‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 41 sur 61 · HUtoindei ÈtaU-Unis, t. Ul, p · texte numérisé non relu

HUtoindei ÈtaU-Unis, t. Ul, p

« C'esl une tradition en Virginie, dit M. Comélis de Witt, que Braddock fut tué par un de ses hommes pour débarrasser Tarméo du général qui Tavait sacrifiée à son obstination et à son ignorance de la guerre

des frontières. »

M. Bancroft ne fait nulle mention de cette tradition. Une balie, dit-ilp lû entra dans ie côté dieit» et ii tomba giorteUemenl blené.

L\ù CANADA

Lès Anglais furent pius heureux dans l'Acadie. Qttioze cents hommes de troupes provinciales et trois # cents soldats de ligne attaquèrent et prirent le iorl de Beau-Séjour, mal défendu par son commandant, de Vergor (i754). De Villerai, qui tenait le fortin de Gaspereaux, sur la baie Verte» dut également capituler aux conditions imposées déjà à de Vergor. Les deux garnisons devaient être envoyées à Louisbourg. Le capitaine Bons, avec trois frégates et un sloop, alla réduire le fort Saint- Jean. Il le trouva abandonné. Les Français avaient .incendié leurs maisons et pris la fliite.

Les capitulations de Beau-Séjour et de Gaspereaux

portaient amnistie en faveur des Acadiens fugitifs que la France, avait enrôlés à son service. Mais TAngleterro, reprenant les anciens projets du duc de Newcastle, avait résolu de faire payer à ces populations inoffensives le double tort de leur attachement à la France et à la religion catholique. Elle avait décidé, en dépit des représentations de la Franbe« leur transportation en masse sur un autre point des possessions britanniques. Ses officiers et ses pasteurs avaient épuisé déjà envers eux toutes les injures et toutes les vexations.

c Les prendre de force était impraticable; on eut

recours à la ruse. Une proclamation générale (1754), publiée partout le même jourt invita tous les hommes.

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y compris les enfants âgés de dix ans, à se rassembler 4 dans leurs villages respectif. Le 5 septembre, jour désigné^ ils obéissaient. A Grand*Pré« par exemple, (piatre emi dix-huit hommes sms aroies arrivaient à

la fois; on les lit entrer dans l'église, dont les avenues étaient gardées, et Winslow» le eommandant américain, s'étant placé au cealre, leur paria eu ces termes :

c Vous êtes iei réunis pour que je vous fasse part de la résolution délinitive de Sa Majesté à Tégard des habitaats français de cette province. Vos terres et vos téneœentSy votre bétail et vos provisions de toute espèce sont eonâsqués au profit de la eouroone» et

vous-mêmes vous serez éloignés de ce pays. Vous devez à la bonté de Sa Majesté le droit que j'ai de vous laisser emporter tout votre argent et vos objets domestiques, sans qu'ils puissent cependant encombrer les vaisseaux où vous allex vous embar^w. » Et il les déclara prisonniers du roi.

1» Le 10 septembre était le jour fixé pour le départ d'une partie des exilés. Ils lurent amenés sur six rangs, et les jeunes gens» au nombre de cent soixante et un« recurent Tordre de s'embarquer les premiers. Ils pouvaient quitter leurs fermes et leurs cliaumières, leurs troupeaux et leurs champs , les sombres rochers au milieu desquels ils avaient vécu; mais la nature protestait en eux contre rodieuse mesure qui les «rrachait

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à leurs fiuniifes. Ei cependant à quoi servait ee déias*

poir frériélique de jeunes gens sans défense? Ils n'avaient point d'armes, et la baïonnette les contraignaii à obéir. Us durent marcher, à pas lents, de la cba^ pelle jusqu'au rivage, au milieu de leurs femmes et de leurs enfants, qui appelaient à genoux les bénédictioM du ciel sur leurs tèies, eux-mêmes pleurâot» priant et chantant des cantiques* Les plus vieux s'eoibarquè* rent ensuite. Les femnies et les enfants devaient attendre l'arrivée de nouveaux transports »

