Histoire des ÉlaU-Unis, 1. 11, p
CHAPITBE Vli
PRÉLUDES DE LA GUERRE DE SEPT A^S LA VALLÉE l'oHIO
SoxMAuii* * LMtniaiwM jol]Maci^ ikwd.Hinnni'^DImrld^ft Im six jatfons; de la Btm. — La GatUaonQlère et ainlon. — Let Acadim : projets dn foafantement anglais \ leur ègafd. — GisietU nlléa de l-Ohio. ^Pramiènsbos-
, tjUlèa.*. WaiflUiiUiA <| InmonTille.
Nous savons avec* nuel soia IjBs 4ouX( puissaace& rivales qui se disputaient la possession de rAmériqae du Nord cUerchaient à && mé^o^er. des alliances au sein des populations indigènes. Nou$ savons aussi quel pirix elles attachaient pai LicuUèrew.ent à Tamitié de la puis-, santé confédération des cinq nations connues sous lé nom générique d'Iroquois.
Dès la naissance de leurs premiers établissements, les Français s'étaient habitués è trouver les Troquois, soit personnellement, soit comme alliés des Anglais, au premier rang de leurs ennemis. De 1Q09 è 1615, Champiam avait envahi à trois reprises la territoire des Hlohawks, et s'était vu constamment repousser. De
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1622 à 1660, sourds à toute proposition de paix, les
Il oquois n'avaieat cessé d'inquiéter et de ravager nos établissements, arrêtant les progrès de notre commerce, se signalani, entre tous les Indiens, par leur férocité et par une hardiesse d^entreprise qui s'attaquait jusqu'à Québec lui-même (1660). S'il fallait , comme le disait Denonvilie, un miracle pour sauver le Canada en 1688, c'est anx Iroquois, plos encore qu'aux Anglo-Américains qu'il convient, d'attribuer cette situation quasi désespérée. Ni l'expédition téméraire de de la Barre, qui se termina par une paix obtenue à grand'peine» ni la trahison dont le P. Lamberville, le missionnaire des Onundagas, fut l'instrument involontaire % ni les incursions armées qui la suivirent (1688)» niTérection du fort Niagara, ne purent désarmer les Iroquois. Douze cents d'entre eux s étaient réunis sur les bords du lac Saint-François, et de là menaçaient Montréal, qui n'en est qu'à deux heures de marche. Les Français durent solliciter la paix de leurs ennemis» qui
1. « Les vieillards des Onondagas appelèrent Lamberville en leur » présence. « Nous aurions plusieurs raisons de te traiter en ennemi, si » nous ne te connaissions trop bien. Tu nous as trahis; mais la trahison » n'ét iit pas dans ton cœur; fuis donc; car nos jeunes hommes, quand » ils auront entonné leur chant de guerre, n'écouleront que la voix tu- >» niultueuse de leur colère. » Et des guides conduisirent le missionnaire en lieu sûr. Le chef Garonkonlhié fut l'instigateur de ce noble procédé. Barbares généreux I votre nom durera si mes paroles peuvent assurer la mémoire de votre action. {Hi$éoirê det EtaU^Umi, t. II, p. 6051.63.)
LE CANADA . • lOt
y mirent pour condition sine qm non la reddition de leurs chefs» traîtreusement arrêtés au iort Niagara, et envoyés sur les galères de Louis XIV à Marseille.
Les Anglais, de leur côl''\ caressaient l'alliance des iroquois. Lord Howard d'Ëffingham, gouverneur de la Virginie, et Dongan, gouverneur de New-York, avaient traité en 1684 avec les sachems des Mohawks, des Onondagas, des Cayugas et des Senecas. Les haches de guerre furent enterrées ; la chaîne d'alliance rendue « brillante comme de Targent, i> et le chant de paix enlonné. « Frère Goriaèr (Dongan;, dit Torateur des » Onondagas et des Cayugas, votre chef est un grand » sachem, et nous sommes un petit peuple. Lorsque » les Anglais abordèrent pour la première fois aux ri- » vages de la baïc de .Manhattan, du Maryland et de » la Virginie, ils étaient nombreux et nous étions » grands. Parce que nous vous avons trouvé de bon- » nés gens , nous vous avons bien traités > et nous » vous avons donné des terres. Maintenant que vous » êtes grands et que nous sommes petits , vous nous » protégerez , nous Tespérons , contre les Français.
