CHAPITRE IX
LA âU£RB£ DR S&PT ANS : CONQUÊTE DU CANADA
SmniMi». WlUian Fttt m pouvoir. — U pouM fifOuwscBciit kt opèn^ tittu fflUilairei en Aiiièriqii& — Aalienl, Bo«9 tt WoITe. — Sièf» et priée de LMiebowf • Mevldloi défait Abercrombie. — luvestiAsement de Québec : bataille ioi» set mars} JBort de Welfe et de MoBtealm. — Gapltaiatioo de Qnibee»
Les dissensions intestines du cabinet de Saint-Janies, la compétition da duc de Newcastle et du duc de Bedford, leur irrésolution et leur incapacité avaient sensiblement influé sur la marche des affaires en Amé» rique. Les généraux anglais avaient mollement conduit la guerre. Mais William Pitt, en dépit de l'aris*^ toeratie «t de la royauté elle-même, venait de pren« dre le premier pûsle dans le mmistère. 11 arrivait au pouvoir avec la volonté bien arrêtée de conquérir pour son pays la suprématie dans le monde. Ses talents étaient à la hauteur de son ambition» et il en
donna bientôt la preuve. Oublieuses de leur ancienne
hvaiité, les maisons d'Hapsbourg et de Bourbon ve*
ÎÙi LES FRANÇAIS £N AMÉRIQUE
naient d'unir leurs noms. Pilt resserra ralliance de
TAngleterre avec Frédéric de Prusse, le vainqueur de Leuthen et de Rosbaeh » et il résolut d'expulser les Français du Canada. LoudouQ fut rappelé. Abandonnant les errements suivis jusqu'alors et qui avaient vi* veinent froissé Pamour-propre des Américains, Pitt plaça leurs oflîçiers sur un pied d'égaillé parfaite avec les oiBciers du roi. C'est au patriotisme des colons, et non à riniervenlion du parlement, qu'il demanda les moyens pécuniaires de la guerre. A l'Angleterre de fournir les armes et les munitions ; aux colonies de lever, d'babiUer et de payer des homaies, dépenses que !e parlement, d^ailleurs, serait invité à rembourser. Bedibrd, lownshend et Halifax avaient habitué les AjÉérieaine à être ti^aités en vassaux plutdt qu'en citoyensi Pitt^ qui avait un sentiment très-vif de la liberié politique, voulut la xespeeter d'un côté de i'At*
lantiqiic comme de l'autre.
JU^rcrombie avait gardé le ûonunandement en çlief noflôfial; mais lord Howe, WoUb et Amherst étaient le« vrais chefs de la nouvelle armée. Bien que trèS" Jeuneseneore, iord Howe et Wolfe s'étaient distingués dans les cliamps de bataille de l'Allemagne. Amherst était d'un jugement solide et d'une habileté suffisante
dans h conduite des troupes. L'armée com[)tait dix mille hofnmes environ ; la flotte viMgt-deux vaisseaux de ligne et guioze frégates. Elle était sous les ordres^
de Boscawan. Monlcalm ne pouvait opposer aux Anglais que des forces insufiDsantes, affaiblies par la diselle. Le Canada traversail une vérilable crise alimentaire, c Au milieu de la disette générale» dit M. Baaeroft» » les soldais étaient rationnés à une demi-livre de pain » par jour. Les habitants de Québec o'ea recevaient » que deux onces seulement. Les paroles ne pourraient » rendre la misère qui régoail. Le$ animaux dômes* » tiques a:?aient dispara. Le pays ne fournissait plus » de légumes, de volaille, ni de bétail. Dans ce dénû- » ment complet» on acheta et on distribua douze 4 » quinze cents chevaux. Les artisans et les manœu- » vres, tombant de taiblesse, ne pouvaient pas travait- > 1er. La voie de mer était fermée aux envois do » France. »
Le 2 juin, la flotte anglaise entrait dans la baie de
Chapean-Rouge. L'élat de la mer retarda de (jaelques jours le débarquement qui eut lieu le 8, sous la protection du feu des frégates. Wolfe sauta dans Teau peu profonde et toucha terre le premier. BienlùL les Anglais, enlevaient nos batteries et investissaient Louisboarg. La résistance des Français fut héroïque; quand ils rendirent la place» elle n'était plus qu'un monceau de ruines. Sur cinquanlc cinq canons, quarante étaient hors de service. Cinq vaisseaux de ligne et quatre irégates ne pouvaient lutter contrôla flotte anglaise. Ma< ielots et soldats, au nombre de plus de cmq miUa
LKS FRANÇAIS AMKHIQUH:
hommes, fhrent conduits comme prisonniers de guerre
dans les possessions anglaises. La prise de Loiui^bourg entraînait la chute du cap Breton et de 111e du Prince- Édouard. Ces premiers succès avaient encore pour conséquence de relever le moral affaibli de Tarmée anglaise et de surexciter le courage des troupes provin-» ciales, qui avaient bravement fait leur devoir, sous les yeux d'Amherst» de Woife et de Boscawen. Ils causèrent en Angleterre un grand enthousiasme. La chambre des Communes glorifia Tarmée et la Hotte dans là personne de Boscawt^n.