Sept mille personnes furent ainsi chassées de leurs fiyyers. « Je ne bais si les annales de l liumapité eoa- » servent le souvenir d'une peine aussi cruelle^ aussi 1» iiijuslê, aussi durable que celle infligée aux habi- 9 tants français de TAcadie. Nous avons été fidèles 4 9 notre religion, disaient-ils, et fidèles à Dous-mèmes. » La nature semble pouilant nous considérer comme » des objets de vengeance publique »

Cinq mille hommes, sous te commandement de Johnson, étaient campés sur la rive sud du lac du Saint-Sacrement, et construisaient le fort Edward. ^ Laissant au fort de la pointe de la Couronne une gar*

nison de trois mille hommes, dont sept cents Indiens, Dieskau remonta les bords du lac Cliamplain. Son but était de détruire les travaux du fort Edward ; malbeu*

1. Hisioire des Étntn-Unis, 1. 111, p. 114. ' "À. Hi$tot,rti dtis ÈiaiS'UniSf U 111, p. 14î>.

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reosemeat il lui fallut céder au désir des Indiens d'at-» taquer le camp anglais. 11 tenclil irabard une ambuscade où tombèrent un millier d'hommes envoyés au

secours de Johnson, et où j)ériL llendrick, le célèbre dief mohawk; mais» en face du camp, les Indiens et les Canadiens se cachèrent Iftchemenl dnns les broussailles. Avec ses deux cents hommes de troupes régulières, Dîeskau attaqua résoiûment les retranchements ennemis. Ces deux cents braves périfenl presque tous; trois fois blessé, Dieskau ne voulait pas ordonner la retraite, La balle d'ua renégat français l'atteignit mortellement. Johnson avait peu fait pour la victoire, n n'en sut pas davantage profiter, et il laissa tranquiK lement les Français prendre position à Ticonderoga.

Shirley avait deux mille hommes environ sous ses ordres, et le fort de Niagara, tout délabré, n'était défendu que par une Lreiilaine d'hommes mal armés (i7S5). Mais la défaite de firaddock avait démoralisé nos ennemis. Shirley passa quelques semaines à construire des bateaux pour remonter le lac Ontario; puis un grand orage Tempècha de s'embarquer; une autre fois, les vents lui furent contraires. La maladie se mit enfin dans ses rangs, les indiens désertèrent, et en

octobre il quittait les rivages de l'Ontario. A ce moment même Franklin constatait que la population des colonies doublait tous les vingt ans> nouvelle qui fut

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reçue eu Angleterre avec moius Ue satisfaclion que de erainle.

Tous ces ac(es mililaires pouvaient, à la rigueur, être présentés comme des actes de simple défense : mais le gouvernement anglais ne tarda pas à prendre une allure déciciément oilensive. La guerre de sept ans allait éclater» et Tordre fnt donné aox capitaines des bâtinientsdc Sa xMajesté Britannique de courir sus aux bâtiments de guerre et de commerce français. Aucune déclaration officielle de guerre n'avait précédé ces ordres» en vertu desquels les croiseurs anglais capturèrent nos bâtiments venant des Antilles et nos baleiniers, et firent essuyer à notre commerce une perte de plus de trente millions, ftoaillé qualifia hautement ces faits actes de piraterie sur la plus grande échelle* Louis XV s'écria qu'il ne pardonnerait jamais à l'Angleterre cette insolente violation du droit des gens* et la dénonça avec indignation à George U. en lur demandant réparation de Tinsulte faite par Boscawen au pavillon français. George, pour toute réponse, s'assura personnellement de la neutralité de la Russie, et couclut un traité d'alliance avec la Prusse.

Shirley avait été placé à la tète des troupes anglaises et américaines. Son plan de campagne pour 1 756 comprenait la prise de Québec, de Frontenac et de Toronto, qui amènerait forcément celle du tort Duquesae,

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ét Détroit et de Hiohilioaekijite. Washington» demu

colonel de volontaires , gardait la frontière de Virginie. Mtts ses foroeft étaient insuffisantes, ses officiers peu exercéi» et il manquait mam de tentes et de nttniUons. Son impuissance le dteolait. Les Sliawoees en avaient protUé pour dévaster les rivages de la SusquelianoaU et de la ûelaware. Us avaient fioassacré une famille allemande tout entière, et la législature de la Peiisylvauie ne pouvait assurer aux habitants la séeurilé qu'ils lui demandaient de tous cAtés. Franklin, cepeadaut, orgaiiisail les milices, dans lesquelles \ U.avait accepté le commandement d'un régiment, ^ il dirigeait, à Guadenhullen, les travaux d'un fort destiné à mettre uu Ui^m^ aux incursions des Sbawnees.