» Ccux-ci sont il nies contre nous, parce que nous ap-
» portons des castors à nos frères* Quand Onondio
» (le gouverneur), le sachem du Canada, répondit Tora-
» teur des Senecas à l'envoyé de de la Barre» nous
» menace de la guerre , pourquoi nous enfuirions*
» nous ? Nous resterons tranquilles dans nos wigwams.
IBS
» Nos çhasseurs de castors sont des gens braves, et ie » commeFce des castors doit être libre ^. » Paroles remarquables, qui définissent bien la nature et les causes de l'aliiance qui tendait, dès lors, à se former entre les Anglais et les Iroquois, et qui se resserra toujours jusqu'à notre expulsion du Canada. Le nœud de cette alliance ce fut le commerce et non ramitié. Quand de la Barre voulut faire la paix avec les cinq nations, les Mohawks s'y refusèrent à Tinstigation des Anglais. Mais, inspirés par une pensée d'équilibre entre les deux nations rivales, les autres confédérés y souscrivirent. Un chef onondaga prit le ciel à témoin de son ressentiment de Tintervention des Anglais. < Onondio 1 » s'écria-t-il fièrement devant l'envoyé de New-York, » Onondio a été pendant dix ans notre père ; Corlaër • a été longtemps nôtre frère. Mais c'est que nous Ta* » vons voulu amsi : m l'un ni l'autre n'est notre mai* » tre. Celui qui a fait le monde nous a donné la terre » que nous habitons. Nous sommes libres. Vous nous appelez sujets ; nous disons, nous, que nous sommes » frères. Nous devons avoir soin de nous-mêmes. J'irai 1 à mon père , puisqu'il est venu à ma porte et qu'il » désire me parler le langage de la raison. Nous vou- » Ions embrasser ia paix au lieu de la guerre. La lia-
» che sera jetée dans une eau profonde » Le même
i. Hittovre à» Ètatt-Unit, t. Il, p. 600.
S. Eitîùire des ÈUUfUvis, t. U, p. 660.
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aentioieBt jnspmit les fières panples dm «achein
llaaskouan à de la Bai r^. <l Vçus ^vez bien fait d'en- Tf> terrer la Uaehe si loiit€P4[)S teinte du sang des Fr^an- » çais. Nos enfaots et nos vieillards auraient porté » leurs arcs et le^rs ll^ahes jusque, dans voire camp, » si DOS guerriers ne les eussent laissés en arrière. — » Vos guerriers n ont pas assez de castors pgur, payer • les armes que nous avons prises aiix Français ; et » nos vieillards n'ont pas peur de la guerre. ^Hous pou- » vons guider JesAnglmS:à i^slftcs.J){oussafnjq|)psjpés 1» libres, isous ne dépendons ni de Corlaër ni d'Onon- » dio^ »
Fidèle au traité de 1 700, la oonfédération des cinq
nations, devenue celle dtss six ualions, par l'accession desTucasoras, n'avait pas pris part à la guerrede 1744. Mais, cette même année, ses députés reconnaissaient, moyennant une somme de 400 livres steriing, le droit de la Grande-Bretagne à la souveraineté de la Virginie, et ceux de lord Baltimore à la possession ^es terres du Maryland. Les envoyés de ces deux États et ceux de la Pensylvanie avaiept prQtité de cette occasion» sinon pour gagner les six nations à. leur cause, du moins pour les confirmer dans une neutralité s^tricte et plutôt même favorable, c Lia chaîne d'alliance entre » nous el ia Pensylvanie, est une vieille cliaine qui
» n'a jamais contracté de rouille. Nous aurons tout » votre pays sous les yeux. Ayant que vous arriviez, » nous avons dit à Onondio qu'il avait pour le combat » un champ assez vaste dans TOcéan et qu'il pouvait » y faire ce qui lui plairait, mais qu'il ne devait pas
» venir chez nous attaquer nos trères Les six
