PREMIERS ÉTABLISSEMENTS DES FRANÇAIS
Sommaire. — Découverte de l'Amérique. — Les Cahot, ~ Pêcheries de Terre- L Neave. — Yeraiafli. — Dôeoiiverie Ae la Caroliiie do NoriU — Les nafarels et les Enropéens* — Jacqnei Cartier; le Canada et le Salnt-Lanrent. — Rq.beral : premiers colons. — La Floride rTUIcgagnon; Ribaait; Dominique de Goorgues. — Marchands français. De Monts. — Colonie des bords de Saint-Laurent. — Cbamplain.
Un poëte ancien, dans un moment d'inspiration divi«
natoii u , a prédit la découverte do nouveaux couUueuts : « 11 viendra un jour^ s'écrie Sénèque^ où l'Océan livrei^a d'autres conquêtes à l'audace de l'homme ; oii la dernière dei> terres ne sera plus ïhulél t
Venient annis Saccul a seris, quihus océan us ViniMihi r^TLiiii luxu*,, CL in^'ens l'aLeaL Ici lus, lypiiisque no vos Detegat orbes, nec sit terris Ulliiua Tiiule.
LfeiS FHA.\(^A1S £i\ AMERIQUE
Aristote et Piatoa avaient mentionné une grande Ile, débris perdu d'un continent submergé, que l'un nommait AuUUe et l'autre Âllantide. Surexciléeparies récits des voyageurs portugais et comme agitée par le pressentiment des découvertes plus importantes qui s'approchaient, l'imagination populaire, dans les der-* nières années da xv^ siècle, se berçait à ce sujet des fables les plus étranges. Un habitant de Madère, Antonio Léone, prétendait avoir vu trois Iles à une cen* tainede lieues; les insulaires des Canaries voyaient à leur horizon une terre fantastique» qui tantôt se montrait, tantôt se dérobait à leurs regards. C'était, pour
les uns, TAntille d'Aristote ; pour d'autres» llle des Sept^ités, ainsi nommée des sept évêques que Dieu y avait miraculeuscruent conduits lors de la conquête de TËspagne par les Maures» ou encore l'Ile non moins légendaire de St-Brandan, prêtre hibernais. Ces souvenirs, ces croyances, ces rêves» n'ont pu peser sur l'entreprise de Christophe Colomb. En dépit des efforts d'une érudition mesqume et chagrine» rouille de l'histoire, qu'elle obscurcit et qu'elle fausse» toujours à l allùt des petits faits propres à discréditer les grands noms et les grandes choses» c'est à l'héroïque Génois qu'appartient la découverte du Nouveuu-Monde. Qui la lui disputerait? Serait-ce ce prétendu pilote, mort dans sa maison, lui léguant le récit de ses piopres découvertes ? seraient*ce ces navigateurs islandais ou
L£ CANADA
Scandinave, qui ont bie» pu apercevoir à travers les bruines polaires les cdtes de TAmérique et, chassés par la tempête, y avoir passagèrement touché? Mais tout le Vinland ne parait guère moins légendaire ni
moins mystérieux que les îles de Saint-Brandan et des Sept-Cités^
i. L a tnotir -propre national d'un historien irlandais a bien réclamé pour ses anciHres la gloire et la découverte de l'hémisphère occidental. On a dit que les Islandais passèrent de leur île au Groenland, et (jue des vents contraires les poussèrent du Oroënlaiid au Labrador; qu'ils répétèrent souvent le voyage, explorant à luniJ les côtes de l'Amérique et fondant des colonies sur les rives de la Nouvelle-Écosse ou à Terre-Neuve. Ou a même insinué que les premiers avtiiiurieri avaient mua il lé dans le port de Boston, ou dans les baies du xXuuveau- Jersey, et, à en croire des antiquaires danois, les Normands seraient entrés dans les eanz de tthode-Island, témoin une inseription sur les rochers de la rividre TaontOD, qui donne ie nom de Vinhnd aux cdtes sodonesi de la Nouvelle-Angleterre ; ils auraient enfin exploré les anses de noire pays jusqu'à la Caroline. Mais riiislotre de la colonisation de l'Amérique par les Normands ne repose que sur des légendes de forme mythologique et d'une signification obscure, bien antérieures aux faits en question. Les détails géographiques sont d*ttn vague qui n'autorise pas même une eonjecture. N'importe dans quelle hypothèse moderne» les récits d'eau douce et dd sol fertile sont fictifs ou exagérés. La description des naturels ne s'applique qu'aux EsquimauXi habitants des régions hyperboréennes. La remarque au sujet de la plus laible durée des mois d'hiver a reçu des interprétations qui s'adaptent à toutes Jes latitudes, depuis New*Tork jusqu'au cap Fare-Well, et l'on a cherché le Vinland sur toutes les directions, depuis le Groënland et le Saint- Laurent jusqu'à TATrigae. La nation à qui appartenaient les intrépides marins qui étendirent leurs excursions au delà de l'Islande, comme de la Sicile, aurait pu aisément pousser jusqu'au Groëniand et jusqu'au JUbrador. Mais aucune preuve historique n'établit à ce sujet de probabilité matérielle.