Le comte de Loudeun, les généraux Abercrombie et Webb arrivèrent eu Amérique, au mois de juin t7$6i, accompagnés d'une quarantaine d'officiers allemands. Bradstreet avait ravitaillé Oswego , et il annonçait qu'une armée française était en marche pour attaquer celte place. Webb reçut Tordre de partir pour la défendre. Âbercrombie pouvait disposer de dix à douze mille hommes de troupes régulières et de milices provinciales. Il se laissa devancer par les Français qui préparaient la chute d'Oswego, tandis que le» Indiens ravageaient les frontières des comtés d'Orange et d'Ulster* De Lévis emportait d'assaut le fort Bull et en détruisait les approvisionnements. De Villiers se re-

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Dense, d*oà U oommifidait les pmes de là

Oaoadaga et istereeptait les secours destinés à Os« ivego. Le marquis de Montcalm, le chevalier de Lévis» Leraa ei le colonel d infanterie Bourlainaque venaient prdcisémeitt de débarquer à Québec. A la téte de trois

régiments et d'un fort détachement d'Indiens, Montcaim vint mettre te siège devant Oswego* C'était le 48 ao6t. Deux jours «près, la garnison «nnemie, forte d'environ seize cents hommes, capitulait. Ses drapeaux âUèrent décorer les églises de Québec, île Menlréal el; des Trois-Hlvières. Cent vingt canons, six bâtiments de gnerre, troîMents bateaux» de grands approviaion*' nements et un numéraire considérable tombèrent entre les mains du vainqueur^ Wabb, qui avait pour missien de secèurir la place, arriva trop tard e(^ reteurna bon* teusement à Albany,

LoudouQ et Abeverombie semblaiefit lutter de len* teur et d'incapacité. Us hussèrent les Français construire tranquillement on fort à Ticonderoga, licen* cièrent les milices provinciales et firent prendre leurs quartiers d'hiver aux troupes régulières : trois cents Pensylveniens, sous la conduite de Hugues Mercer, châtièrent les Delawares de Kiltanning, voisins du fort Ouquesne. Le capitaine Doméré bâtit' le fort Loudoun à la jonction du iclliquo cl du Tennessee. D'autre part, les députés des six nations, et ceux des Algon*

quins, des Potawatomies et des Niptssings, réon» à Montréal, prooieltaieot leur neutralité aux Franoais. Leurs jeunes hommes auraieoi touIu noéme se joindre a eux.

C'est du côté des Américains , comme da câté des

Françnis, un assaut d'intrépidité et d'aventures. Les coureurs du fort William Henry, Stark à leur tète, fouraent, au milieu de l'hiver de 47S7, le poste fortifié de Carillon et enlèvent un convoi français qui se rendait de Ticooderoga k la peinte de la ilouroone. Biais ils tombent à leur tour dans un parti de Français et dlndienSf et ils perdent une vingtaine d'iiommes. Le jeune Vaudreuil » avec quinze cents Canadiens et soldats, fait soixante lieues dans les neiges. Couchant à la belle étoile, et traversant les lacs George et Gham* plain, ils vont surprendre de nuit le fort William Henry. Mais la garnison est sur ses gardes, et ils ne peuvent que brûler les bateaux anglais, la maison d'approvisionnements et les huttes des coureurs de Jmus. Le gouverneur, son père, réunit à Montréal les guerriers de trenle-trois nations. & J ai Tordre, leur dit-il, de dé« traire le fort que les Anglais viennent de bâtir sur les terres du roi mon maître. » Deux cents canots, ornés des enseignes de chaque nation, descendent le lac

Champlain à Ticonderoga. Les airs guerriers de la France se mêlent aux acclamations des Peaux-Rouges et une /nesse solennelle est célébrée.

