I. Biitoire det ÈtaU-Unk, U U, p. d
l'on en exagérât les conséquences, et que Ton portât
atteinte à Tintégrité de la Nouvelle-France, telle qu'elle restait après le traité. Les Anglais ravivaient et exagéraient les droits des cinq nations. Ils excipaient de je ne sais quel traité de 1701, par lequel les Mohawks et les Onéidas avaient placé leurs territoires de chasse sous la prolcclion britannique. En 1726» le gouverneur de la Nouvelle-Angleterre Burnet renouvelait ce prétendu trailé avec des chefs qui n'avaient . point qualité pour des cessions de terrains et moins encore de souveraineté. L'Angleterre prétendait acquérir ainsi les territoires iroquois au nord et à l'ouest du lac Érié, et au nord de TOntario, ainsi qu'une étendue de terrain large de soixante milles» depuis Oswego jusqu'à la rivière Cuyahaga. La France cependant n'acceptait point ces empiétements, et, pour mieux garantir ses droits (1731), elle bâtissait, sur le lac Charaplain, le fort de la Couronne qui défendait les approches de Montréal. Joncaire^ un Français, qui s'était fait Indien chez les Senecas, occupait à Lewiston l'endroit même que la Salle et Denonville avaient choisi pour le centre d'une colonie. En 1721 , de Longeuil, fils du gouverneur de la Nouvelle-France, et < Tadmirable Charlevoix, le meilleur des premiers » historiens de TAmérique, d relevaient les fortifications de Niagara, destinées à protéger le commerce intérieur des fourrures. Les Aenards étaient châtiés, et
le paviUoa aoglais ne flottaii plus» dans le bassin du
Saiût-Laurent, que sur le seul point d'Oswego. La France maintenait du reste, dans toute leur plénitude, ses prétentions à la possession exclusive de la Louisiane» qui comprenait alors toute la vallée du Mississipi; elle assurait son influence sur les sources de robio, parmi les Indiens Sbawnees et Delawares, qui arboraient le drapeau blanc (1731) et se mettaient entièrement sous la protection de Louis XV; elle s'emparait de toutes les grandes avenues du Saint-Laurent au Mississipi. En 1735, de Vincennes fondait le village qui porte son nom. C'était le commencement de TÉtat d'Indiana. « Les voyageurs, quand » ils passaient de Québec à Mobile ou à la Nouveile- » Orléans, plantaient leurs tentes sur les bords de la 1 Wabash, jusqu'à ce qu'enfin quelques familles de • pasteurs eussent obtenu des naturels la permission » d'ctablir leurs abeilles dans les champs fertiles » qu'arrose la rivière blancbe ^ i ^
Les progrès de la colonisation de la Louisiane avaient été jusqu'alors presque uisigniûants » quand Antoine Grouzat résigna, après trois ans d'exercice (1714-1717), le nioiiupule dont Louis XIV l'avait gratifié. La population française de la colonie, y compris les troupes royales, ne s'élevait pas à plus de
i. JtiyHfiire de$ÉUUtrVni$, i. p. g|a.
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700 ârnes. Toujours prcMupte à s'échauffer, Tiiuagination des chercheurs d'or avait révé des mines icoosidé^ rables dans le bassin du Mississipi. On découvrit dans le Missouri de très-beaux écbaotilloDs de plomb» et ce fut tout. La métropole continuait cependant à nourrir son erreur au sujet des prétendus gisements aurifères de la colonie. Nous sommes arrivés, en effet, à l'année qui vit naître la fameuse compagnie duMississipi, œuvre digne de la mystification financière connue dans nos annales sous le nom de système de JLaw. Il faut lire les journaux et les mémoires du temps pour se rendre
compte de la singulici e aberration qui saisit nos pèi es, à rémission des actions de la compagnie du Mississipi. Ce fut dans toutes les classes de la société, et surtout dans les plus riches » un entraînement inouï à échanger son argent et ses terres contre ces misér^.bles chiffons de papier 1 La date de la formation de la compagnie se place
au mois de septembre 1717. L'année suivante (1718), trois vaisseaux, la Vidoire, la Duchem de NoaiUes et la Marie, chargés de huit cents émigrants,jetaientrancre, le %^ août, près de l'ile Dauphine. Bienville avait déjà choisi le siège de ce nouvel empire, dont les destins et les richesses devaient rivaliser avec Uildorado des Espagnols. C'était la Nouvelle^rléaas, qu'un haut avenir attendait en eâet^ mais dj^as d'autres mains
9W c^l)^ 4r à« France, et m verlp dp pri|icjy<ii M
Digitizod by Gu^.- .
