‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 19 sur 61 · Histoire dei ÉtaU-Unis, t. Il, p. Ô21-S2S · texte numérisé non relu

Histoire dei ÉtaU-Unis, t. Il, p. Ô21-S2S

n ' LBS FRANÇAIS BK AMÉRIQUE

Le frère de la Sâile» un de ses neveux» Joutel et cinq de leurs hommes, réussirent, à travers imlle obstacles, à gagner une branche du Mississipi. Là ils aperçurent une croix sur une Ue. Auprès de la croix s'élevait une hutte de bois. Tonti avait descendu la rivière, et, consterné de ne point trouver la Salle, s'était établi prèadeTArkansas. Une femme indienne ensevelît les restes mortels de la Salle et suspendit sur sa tombe des offrandes de mais.

J'ai fait de mon mieux dans les pages qui précèdent pour rendre un juste hommage a des hommes dont nous devons d'autant plus conserver la mémoire qu'ils n'ont pas reclierché la gloire de ce monde, se contentant, dans leur foi et leur humilité» du témoignage de leur conscience et de la satisfaction du devoir accompli. J'ai raconté l'intrépidité, le zèle, l'abnégation de ces missionnaires, qui abandonnaient leurs cloîtres tranquilles el leur patrie, pour porter la parole du sa* lut au sein des peuplades farouches du nouveau continent. J'ai fait voir leurs découvertes dans ces contrées inconnues el presque inaccessibles, les progrès que le christianisme a dus à leurs travaux apostoliques, et l'éclat nouveau qui en a rejailli sur le nom de notre France chérie. Cette esquisse cependant serait incomplète si je n'ajoutais que l'évangélisation des Indiens, les voyages dï^xploraiion et les soins de la colonisation n'ont pas absorbé toute l'activité des mission-*

LE CâI^ADA

naircs. L'bisloire et la philologie leur sont redevables de nombreux éeriis pleins de faits, d'enseignements el de récits aussi fidèles qu'intéressants. Le Père de Charlevoix a été Thistorien de la Nouvelie-France et des élablissements espagnols à Saiul-Doiiiingue. Son livre est une mine de renseignements où M. Bancrofl reconnaît avoir largement et avantageusement puisé. On doit au P. du Tertre une histoire précieuse des tutelles françaises ; au P. Labat de curieux ren* scigneuieiils sur ces colonies. Le IVanciscain Mambré, les jésuites Gravier, Dûment, Du Pratz, Le Jeune, Mermet, Rasle et tant d iiutres dont les noms m'échappent, ont consigné dans leurs lettres et leurs mémoires des délails précieux sur les mœurs et les habitudes des Peaux-Rouges. Us ont jeté des lumières durables sur les nombreux et bizarres idiomes du conlinent américain, depuis le détroit de Behring Jusqu'à la Terre de Feu, idiomes féconds en problèmes pour la curiosité et la science, et qu'un ecclésiastique, M. l'abbé Brasseur de Bourbourg, a récemment abordés dans un livre , qui le place au premier rang dans la philologie et i'ethuologie.

Lliistoire de la colonisation de TÂmérique du Nord est en partie Thistoire de la lutte des deux grands peuples qui s'y sont de bonne heure rencontrés. Cette httte, que nous allons Toir se dessiner et bientAt éclater

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dans toute sa tbrce» prendra naissance dans i avidité mercantile et commerciale que Ton retrouve au fond de tous les plans de conquiHe et d'eavahissement de l'Angleterre. Les marchands de la cité de Londres pèseront sur les résolutions de Guillaume d'Orange, comme dans l'Inde, au xviu^ siècle» ils ont pesé sur les tristes exploits des Warren Hastings et des Clive» et, de nos jours, en Chine, sur la conduite de l'amiral Napier. L'Angleterre ne néglige aucun moyen de succès. Elle inonde en ce moment l'Australie et rOcéanie de plus de bibles et de missionnaires que de marchandises et do douaniers. Ces bibles à bon marché» ces missionnaires qui voyagent avec toutes leurs aises» ont beaucoup servi la suprématie com*merciale de la vieille et joyeuse Angleterre, old Merry England. Aussi peut-on se demander si elle ne les a pas employés dans les soUtudes du Nouveau-Monde. La réponse de l'histoire est négative. Les fils de ces puritains qui avaient cherché en Amérique un refuge contre l'intolérance de V establishment anglican , un coin de terre pour y prier Dieu librement» disaient-ils, n'ont guère songé à porter sa parole au milieu des Indiens; s'ils n'ont pas, à Toceasion» tiemblc devant les tortures, ils ne sont point allés les affronter au sein des forêts vierges et jusque dans les wigwams. Il manquait à ces âmes stoïques et pureSf mais étroites et froides, Télân et l'enthou-

siasme qui gagnent les ccéurs ignorants et domptent

les âmes rebelles. Clarke, Elliot, Roger Williams honorent assurément i humanité. Mais ce sont des sages» des philosophes plutôt que des apdtres. Sans vouloir blesser aucune conviction sincère ni me montrer injuste à Tégard du clergé protestant, je ne saurais lui reconnaître la vocation particulière des missions. Les ministres de la réforme sont, en général, des gens instruits, honnêtes, dévoués à leurs devoirs dans Fenceinte de leur église et dans le cercle de leur troupeau. Mais ils sont pères de famille; de là, malgré eux, certaine attache aux biens de ce monde, et certain souci de la vie incompatibles avec les devoirs du sacerdoce et les périls de l'apostolat. La famille du prêtre catholique, c'est celle de son maître, c'est l'humanité entière. Le Christ veut que ses ministres soient tout a lui, partout et toujours. Ne prenez pas sa croix, si vous la trouvez trop lourde : mais si vous Tavez prise, tâchez de la porter jusqu'au bout. L'isolement du monde, la renonciation aux joies de la faiiiille ioiii partie intégrante de la Ibrce cl de la grandeur du sacerdoce.

L'Angleterre a le droit d'opposer ses grands hommes aux nôtres ; bliakspeare à Molière et Corneille; Newton à Descartes ; Chatam à Richelieu. Elle peut à juste titre être fière de ses marins, Blake, jNelson, CkM>k, comme nous le sommes de Duquesne, de Suf-

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fren et de La Peyrouse. Elle peut même s'enorgueillir de Marlborougb et de WeUiagioo« bien que ces aoms pâlissent auprès de ceux de Turenne, de Ciondé et de Napoléon. Quels hommes opposera-t-elle aux Marquette» aux Lallemand » aux Allouez et aux Brébeuf ?

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