Hontcalm et Vaudreuil eoimaissaieiit bien la légè-»

reté des Indiens, qu'il est difficile de garder longtemps en eampagne. En attendant l'heure de rexpéditîon qu'ils avaient méditée, ils employèrent leurs auxiliaires à toutes sortes d'embuscades et de coups de main dont ceux-ci ne revenaient jamais sans quelques cheTe* lures,m sans prisonniers. I^esOUawâs s'emparèrent de vingt-deux barques qu'ils transportèrentàdos d'homme sur le lac George. MoaLcalai y tint une nouvelle assemblée générale des Peaux-Rouges* Toutes les tribus, depuis le lac Michigan et le lac Supérieur jusqu'aux frontières de TAcadie» y élaieut représentées. Montcaim scella l'alliance franco-indienne par le don de six mille coquilles, le plus solennel de tous aux yeux des Indiens. Us jurèrent de ne pas quitter les drapeaux français avant la tin de Texpédition. Le gros de Taraiée, commandé par Montcaim, s'embarqua surdesca« nets, pendant que de Lévis, à la tète de deux miUe cinq cents hommes, prenait la voie de terre, par le pays des Iroquois. Le 2 août 1757, les Indiens entraient dans le lac George, remplissant l'air de hurlements et de cris de guerre. Les Anglais, surpris, leur abandonnèrent leurs baraques et leur bétail, et se réfugièrent pour la plupart dans le fort William-Henry que conn mandait le lieutenant-colonel Munro. Sommé de se rendrCiMunro s' y refusa énergiquement. Montcaim poussa les travaux de siège que Webb^ qui était avec quatre

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mille hommes à quelques milles de là, aurait pu facileaieot troubler. Il n'en fit rien, se conleiUant d'eavoyer à ses chefs un rapport exagéré sur les forces françaises. Ce rapport fut interoepié par Moatcalm et envoyé à Munro» qui m se décids à se rendre qu'après répuise-» ment presque complet de ses munitions et l'explosion de la moitié de ses eanons.

La capiLulaiion garantissait aux Anglais la vie sauve et les benneurs de la guerre, à la condition de ne pas servir pendant dix-huit mois contre les Français. Les clief^ indiens s'étaient engagés à la respecter. Mais les Anglais leur avaient procuré des liqueurs fortes. Toute la nuit se passa en chants et en danses. Les Abenakis de l'Aeadie rappelèrent aux autres tribus les maux que la puissance et Torgueil de T Angleterre leur avaient infligés. A la pointe du jour, lesindiens pénètrent dans le fort et commencent à massacrer les Anglais, qui s enfuient, éperdus» dans les bois ou vers les tentes des Français. Bravant mille morts, de Lévis et Hontcalm se jettent au milieu des lodiens. « Tuez-moi ! criait Montt ealm, mais épargnes les Anglais qui sont sous ma » protection ; » et il leur ordonna de se défendre euxmêmes. Le fort William-Henry fut démoli, et ses nom** breux approvisionnements transportés au Canada. : J'ai dit la pusillanimité de Webb. Celle du comte de LoudouD l'avait dépassée. Use trouvait à Halifax, avec une belle armée de. dix mille hommes et une Uotte de

seize vaisseaux de ligoe» sans compter les frégates. Il s'amuse A jouer à la petite guerre, et, sur la nouvelle que la flotte française entrevue au cap Breton compte un vaisseau de plus que la sienne, il contremande une expédition projetée. H paiiait chaque jour de se rendre à Albany pour diriger les opérations contre Mont*

calrn; vi c}ia(|ue suir le rctrouvail à New- York. Montcalm avait été le héros de la campagne» et ce fut à bien juste titre que Louis XV lui envoya le grand cordon de Saint- Louis. Il avait humilié 1 Amérique et l'Angleterre. Maître de la région des grands lacs, des vallées du Mississipi et du Saint-Laurent, il pouvait se flatter d'avoir consolidé Tœuvre laborieuse de ses devanciers. Mais l'Angleterre et l'Amérique s'occupaient des moyens de prendre une revanche éclatante» et le gouvernement de Louis XV semblait avoir épuisé toute son énergie dans la campagne que je viens de décrire.

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