^ nations ont une grande autorité sur les Indiens sou* » mis qui habitent aux portes mêmes des Français, » Pouj* montrer l'intérêt que nous nous portons, nous » avons engagé les mêmes Indiens et les autres alliés 1 de la France à ne pas se réunir contre vous, et ils » en sont convenus. » Les envoyés des trois provinces offrirent de riches présents aux Iroquois; ceuxci s'excusèrent de la pauvreté de leurs dons, qui consistaient en trois ballots de peaux; il y avait chez eux, dirent-ils» trop de marchands indiens; les bestiaux des blancs dévastaient tous leurs pâturages et rendaient les daims farouches. Après avoir porté un toast au roi d'Angleterre et aux six nations, les envoyés anglais se retirèrenty enchantés des promesses des Indiens, qui leur semblaient confirmer les prétentions de l'An* gleterre à la souveraineté du vaste et beau bassin de rOhio.
La conduite ultérieure des Iroquois devait favoriser cette ambition. En juin 1748, un parent du duc de Bedford et du duc de Newcastle, tous deux membres du cabinet de Saintniames, l'amiral George Clinton,
LE CÂiSADA
gouverneur de l'État de New-York» arrivait à Àlbany» ville située sur les bords de rHudson. Un congrès s'y était réuni pour conclure avec les six nations un traité de paix défeusif et offensif, ét aviser aux moyens d'arrèter les envahissements des Français. Clinton trouva les chefs iroquois, qui se pressaient au congrès, dans les dispositions les plus favorables à ses vues et à celles des colons. Ces chefs dénoncèrent leur intention» non* seulement de ne plus souffrir de Français sur leur territoire, ni sur celui de leurs alliés, mais de cesser même tous rapports avee le Canada, s'en remettant aux Anglais du soin de la délivrance des captifs iroquois. Les envoyés des tribus riveraines du iac Erié et de rOhio conclurent solennclIcmcnL un traité de commerce avec laPensylvanie. Des négociations favorables s'ouvrirent avee les Miamis. Le congrès en même temps s'adressait au roi d'Àngleterre, pour qu'il forçât ]es autres colonies à prendre, dans les luttes futures contre la France, leur part des efforts et des dépenses, qui jusqu'alors avaient pesé sur les seuls États de New-York, de New-Haïupsliire, du Connecticut et du Massachusetts*
Mais La Galissonnière, gouverneur du Canada, était un rude adversaire. Quand Clinton réclama les prisonniers iroquois, comme sujets de l'Angleterre, il leur dénia formellement cette qualité, et lit circuler dans les tribus des six nations» assemblées à Onoodaga, le
M LES FRAN^Al^ M* AMÉRIQUE
mésfetge du gouvet*rtêUr anglais. Désavaiiiaiit leurs cheiy, ^es râcdaeillihBnt ave6 ii^digrMtioii. c Noos » n'avons cédé nos terres à personne, s'écria leuroraé teuf ; iÉùuA les tenons du dei seul. » La Gaiissoo* nffiiré ctva^gea Tabbé François Picquet d'établir, au soiklmet dies rapides du Saint»Laurent, une mission â*IroquôTS convertis. IMotina l'oindre m o^mandant de Détroit de s'opposer, même par la force, à tout étabKs^tneitt âfitglais sur les bords de la WalMtsh, du Maumec et de l'Ohio. Averti que, sur ce fleuve, des colons de la Virginie avaient obtenu de l'Angleterre utie vaste corieession de terrains, il envoya de Celoron de Bienvilie explorer el occuper ta vallée de TObio et celle du Satnt-Laurent jusqu'à Détroit. Celoron s'acquitta de sa mission avec succès et audace, et planta les armes de France sur la rive sud de TOhio, en invitant le ;^n)iiverneur de la Pensylvanie, Hamilton, à s'abstenir de toute nouvelle intrusion; mais il mécontenta, par l'expulsion des trafiquants anglais, les Indiens qui réclamaient la liberté du commerce.