(Baneioft» iHUoin dèi ÉHm-Uimt éditioa Routledfe» vol* L P* 7.)
Ce fut le vendredi lâ octobre 149â, jour mémorable dans les fastes du monde , qu'après un voyage de soixante-huit jours, plein d'einouvantes péripéties, Christophe Colomb aborda à l'Ile de San-Salvador. Cinq ans après, Jean Cabot, marchand de Bristol, Vénitien d'origine, et son illustre fils Sébastien, découvraient le continent même de TÂmérique. Colomb ne devait le voir que quatorze mois plus tard, lors de son troisième voyage, et Amerigo Vespucci, son parrain par une injustice du sort, qu'en 1499 seulement. La France, à son tour, prenait pied, en 1504, sur celte terre où elle allait, pendant un siècle et V»demi, jouer un rôle si éclatant, et laisser dans sa dé^ faite même d'impérissables souvenirs. Nos hardis ma* rins de Flandre et ùd Bretagne commencèrent, dès cette année, à pêcher sur le banc de Terre-Neuve où un capitaine anglais rencontrait, en 1527, un navire breton et onze navires normands. Llle du cap Breton ^ prenait son nom des souvenirs de TArmorique. En 1506, un habitant de Honileur, Denys, dressait une carte du golfe âaint-Laurent. En 1R08, on amenait en Fraîice des sauvages de la côte nord-ouest américaine. Ën 1518, de Léry et Saint-Just proposaient des plans de culonisaLion de l'Amérique du Nord.
Ces plans éveillèrent peut-être Tattention du gouver- v nement français, qui jusqu'alors avait paru assez incUfférent aux découvertes des Colomb et des Cabot, et 'i
peu soucieux de disputer l'Amérique aux Espagnols et aux Anglais. Toujours est-il que François résolut à son tour un voyage d'exploration dont il confia la direction à l'Italien Yerazzani. Monté sur la caravelle le Dauphin, cl suivaiiL la voie de Madère, le navigateur, après cinquante jours d'une traversée tempétueuse, jeta l'ancre sur des côtes inconnues : c'étaient celles de la Caroline du Nord, c Mutuel fut rétonneiuent des » étrangers et des doux et faibles naturels. La couleur » rougeâtre des Indiens rappelait le teint des Sarra- » sins. Leurs vêtements de peaux étaient ornés de » plumes. Ils accueillirent avec hospitalité ces étran- » gers qu'ils n'avaient .pas encore appris à craindre. » A mesure que le Dauphin faisait route vers le nord, » la contrée devenait plus engageante. L'imagination 1 ne pouvait concevoir des forêts et des champs plus » délicieux. Les bosquets répandaient leurs parfums I au loin du rivage et semblaient promettre les épices » de l'Orient. La manie des temps sévissait dans Té- 1 quipage : à ses yeux, la couleur de la terre accusait ]» Tabondance de l'or. Les sauvages furent plus hu- » inaiiis que leurs hôtes. Un jeune matelot qui se 1» noyait fut sauvé par les naturels; les explorateurs » volèrent un enfant à sa mère et essayèrent de dé- » baucher une jeune lëmme^ »