richesse publique tout différents de ceux de Law. Quatre-vingts coodamoés, qui faisaient partie de l'ex* pédition, furent envoyés pour défricher les taillis qui couvraient ie sol de la future cité et y préparer des abris pour les émigrants. Trois ans après, c'était encore un désert où campaient environ deux cents personnes, au milieu des roseaux. En 172f , Bienville rétablissait sur la plage aride de Biloxi le chef-lieu des établissements français de la Louisiane.
En 1719, la guerre avait éclaté entre la France et . l'Espagne. De Sérigny s'empara en quelques heures de Pensacola, que les Espagnols reprenaient quarante jours après» attaquant à leur tour nos positions sur rUe Dauphine et sur la rivière Mobile. Une seconde fois Pensacola retombait entre nos mains et n'était rendu à l'Espagne qu'à la paix de 1721, Cette année même Bernard de Laharpe tenta pour la seconde fois de fonder une colonie française près de la baie de Matagorda. Il n'obtint d'autre résultat que d'irriter les naturels contre nous et de déterminer les Espagnols à se fortifier sur ce point.
Le régent continuait à distribuer de la main la plus libérale des concessions de terres en Louisiane, soit à des particuliers, soit à des compagnies. Law, plus que jamais en faveur* avait obtenu dans l'Arkansas une immense étendue de prairies. H voulait les mettre en culture» y fonder des villes et des villages, et réunir
LE CÀJ)jADA
ainsi bientôt un noyau de six mille oolons« Il n'y épargnait point son trésor, il est vrai, et, pendant que ses agents semaient des présents dans les tribus indiennes, il avait acheté trois cents nègres, et pris à son service toute une troupe d'émigraïUs allemands. Au bout de quelques mois ses dépenses s'élevaient à dix-huit cent mille livres. Mais la chute du système devait entraîner prochainement la ruine de ces entreprises. Aux espérances insensées qu^avait fait naître la description des richesses présumées de la Louisiane avaient succédé la méfiance el le découragement. L'illusion avait cessé, el les actions du Mississipi étaient entièrement discréditées. Un jésuite visita en 1727 le théâtre des derniers elïoils de colonisation de Law : il n'y trouva qu'une trentaine de Français» abandonnés à eux-mêmes et sans autres moyens d'existence que les produits d'un soi incroyablement fertile et d'un climat enchanteur. En 1722, la garnison du fort Toulouse s'était révoltée et vingt-six de ses hommes avaient tenté de gagner les établissements anglais de la Caroline. Atteints par Villemout et les Clioctas» quelques* uns furent massacrés , les autres conduits à Mobile et excculés. Le sort des émigrants de la Victoire, de la Dmhem de Noailles et de la JUatie ne fut pas plus heureux. Bien peu réussirent dans une partie de leurs projets et de leurs espérances, et la plupart succombèrent à la fatigue et à la maladie, ne trouvant pas
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même une sépulture chrétienne sur cette terre promise de leurs rêves et de leur ambition.