Une des danses du traité d'Utrecht portait que l'Àcadie , dans ses anciennes liimtes , serait rendue aux Anglais. Mais quelles étaient ces anciennes limites ? Aux yeux de la France l'Acadie ne comprenait que la péninsule qui la termine, et après la remise de l'île dw cap Breton, nous n'avions cessé d'occuper l'isthme entre la baie Verte et oelle de f undy. JU'éva-
L£ CANADA id7
cuatioQ de Port-Royal nous avait laissé une petite eu* lohie à rémboûchure dé la rivière Saint-Jean, et nous maintciuons nos prcleniions à la possession de la côte jusqu'au Kennebec. La Galissonniëre, d'ailleurs» n'i* •gnorait pas raffeclion que nous avaient gardée les Acadiens, restés catholiques et Français, de cœur et de langage. Restreignant encore la portée des stipulations d'Utrecht, telles (|[ue le cabinet de Versailles les avait jusque-là comprises, il mit en avant l'idée que la seule partie cédée de la péninsule était comprise entre les caps Fourches et Canso, et de concert avec l'abbé Le Loutre, curé de i\Jessagouche, il conçut le projet de transplanter les Acadiens sur cette frontière, comme barrière contre les Anglais (1749).
Avant La Galissonnière, Shirley avait projeté une mesure analogue, mais bien plus radicale : il ne s'a- ^issail rien moins que de Iransporler les habitants de Tisthme dans quelque partie éloignée des possessions anglaises, et de les remplacer par des colons protestants. Ce plan avait souri au duc deNewcastle; mais le duc de Bedford, son successeur, jupj;ea (ju'il sulîlsait de mêler des colons anglais ou réformés aux habitants d'origine française de la partie non contestée du territoire anglais. Halifax remplit celte tâche. Il ht appel dans toute l'Europe aux protestants. L'exemption du service mililaire et du serment attira les frères moraves» et l'appât d'iin partage égal des pêcheries, les
baleiniers de la Nouvelle-Angleterre. Quatorze cents oflBciers et soldats de marine débandés vinrent s'établir dans le havre de Chebuctoo. La nouvelle ville prit le nom d'Halifax» en Thonneur du ministre; un fort à Pesaquid, et des retranchements à Minas complétèrent l'œuvre. Quant aux anciens habitants* le gouverneur
d'Halifax, Cornwallis voulut les contraindre au sep^ ment d'allégeance envers la couronne britannique. C'était violer la promesse solennelle qui leur avait été faite de respecter Texercice de leur religion et de ne pas leur imposer le service militaire contre les Fran-> çais et les indiens. Cornwallis tjraita avec plus d'inhumanité les malheureux Micmacs, coupables à ses yeux d'avoir, à rinsligalion de Le Loutre, inquiété l'établissement naissant. Le conseil. d'Halifax les déclara hors la loi, et Cornwallis, c «Pm de mettre ces coquins h la raison^ » offrit, par Indien tué ou capturé, dix guinées payables c sur la production du sauvage ou de sa che* veliire. »
La Jonquière, successeur de La Galissonnière, désirait la paix. Mais, à Versailles, plus encore qu'à Londres, où Pelham contenait un peu l'esprit turbulent et tracassier de son collègue Newcastle, on semblait prendre à tùche trenveniiner la situation. Cependant, en 1750, La Jonquière, oubliant que les Anglais avaient donné de fréquents exemples de pareils coups de main, prit sur lui d'avertir Cornwallis que le capi-
laine de pariisaiis, La Corne , s'était emparé de l'isthme de la péninsule acadienne et du village de Ghiegnecto, près du fort Laurence, tandis que les chefs des Micmacs sollicitaient les Âcadiens à se soustraire à Tobéissance des Anglais et à se joindre aux Français. Cornwallis fit partir d'Halifax quatre cents hommes qui) le 20 avril, au lever du soleil, entraient dans le bassin appelé aujourd'liui le bassin de Cuaiboriaud. Le drapeau blanc flottait sur la Messagouche, et le fort Laurence était en ruines.