La saison était trop avancée pour attaquer Québec. Bradstreet proposa une entreprise sur le fort Frontenac. Il fallait se rendre maître du fort Carillon, nommé Ticonderoga par les Indiens, que les Français avaient bâti sur le promontoire qui domine la riWère par laquelle le lac George se déverse dans le lac Champlain. Le seul point par où le fort fût accessible avait été couvert de retranchements; plus loin des scieries occupaient ime excellente position militaire. Trois régiments devaient défendre ces lieux, mais Montcalm les avait rappelés, et il ne s*y trouvait, à Tarrivée des Anglais, que trois cents hommes sousiesordres dedeTrépezée. lisse retirèrent brûlant les ponts de la route de Ticonderoga. L'armée anglaise, laissant ses bagnges derrière elle, s'avançait sur quatre colonnes a Ces gens, dit Mont- > calm^ marchent avec précaution. Cependant, s*ils me
» donnent le temps de gagner les hauteurs que j*ai , » choisies au-dessus de Carillon, je les battrai. » Les C0:0nnes (l'ai laque perdirent leur direclion ; et l'une d'elles renconlra Trépezée dont le détachement fut éeharpé. Cette escarmouche coûta la vie à lord Howe. Abercrooibie voulait ramener son armée au point de ijébarquement ; maisBradstreet l'établit sur le terrain pi ès des scieries, et les Anglais couchèrent à un mille et demi environ de l'ennemi.
Le lendemairjj de bonne heure, Clerk vint reconnaître les lignes françaises, et les trouva moins fortes qu'elles ne paraissaient. Ce n'était point l'avis d'autres oûîcierS; dont le coup d'œil plus nuiitaire ne se trompait pas à la bonté de la position. Abercrombie, sans les écouter, donna l'ordre d'emporter les relianchements à l'arme blanche. L'armée anglaise^ forte de quatorze mille hommes, se forma sur trois colonnes d'assaut. Mais iMoutcahn était prêt. Depuis quelques jours, il concentrait ses forces, qui ne dépassaient guère trois mille six cents hommes, dont quatre cents Indiens. Le 8, au matin, les tambours battent aux armes; les Iroupes prennent leurs postes et attendent les Anglais. Ceux-ci s'avancent à la baïonnette, les troupes régulières marchant en tête, et remplissant les intervalles entre les régiments provinciaux. Incommodé par le soleil de juillet, Montcalm jette son « habit, et défend de tirer un seul coup sans sou ordre.
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Quand les Anglais sont à bonne portée, il ouvre un feu
de pierriers et d'espingoles qui fait d'énormes trouées dans les rangs de l'ennemi, que relardent dans sa marche les difBcultés naturelles du terrain. A la gauche, Bourlamaque arrête les Anglais ; à la droite, les charges héroïques des grenadiers et des highianders viennent se briser contre les retranchements. Montcalm et Lévis défendent le centre. A six heures du soir, les Anglais étaient en pleine déroute.