La nation des Natchez habitait les régions les plus fertiles des bords sud-ouest du Mississipi. Àu centre de chacun de leurs villages s'élevait un réceptacle mortuaire, édifice de forme ovale, d'une circonférence d'une centaine de pas, sans fenêtres, et n ayant, en guise de porte, qu'une ouverture latérale et étroite. Cet éditice renfermait les fétiches les plus précieuxde la nation et Ton y réunissait les ossements des morts* Des gardiens spéciaux y entretenaient un feu perpétuel. Les pahssades qui Tentouraient étaient garnies de lugubres trophées de victoire. Parfois, pendant ces terribles ouragans des contrées intertropicales, qui dévastent les forêts et renversent les habitations, des mères jetaient, aux applaudissements des tnbus terrifiées » leurs enfants dans les flammes pour apaiser le courroux du génie du mal. La hutte du grand chef de la tribu, qui se disait fils du soleil, s'élevait auprès du temple; les wigwams des Indiens se groupaient autour. Leurs souvenirs d'amour, de gloire, de chasse, leur vie tout entière se rattachait à cette enceinte. C'est là que le jeune guerrier, prosterné vers rorient, adorait les rayons du soleil levant; c'est là qu'il achetait sa fiancée, qu'il prêtait l'oreille aux révélations des songes et invoquait les sorciei's dans sa maladie. C'est là qu'on torturait les prisonniers, qu'on recevait te^
ambassades et qu'on décidait de la paix ou de la
guerre. C'est là qu'enfin, à la mort du grand chef, on étranglait des guerriers de son âge, pour lui servir d'escorte dans le pays des ombres. Nulle part, chez les nations américaines, le pouvoir n'était plus près du despotisme. Les Natchez avaient une aristocratie. Sous les autres rapports, leur civilisation ne différait pas de celle des Choctas et des autres nations du Nord, mais leurs mœurs étaient plus sensuelles et plus efféminées.
Ghopart, le commandant du fort iiosaiie, construit sur le territoire des Natchez, avait choisi, pour i'em* placement d'une grande exploitation agricole, le village de la Pomme, le principal de leurs établissements. Le chef, mandé près de lui, reçut l'ordi e de faire évacuer les wigwams. En vain rappela-t-ii à Chopart le bon accueil que les Français avaient reçu des Natchez. « Le même soleil nous a éclairés, disait- il, la même » terre nous a nourris, a reçu nos tombeaux et passera » à nos enfants. Pourquoi nous ravir les prairies que t> nous avons partagées avec les Français^ les cabanes » où nous les avons reçus, la natte où nous avons fumé » ensemble le calumet de paix ? i Chopart s'obstine et accorde , pour révacuation , un délai de vingtquatre heures, que les Indiens durent même acheter par un tribut en grains. Le chef Natchez assemble alors les anciens du village et le massacre des Français est résolu. Le Grand^Soleil approuve le complot, des
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Choctas s'y joignent et le jour est fixé. Cependant, malgré le profond secret qui avait été gardé, la mère du Grand-Soleil avait pénétre ces desseins; sans les révéler eotièrement aux Français» avec Tuo desquels elle avait eu une liaison, elle leur en dît toutefois assez pour les mettre sur leurs gardes. Chopart, averti, traita de lâches les donneurs d'avis et les lit arrêter.
Le 28 novenibie les Indiens se rendaient en foule chez le commandant du fort Rosalie, pour lui remettre leur tribut de grains, lisse disf>ersaieiU ensuite, sous divers prétextes, dans les habitations. Des coups de feu donnèrent le signal du massacre. Chopart est aussitdt égorgé, ses soldats mis en pièces, et les mêmes scènes se répètent dans la campagne. Le 29 au matin, ToBuvre de sang était complète; les Watchez n'avaient pas respecté le P. du Buisson, missionnaire des Arkansas, qui était venu prêcher chez eux et visiter leurs malades. Du Godé, le chef du poste établi chez les Yasops, fut tué en voulant défendre le père. Lecapucin qui dirigeait la mission de la Pomme se trouvait absent, par hasard, au moment du massacre. A son retour, il fut atteint d'un coup de feu, près de sa cabane» et un nègre tomba à ses côtés. A l'exception des jeunes femmes el des enfants, qui lurent réservés pour l'esclavage, toute la population bknche» qui s'élevait à sept cents personnes environ, périt dans ce désastre. Les massacre terminé, les Indiens pillèrent les habita-
tions, détruisirent le fort, après en avoir enlevé les armes et les munitions de guerre, et égorgèrent la garnison du poste de Yazoos. La tête de Cliopart et celles de ses oiQciers furent jetées aux pieds du grand chef, qui, pendant l'iionible drame, luinait lionclialamment son calumet, assis dans le magasin de la compagnie. Les chiens et les oiseaux de proie se disputèrent leurs cadavres. Les établissements voisins ne durent leur salut qu'à la mésintelligence qui se glissa chez les Natchez et leurs alliés. Ceux-ci, se voyant devancés, n'osèrent agir séparément, et craignirent d'attaquer les Français, revenus de leur surprise et disposés à une défense énergique.