Quelques jours après, le commandant anglais était contraint de se rembarquer, ses forces ne lui permettant pas d'attaquer La Corne, qui, avec ses deux mille cinq cents hommes, Indiens, volontaires et troupes régulières, occupait une forte position.
Un bâtiment porta ces nouvelles aux colonies : elles n*y excitèrent aucune velléité de prendre les armes. Mais Uaiilax avait à soutenir son œuvre personnelle. De nouveaux colons furent donc dirigés par ses soins sur TAcadie, et un régiment irlandais reçut l'oidre de reprendre Ghiegnecto* Cornwallis fut autorisé à régler au mieux les affaires de la Nuuvellc-Écosse, sans concert préalable avec les Français. Au mois d'août* il réussit, non sans effusion de sang, à reprendre Cbicgnecto, et le fort-Laurence fut rebâti au sud de la Messagouche. Les Français, de leur côté, se fortifièrent à Beau-Séjour et à la baie Verte.
C*est le moment où Shirley présentait à Paris un mémoire par lequel il réclamait» comme faisant partie de l'ancienne Acadie, les territoires à l^est du Penobscot et au sud du Saint-Laurent. Cette exagération remettait forcément, dans un temps plus ou moins
rappiûclic, la question au sort des armes. C'était à Londres ce que désirait Newcastle : mais Bedibrd et Puysieux, notre ministre des affaires étrangères, pen« ehaient fortement pour la paix. Ce dernier n'était même pas loin de considérer le Canada comme un embarras pour nous. La Galissoiinière s'indignait à la pensée d'abandonner cette terre illustrée par des martyrs et des héros, où la France avait déposé de nombreux germes de civilisation et de grandeur politique qui n'attendaient que l'heure propice pour édore et se développer. Un incident fortuit, contre-partie du coup de main de La Corne» vint fournir aux partisans de la guerre un nouvel argument : le navire de guerre anglais ïAlbany captura, dans les eaux du cap Sable, un brigantin français; la cour maritime d'Halifax déclara la prise valable. L'indignation fut grande en France, et l'on y parla moins que jamais de transaction amiable sur la queslion des limites.
Chaque jour augmentait les chances d'une guerre (1780), que les deux gouvernements seinblaient vouloir au fond, tout en reculant, comme instinctivement, l'heure de la lutte. Le conseil de l'État de New-York
avait fait une nouvelle tentative en vue d'une alliance de tous les États avec les nations indiennes. La compagnie virginienne de l'Ohio avait envoyé Chrlslophe Gist, honune de résolution et d'audace, explorer les terres à Touest des Alieghanys. La mission de Gist était encore plus politique que géographique : il devait observer avec soin le nombre et ta force des nations indiennes qu'il rencontrerait sur son cliennin. Les Wyandots de Muskingum l'invitèrent à séjourner parmi eux et à y bâtir un luit. Ils parlèrent de se venger des Français» qui venaient d'arrêter quelques marchands anglais. Les Delawares et les Shawnees lui oITrirent leur amitié. Les Weas et les Piankeshaws de la puissante confédération des Miamis signèrent avec la Virginie une alliance en règle à laquelle devaient accéder au printemps les tribus amies de l'ouest. Le traité venait à peine d'être conclu que quatre Ottawas» envoyés du gouverneur du Canada, entrèrent dans le conseil des chefs, réclamant au nom de la France Tamitié des Miamis.