Montcalm avait été partout pendant l'action. Abercrombie s'était tenu en heu sûr, et ne fit rien pour rallier ses troupes. 11 ne fallait, pour emporter le fort Carillon, au témoignage de Montcalm, que six mortiers et deux canons, et les Anglais avaient sous la main un parc considérable d'artillerie. Abercrombie se hâta de battre en retraite. Bradstreet fut plus heureux. Dans le courant du mois d'août, îl s'empara du fort Frontenac, qui ne fut pas défendu. Il y trouva de grands approvisionnemenis pour le fort Duquesne, et neuf bâtiments de huit à dix-huit canons. A la fin de raiiuée, Amherst reniplagaiL Abercrombie.
Le succès de Bradstreet ouvrait le chemin de Nia- ' gara. Pitt ordonna de reprendre Timporlante position du fort Duquesne, et d'envahir la vallée de l'Ohio. Forbes et Washington eurent la conduite de rexpédi-» tion. Deux mille honunes, sous la conduite d'un lieutenant de Washington, Bouquet, occupèrent la posi*
tion de Loyal-lJanna. ïroQipé sur la véritable force de la garnison du fort Duquesne, Bouquet s'avança avec mille hommes, pour la Paire tomber dans une embuscade. Aubry, le commandant du fort» lui mUigea un sanglant échec. Washington lui-même se cliargea de venger son lieutenant. Forbes, qui venait de mourir, avait perdu bien du temps pour arriver à Loyal-Hanna^ et cinquante milles de solitudes séparaient Washington du but de son expédition. Il sut inspirer à ses hommes son activité et son couragé, et une marche rapide le porta en vue du fort Duquesne. La garnison, découragée, y avait mis le feu, et avait redescendu TOhio. » Le 25 novembre, le jeune héros put montrer à ses » troupes la jonction des deux rivières, et, entrant » dans la forteresse, il planta le drapeau anglais sur » ses ruines abandonnées. Le lieu fut nommé Pittsburg- » d'une voix unanime. C'est le trophée le plus durable » de la gloire de Pitt*. »
Malgré la situation critique où il se trouvait, Montcalm ne perdait pas confiance, a Je ne $uis pas découn ragé, écrivait-il, ni mes troupes non plus; nous » sommes résolus à nous ensevelir sous les ruines de » la colonie. » L'Angleterre accumulait de son côté de formidables moyens d'attaque, c Stanvix devait 9 compléter roccupalioa des postes de l'ouest depuis
i. BancrofI : HiMre àu Miatt-Unii, U Ul, p. SSi.
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» Pittsburg jusqu'au lac Ërié; Prideaux réduire le fort
> Niagara; Amherst, maintenant commandant en » chef, et^ par sinécure, gouverneur de la Virginie, » s'avancer avec le gros de l'armée sur le lac Cham- » plain. Pour commander la flotte qui devait soutenir » l'attaque de Québec, Pilt avait choisi Saunders, jeune » officier qui joignait l'amour de la liberté civile à un » vif courage, à une modestie sans affectation. L'armée
> du Saint-Laurent fut placée sous les ordres de Woife. » Sa nature, à la fois affectueuse et hardie, mêlait la » plus grande douceur de manières à un courage im- » pétueux, qui jamais ne se laissait effrayer ni abattre. » Il aimait les lettres et écrivait avec éloquence; pro-
> fondément instruit dans l'art de la guerre, il joignait » à Texpérience un esprit inventif et plein de res- » sources. Sa véhémente passion pour la gloire triom-
> pha de ses motifs d'aimer le repos. < Je me sens
» appelé, ncrivaii-il un jour à propos (le son rapide » avancement, à justider l'attention dont on m'honore,
> par un mépris du danger et des efforts tels qu'ils me » conduiront vraisemblablement à ma perle. La veille
> de son départ, il recevait les derniers ordres de Pitt, » et, dans la compagnie des grands hommes d'État, » il oubliait le danger, la gloire, tout, excepté le dé- » sir suprême de se dévouer pour son pays »