Le massacre de la Pomme terrifia les habitants de la Nouvelle-Orléans, et des messagers en portèrent aussitôt la nouvelle aux Illinois, aux Choctas et aux Cherokees. Chaque maison se garnit d'armes, chaque village s'entoura d'un fossé. Les nègres, dont le nombre dépassait de beaucoup celui des blancs, moulraientdu penchant à la révolte, mais Le Sueur parvint non* seulement à les contenir, mais encore à s'assurer leur concours. Loubois réunit sur les bords du Mississipi les forces françaises (1730). Les Natchez célébraient encore, dans des fêtes, le massacre de nos colons. Les Choctas les surprirent dans la nuit du 28 janvier, dé^ livrèrent les prisoniiierscL se retirèrent avec soixante chevelures. Le 9 février, Loubois complétait la vie»
toire. La tribu des Natchez n'existait plus. Ses débris cherchèrent un refuge de l'autre côté du Mississîpi (1731), dans les retraites de i ouest et chez lesGhickasas et les Muskogees. Le Grand-Soleil et quatre cents guerriers furent embarqués pour Saint-Duiuingue et vendus comme esclaves. De Loubois, après avoir relevé le fort Rosalie, ramena à la Nouvelle-Orléans les femmes et les enfants enlevés par les Natchez.
La compagnie s'étant enfin décidée (1732) à abahdonner un privilège dont les charges dépassaient les avantages, la Louisiane fit retour à la couronne de France (1733), et Bien ville en reçut le gouvernement. Son premier soin fut d'assurer la sécurité des fron<tières. Instigateurs du massacre du 28 novembre et persévérants dans leur vieille haine, les Ghickasas interrompaient les communication's entre Kaskakia et la Nouvelle-Orléans. Ils inquiétaient nos établisse* ments, accueillaient dans leurs villages les marchands de la Caroline, tentaient môme d'ébranler l'amitié éprouvée des Illinois. Mais les tribus du nord étaient venues offrir leur secours aux Frar.çais. « Voici, • avait dit Chicago à Perrier, t le calumet de paix ou la hache
> de guerre. Dis un mot et nos braves frapperont tes
> ennemis. » Deux ans lurent employés en préparatifs contre les Ghickasas. En 1738, d'Artaguette envahissait leur territoire, pendant qu'une flottille de trente bateaux et d'autant de pirogues» commàndée par
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Bîenvîlle, faisait voile de la Nouvelle-Orléans pour le lort Cûûdé, sur la Mobile. En seize jours, elle remonta la rivière jusqu'au Tombecbee oà douze cents Choctas, altii és par des présents, vinrent se joindre à Bienville. Toutes ces forces se dirigèrent vers ie lieu qui s'appelle aujourd'hui Cotton-Gin-Port, à une vingtaine de milles environ du principal viUage des Chickasas. Elles y prirent du canon, et la petite armée se remit en marche. « Le 2-^ mai au soir» on campa à 1» une lieue du village ennemi, pour tomber avant le ». jour sur les Chickasas. Ce fut en vain, les braves » guerriers qu'on était venu surprendre étaient sur V leurs gardes. Âidés par des marchands anglais, ils » avaient organisé leur défense et fortifié leui*8 retran- » chements sur lesquels flottait le drapeau britan- » nique. Deux foiS| dans la journée, l'assaut fut donué » à leur citadelle de bois. Deux fois les Français fu- » rent repoussés ^ avec une perte totale de trente » hommes dont quatre ofBciers. Le jour suivant se * passa en escarmouches entre les Choctas et les Chic- > kasas. Le 29, la retraite finale commença. Le 31, » iiienviile renvoya les Choctas et rcuibarquci sa » troupe, après avoir jeté son artillerie dans le ïom« » becbee*. t
Tandis qu'il subissait cet échec» son lieutenant
i. UitUnre dM ÉtaU-Unit, l, U, p. m-Qâ-
d'Artaguette» accompagné de Yincennes et du P. Sé« nat, s'avançait avec précaution,^ la tète de cinquante Français et d'un millier d'Indiens, et pénétrait par un autre point sur le territoire chickasas« Puis il attendait, campo sur les sources du Yalabu&ha, l'arrivée des autres forces françaises. Les jours se suivaient, et Bienville ne paraissait pas. Il n'était plus possible de contenir l'impatience des Indiens. D'Artaguette ordonne l'attaque : un fort est emporté; un second encore; mais au troisième, deux blessures le mettent hors de combat, et les Illinois se débandent. C'est un eniant de quatorze ans, Voisin, qui