« Le chef des Piankeshaws, plantant les drapeaux > de la France et de l'Angleterre au milieu du conseil, » se leva et répondit : < Le sentier vers les Français » est sanglant, et ce sont eux qui l'ont fait tel. Nous » avions ouvert une route à nos frères les Anglais; 9 vos pères Font rendue mauvaise, et ont fait prison- X» niers quelques-uns de nos frères. » Les Français
m LES FRANÇAIS EN AMËiilQUE
avaient pris trois Anglais au village Huron, près Détroit « et un sur la Wabash. c Ceci, ajouta le chef, » nous le considérons comme fait à nous-mêmes, et » tournant brus(juement le dos aux envoyés» il quitta » le conseil. » A ce moment, Tcnvoyc des Français se » répandit en lamentations, prédisant malheur aux » Miamis*. » Les couleurs de la France furent alors abattues et les Ollawas renvoyés au fort Sandusky» avec mission de rapporter à La Jonquière le In ng ge des tribus miamis. « Vous nous avez pris par la main, » dit le chef indien à Gist, dans la grande chaîne de » Tamitié ; c'est pourquoi nous vous faisons présent f de ces deux ballots de peaux, pour- faire des souliers
» à votre peuple, et de cette pipe pour y fumer et » vous assurer que nos cœurs sont bien disposés en*- » vers nos frères'. »
Un congrès se réunit à Aibany (1751) pour recevoir les chefs indiens qui devaient venir y sanctionner les traités d'aliiancc conclus par Gist, et pins lard par Croghan. Pour la première fois, les députés de la Caroline du Sud se joignaient à ceux de la Nouvelle* Angleterre. Du côté des Indiens, le concours des chefs était plus considérable encore qu*à la première réunion d'Albany. On y vit des représentants de tribus jusqu'alors ennemies jurées des six nations. Les Indiens
L HiHùwi âu Èiatt-Unii, I. III, p. 87.
S. MûMn d» itatfVuMt, t. III, p. 87.
gourmandèrent la lenteur des Anglais. Pourquoi n'attaquaient-ils pas leurs enneoiis ? Vuuiaient-ils donc abandonner le pays aux Français? Ceux-ci faisaient résolument tête à l'orage. Ils envoyaient des prêtres chez les six nations, abaissaient le taux de leurs marchandises, armaient des bâtiments, et convertissaient en forteresse leur comptoir de Niagara. Le gouverneur de Philadelphie était averti que la France ne tolérerait de sa part aucun traite avec les Peaux-Rouges, et des troupes partaient enfin de Québec pour empêcher la réunion projetée des chefs indiens.
Dans une seconde exploration, Gist avait visité les territoires au sud-ouest de TOhio, et obtenu Tautori* sation de bâtir un fort au confluent des deux cours d'eau dont la réunion forme l'Ohio. Au mois de septembre 1752, deux Français, à la tête d'un nombreux détachement indien^ paraissaient devant le village de Picqua où Gist avait traité deux ans auparavant avec les Weas et les Piankeshaws et réclamaient la livraison des marchands anglais et de leurs denrées. « Ils » sont nos invités, répondit le grand chef des Pianf keshaws, et nous ne ferons pas la bassesse de vous » les livrer. » Le village fut emporté d'assaut; le grand chef fait prisonnier» sacrifié et dévoré par les Peaux-Rouges. Sa veuve confia sa vengeance aux Anglais et à leurs alliés indiens. « Nos bons frères de Vir« » ginie, dirent les Miamis, nous devons noÂs considé*
iO.
