi un comptoir à Mackinaw» à rentrée du lac Michigan, le Griffon ]eUi Tancre dans la baie Verte. De là, renvoyant son bâtiment à iSiagara, et divisant sa troupe en petits détachements» la

Salle revint en canots à Tentrée du Michigan, eL bâtit en attendant un comptoir fortifié connu sous le nom de fort des Miamis, à Tembouchure du Saint-Joseph , sur cette pointe môme où le P. Allouez avait établi un village de cette tribu. On sonda fembouchure du Saint-Joseph et on plajita des bouées pour en marquer le chenal. C'étaient des jalons pour l'avenir. Mais le Griffon, tant désiré, ne reparaissait pas. Impatient, la Salle laisse une dizaine d'hommes à la garde du fort des Miamis, et se décide à pénétrer lui-même» avec

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Tonti, le P. Hennepin, deux autres franciscains et

trente hommes, dans le Kankakée. Desccadaut ce cours d^eau» ils arrivaient, à la fin de décembre» à un village indien, sur l'Illinois, non loin sans doute d'Ottawa, dans le comté qui a reçu et garde encore de nos jours le nom de la Salle lui-même.

Suivant leur coutume dans la saison d'iiiver, les naturels étaient à la chasse. C'étaient des Illinois ; ils présentèrent aux visiteurs le calumet, demandant en échange des haches et des armes à feu, et revendi* quant la protection de la France contre les Iroquois* Us parurent contents des projets d'établissement de la Salle dans leur contrée, donnèrent des renseigne» ments sur le Mississipi et s'offrirent pour guider la troupe jusqu'à son embouchure. La Salle avait su ga«* gner la coiiliaiicc des Indiens, seul gage du succès de son entreprise. Mais le Griffon n'apparaissait toujours pas ; et sa perte devenait probable. Les hommes de la Salie se désespéraient. En vain leur montrait-il i union comme le seul moyen de salut, en vain rendait-il à chacun sa liberté pour le printemps. Rien ne relevait leur courage et leur énergie. Plus heureux que Colomb dans sa vice-royauté de Saint-Domingue ou sur les rivages delà Jamaïque, la Salle n'eut pas à combattre une mutinerie ouverte. Mais te nom de Crèveeœwr donnée par lui au iort qu'il bàlit sur les bords de l'Illinois, à quatre journées du lac Péoria, révèle trop

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éloquemment tes sentiments d'anierttme qu'avaient

éveillés en lui rabattement et le mauvais vouloir de ses compagnons.

L'immense patssaneé de la volonté se révéla tout entière dans cette crise. Livré à lui-même, à quinze cents milles de rétablissement français le plus proche, entouré dans le désert de tribus d'une foi équivoque, sans espoir du côté de Québec, il sut encore inspirer à ses hommes la résolution de construire une barque. Il mterrogea les Illinois et leurs captifs du sud sur le cours du fleuve et put former des conjectures sur la rivière Tennessee. Il partit enfin au muis de mars, pour le fort Frontenac» où il allait chercher des cor-* dages et des agrès pour sa barque. Trois hommes raccompagnaient^ armés comme lui d'un mousquet et chaussés de mocassins. La petite troupe suivit le pied de la chaîne des collines qui sépare le bassin de TOhio du bassin des lacs, traversant les forêts» les marais, les neiges fondantes, n'ayant pour boisson que Teau des sources et pour nourriture que les produits de sa diasse.

Pendant ce temps, Heniiepin, porteur du calumet et suivi de du Gay et de Michel d'Acault, descendait rillinois jusqu'à sa jonction avec le Mississipi, et remontait celui-K^î, non point jusqu'à sa source comme il le crut, mais au delà seulement du confluent du Wisconsin. Il donna aux grandes chutes du ilisaissipi leiiom

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de Saint- Antoine de Padoue, et grava, sur unarbre, près d'elles, ia croix et les armes de France. Fait prisonnier des Sioux pendant une de ses excursions dans le désert, et bientôt relâché, il regagna, par le Wisconsin et ia rivière Renard, la mission française de la baie Verte. Tonti, de son côté, bâtissait un fort sur un rocher qui dominait l'iiiinois et tout un riche et beau pays, couvert de prairies verdoyantes et des plus beaux arbres de rAniénque. Mais, suscités par les ranemis de la Salie, les Iroquois vinrent troubler l'entrepri>e, qui dut finalement être abandonnée, au moment même où les ouvriers désertaient les travaux du fort Crèvecœur. Tonti et ses quelques hommes se réfugièrent au lac Michigan, où ils furent recueillis par les Potawatomies. Un vieux père franciscain, Gabriel de la Kiijoui de, resta seul à Rock-Fort.

Revenu de Frontenac, avec de grands moyens en hommes et en approvisionnements, de la Salle passa une année à visiter la baie Verte, à trafiquer avec les Indiens, à retrouver Tonti, à construire enfin une grande barque. Il descendit alors le Mississipi jusqu à la mer. t Son œil sagace discerna les curieuses res- • sources de celte superbe contrée. En élevant une » cabane sur ia première hauteur du territoire Ghik- » kasa , en dressant la croix sur les bords de TAr- » kaii^as et en arborant les aimes de France près du » golfe du Mexique, il devinait la future affli«(3nce

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» d'émigrants» et croyait entendre les pas de cette » multitude en marche pour venir prendre possession » de la grande vallée du Mississipi. Ën même temps, il > en revendiquait le territoire pour la France et lui » donnait le nom de Louisiane ^ d

Seignelay, héritier des idées et des pians de son illustre père, ne fut pas plus tôt informé des découvertes de la Salle qu'il s'occupa de les coloniser. Dans les premiers mois de 1684, une flotte partait pour les bouches du Mississipi. Elle comprenait quatre vaisseaux portant deux cent quatre-vingts personnes, prêtres» soldais, volontaires, ouvriers, jeunes femmes mariées. L'ordre de Saint-François et le séminaire de Saint* Sulpice avaient fourni par moitié les missionnaires, dont l'un» sulpicien» était neveu de la Salle. On comptait deux de ses autres neveux, le jeune Cavalier et Moranget, parmi les trente volontaires. Joutel commandait les soldats et Beaùjeu la flotte. Les ouvriers apparte* naient à divers métiers. Malheureusement, ils étaient peu habiles» et les soldats étaient de celte race turbulente et indisciplinée» qui fournissait alors aux colonies leurs garnisons» comme auparavant elle avait fourni aux princes et aux cités leurs troupes mercenaires, leurs condottieri et leurs reîlres. Les plus folles espérances guidaient les volontaires» impatients

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