conduit la retraite, sans vivres, emportant les blessés et poursuivi pied à pied par l'ennemi. « Le malheureux d^Vrtaguette gii sait baigné dans son sang, et près de lui quelques* > uns des plus braves de sa troupe. Le jésuite Sénat » aurait pu fuir; mais, insoucieux du danger et n'é- » coûtant que son devoir, il voulut recevoir le dernier » soupir des blessés. Vineennes aussi, le brave Cana- » dien, refusa de fuir et partagea la captivité de son » chef. Selon la coutume indienne, on pansa leurs » blessures, et tous les soins leur furent prodigués 9 dans les wigwams. Enfin, quand Bienville eut effec- 1 tué sa retraite, les Chickasas ameuerent leurs pri- 1 sonniers dans un champ où se dressait le poteau de 3^ tortures : raventui eux d'Artaguette, le pieux Sénat, » Vineennes dont le nom vivra aussi longtemps que
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» les eaux de la Wabash baigneront des demeures
9 d'hommes civilisés* tous périrent dans les tourments, > sauf un seul que les Indiens épargnèrent, afin qu'il » pût raconter la mort de ses compagnons*. »
Bienville ne devait pas venir à bout des Chickasas* Le 30 juin 1739, il marchait de nouveau contre eux, à la tète de douze cents blancs et du double à peu près d'Indiens ou de noirs. Les fidèles Illinois figuraient encore au premier rang de nos alliés. Le fort Âssomp* tion, sur Téminence où s'élève aigourd'hui Memphis, fut le quartier général de Tarmée. L'automne se passa en délais pendant lesquels les privations et les mala* dies firent de nombreuses victimes. Quand on se mit enlin en campagne, au mois de mars de l'année suivante, on rencontra des messagers de paix envoyés par les Chickasas. Bienville s'empressa d'écouter leurs propositions et d'y accéder, malgré leur caractère
exigeant,' arrogant presque : les forts de l'AssompLion et du Saint-François furent démantelés. Cette paix ne coûtait pas à notre orgueil seulement. En laissant aux Chickasas la souveraineté et la propriété absolues des vastes solitudes qui s'étendent entre Bàton^Rouge et Kaskakia, elle cou[)ait les communications de la basse Louisiane avec rillinois. Les Chickasas, alliés de l'Angleterre, devenaient à l'ouest le boulevard des possessions de notre rivale*.
i. JiiitQin da ÉtaU-Unii, t. Il, p. 903.
^38 LES FRÂiXÇAlS EN AMÉRIQUE
Les subsides de Louis XIV et du cardinal de Fleury, l'iiéroïsme de la Salie et de d'Ybervilie, Tiqtrépidité des colons, le copcQurs des ludiens, le zèle apostolique enfin des missioDnaires n'avaient^ comme
on le voit, abouti, en Louisiane, qu'à de bien fai- 1>19^ jré^ltdtSi et le dernier échec de fiîen ville luenaçait de rendre tout à fait stériles tant d'efforts suc* passifs.
Les eoiotties anglo-américaines étaient parvenues en ce moment à un état de prospérité qui devait toiqours s'accroître jusqu'au jour de leur émancipa*
tion. Depuis 1713, leur population, qui ne dépassait pas alors .quatre cent mille âmes, avait presque doublé* Le port de Boston seul construisait en 1738 quarante et un bâtiments d'un tonnage total de ^,324 tonneaux. Le Maine, le Gonnecticut et New- Haven se livraient aux eniieprises maritimes. « Ailn que l'instruction n^ soit pas enterrée dans les tombes de nos pères, disaient, en 1G47, les législateurs de New-Uaven et du Gonnecticut, chaque communauté (Taumhip) devra, dès que le Seigneur aura accru jusqu'à cinquante le nombre de ses habitants libres {FreehoUm), nommer un maître qui enseignera la lecture et récriture aux enfants. Toute ville dont la population sera de plus de cent familles établira une école de grammaire. • Un collège, fondé à Boston en 1636 « recevait deux ans après une large dotation
LE GAiNÂÛA
d'tiaiTYard qui lui a laissé son mm^ L'évèque catholique Berkeley, après avoir établi une bibliothèque à Khode-lsiand, contribuait à la création des écoles à Naw-Haven, d'uo collège à New-York, et il augmeur tait les ressources de celui de Boston. Il avait même eu ridée d'une université où se formeraient des mis.* sionnaires et des professeurs, et où les Indiens recevraient les premières notions du savoir européen. U reût réalisée, sMl n'eût trouvé dans le gouvernement anglais plus que de l indiHérence à Tégard de son profit.