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» rer comme perdus , si nos frères les Anglais ne » vieuneat pas à notre secours et ne nous donnent pas 1 d'armes* Cette corde de wampum vous envoie la
» certitude que les serviteurs du roi de France ont » versé notre sang, et mangé la chair de trois de nos j> hommes, dire al les Picls et les Windaws. Jetez les t yeux sur nous, et ayez pitié de vos frères; car nous » sommes dans une grande détresse. Nos chefs ont > pris la hache de guerre. Nous avons tué et mangé » dix Français et deux de leurs nègres* Nous sommes • vos frères et ne pensez pas que ce soit eu paroles » seulement» c'est du fond du cœur ^ i
Cet appel trouvait un écho puissant chez Dinwiddie, gouverneur de la Virginie (1752). Il n'avait pas dépendu de lui que l'Angleterre n'eût déjà déclaré la guerre. L'attaque de Picqua lui fournit Toccasion d'un mémoire détaillé sur les envahissements des Français. Mais George II, un des plus tristes princes qui aient régné, avait bien assez de ses affaires domestiques : lady Yarmouth l'occupait à elle seule plus que toutes les affaires intérieures ou extérieures de TAugleterre* Les ministres de George ne songeaient qu'à vivre, et, quand ils en trouvaient le temps, à se supplanter. Je me trompe : ils songeaient, avec suite même, aux moycïis de tirer de l'Amérique quelques nouveaux
i. Hiitoif dM Èiai9'Unii, I. lll, p. 69.
Digiii^uu L>y
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revenus. Us voulaient bien l'alliance avec les Indiens; mais aux colonies d'en faire les frais. On parlait d'établir un système de postes, d'aggraver les clauses des divers actes de navigation, de créer des droits de timbre. Dinwiddie réitéra ses communications (1753); les Indiens de TObio se fatiguaient de toutes ces indé* eisions. L'Angleterre revendiqua alors la souveraineté de toute la vallée de TOhio, laissant d'ailleurs à la Virginie le soin de rendre cette revendication effective.
La Virginie accepta la mission (1763). Le nouveau
gouverneur du Canada, Duquesne, avait détaché de Montréal douze cents bommes, pour occuper la vallée de rohio. Les Indiens riverains du fleuve députèrent un de leurs chefs à Niagara. Il représenta, mais vainement» l'indignation des six nations à la nouvelle de cette mesure. Tanacharisson, le deuxième chef de ces tribus» se rendit alors lui-même au port Ërié. Sans s'émouvoir d'une rude réception, il dit au commandant du port d'Érié : « Pères, vous qui troublez cette » tèrre et la prenez par force, vous que nous ne con- » naissons pas, cette terre est la notre. Vous êtes, 1» ainsi qûe les Anglais, des visages pâles. Nous vivons 9 dans une contrée intermédiaire : elle n'appartient 1 donc ni à l'un ni à l'autre de vous. Le Grand-Esprit, » notre souverain maître, nous l a donnée pour de- » meure. Ainsi, Pères, je désire que vous en sorties.
» comme les Anglais l'ont fait », et il présenta le rou- ' t leau de wampum. » L'officier français le rejeta dédaigneusement» et confirma les intentions bien arrêtées de son gouvernement. Les Peaux-Rouges en appelèrent à Benjaiiuti Franklm. c Ils ne désiraient » rétablissement dans leur pays ni des Français ni » des Anglais; si ces derniers les y aidaient, ils chas* » seraient les Français. Franklin, en habile politique, » leur distribua des présents, à titre de condoléance, » surtout à ceux de la tribu de Picqua; puis il leur fit » connaître que les Français avaient établi de nou- » veaux postes à Waterford et à Yenango, et se pré- » paraient à occuper les rives de ta Monongaliela ^. » Diwinddie résolut d'envoyer un « personnage de distinction au commandant des forces françaises sur rOhio, a6n de connaître les raisons des Français d'envahir» en temps de paix, les possessions britanniques. » Georges Washington fut choisi pour cette mission. Il partit au milieu de novembre 1753, accompagné de Gist) d'un guide et de quatre colons. Au bout de neuf jours, il ari ivait à la Fourche de l'Ohio. De là un chef delaware le conduisit dans la vallée de Logslown, où il s'aboucha avec un autre chef delaware, qu'il décida à rompre avec les Français. Ce clief et les envoyés de la nation accompagnèrent Washington au poste fran-