On voyait bien, lui répondit -on, ce que le travail et l'accroissement des plantatk>ns pouvaient valoir à 1 Angleterre; mais quel avantage retirerait-elle jamais des progrès des lettres, des sciences et des arts dans ses colonies américaines? Dédain odieux et absurde, professé par quelques hommes d'État, pour les intérêts moraux et intellectuels des nations ! La première i^npnmerie qu'ait vue le Nouveau-Monde avait fonc* tionné à Boston dès 1639. C'est à Boston aussi que, le 24 avril 1704, parut The Boston-News Letter, son premier journal. L'année même de la première attaque contre la mission du P. Sébastien Rasie voyait naître le quatrième en date des journaux américains, la fia* zette de la N&woMe- Angleterre^ de James Franklin, avec la collaboration de son frère Benjamin, alors apprenti imprimeur et âgé de quin^se ans. Malgré leur état de
guerre presque permanent avec leurs voisins, Espagnols ou Français, et malgré les incursions des Indiens, ces colonies avaient su se défendre de l'envahissement de l'esprit militaire. Elles n'entretenaient point d'armée régulière , et quelques soldats suffisaient, en temps de paix, à la sécurité com-^ mune. Il y régnait un souffle puissant de cette liberté municipale, qui est la base aujourd'hui des institutions de l'union américaine. Les Towmhips pourvoyaient par leurs magistrats électifs aux soins de leur police et de leur propre gouvernement. Ils disposaient de leurs propres budgets* Ce fut de bonne heure un grief des colonies anglaises contre leur métropole que le droit de taxation directe exercé par le parlement.
Si 1 exercice de la liberté civile et politique n'y était pas exempt de troubles et d'orages, ces perturbations s'arrêtaient à la surface du gouvernement et de la société. Magistrats et citoyens savaient faire la part respective de leurs devoirs et de leurs droits. Écoutez plutôt ces nobles paroles qu'accueillent de leurs applaudissements les gens du Massachusetts» un instant égarés, a La liberté civile, qui est la rai- » son d'être et la fin de l'autorité, ne peut subsister B bans elle. C'est la liberté de faire seulement ce qui i est bon« juste et honnête. Cette liberté, vous la » devez maintenir au risque de vos bicas, et même
». de votre vie. Tout ce qui la contrarie, ce n*est 9 plus de l'autorité» maia du désordre ^. > Les idées de nivellement démagogique, d'égalité absolue, hors nature, qui ont fait explosion chez nous à une époque tristement célèbre de notre bistoîre, ont, dît-on, passé ia mer, et envahi la patrie de Franklin et de Washington. Ce n'est point suivre la tradition de ees grands citoyens ni respecter leurs principes, que de prétendre , au nom de ia liberté, mettre en apptie^ tion de telles idées. Jefferson lui-même, plus avancé que Washington et Franklin dans les voies démocratiques, ne les a pas répudiées avec moins d'énergie et de force.
U n'entre pas dans le plan de ce livre de retracer le
concours de circonstances auxquelles la Nouvelle- Angleterre était redevable de cette prospérité et de cette liberté. Bornons-nous à dire qu'elle en devait plus de reconnaissance à elle-même qu'à ia mère patrie. Les colonies angle -américaines avaient eu plus d'une fois à défendre contre ia métropole leur régime intérieur, les franchises et les droits de leurs citoyens. Il suffit de rappeler Charles II et le Massachusetts ; Berkeley et la Virginie ; Andros et le Connecticut et New- York. Elles avaient dû, presque seules, porter le poids de cette lutte incessante avec la France» dont le dénoû-