‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 45 sur 61 · I. Bktoin d€t ÉêaU'UnUt t. HI, p · texte numérisé non relu

I. Bktoin d€t ÉêaU'UnUt t. HI, p

LE CANADA M

il s'occupait, néanmoins^ avec persévérance de re*

connaître la rive Nord au-dessus de Québec. La petite crique, qui porte sou nom, et que forment les der* nières pentes du promontoire Diamant et de la pointe Lévis, lui sembla propice à un débarquement clandestin, c Le jour et la nuit du 12 furent employés en pr^ • paratifs. Cette soirée d'automne était belle, et le » général , à la clarté de la lune » visita ses postes, » donnant son dernier coup d'œil et distribuant ses 9 derniers encouragements. Ea passant de navire en » navire, il parla,à ses compagnons de canot, du poëte » Gray, et de son élégie sur un cimetière de cam- » pagne : « Je préférerais, di^il, la gl(Hre d'être Taur» teur de ce poëme à celle de rem[)orter demain une » victoire sur les Français. » Et tandis que» dans le » silence de la nuit , les avirons battaient les eaux 9 soulevées par la marée montante, il répéta ces vers :

The boast of lïeraldry, tho ponip of Power And ail itjai lieauty, ull tlui Wealth eyergave Awail alike ihc lat^xorable hour.

Thâ paiiià uf Giory kad buL lu Gtave.

» L'orgueil des titres, la pompe du pouvoir, et tout » ce que la fortune ont jamais pu donner, sont égale- » ment soumis à i'heui e inexorable. Les seatiers de la » gloire ne conduisent qu'au tombeau. »

A une heure du matin , dans la nuit du 13 septembre, Topération commença. Les bateaux, portant

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la moitié des troupes» ouvraient la marche; puis venaient les vaisseaux avec l'autre moitié. Sous leur protection, ie débarquement se iit sans encombre. Un étroit sentiei*, garni d épaisses broussailles, conduisait à une hauteur, doniiiiant la Crique, et couronnée elle-même par un faible retranchement. Les Français en furent vile délogés, et. sur la gauche, une batterie de quatre canons resta aux mains du colonel Howe. Toutes les troupes n'étaient pas débarquées queWolfe se déployait déjà dans les plaines d'Abraham. Montcalm ne crut d'abord qu'à une tentative de partisans. Mais bientôt mieux intuniié : « Us ont enlin trouvé le 1 ^6té faible de cette misérable garnison, s'écria-t-il. > Il nous faut livrer bataille et les écraser avant midi.» À dix heures, les deux armées étaient en présence, les Anglais s'avançant en bon ordre et protégés par les bois et les plis du terrain, les Français les attendant sur un monticule qui dominait la position ennemie. L'aclion venait de s'engager par une canonnade à distance, quand tout à coup, après avoir en toute hâte

appelé à sou aide Bou^aiu ville cl les quinze cents hommes de Vaudreuil, qui se tenaient près du camp, Montcalm se décida à prendre l'ennemi de flanc et à le rejeter sur la rive escarpée du ileuve. ïownshend fit avorter ce mouvement. Alors , sans attendre plus longtemps ses remorts, Montcalm duigea une attaque impétueuse sur le front des Anglais. Ceux-ci l'atten-

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daient de pied ferme. Quau4 les Fr^mt^ais furent arri*

vés è quarante pas da leurs ran^, ila répondirent» à

leurs feux de peloton irréguliers , par une fusillade rapide» nourrie et bien dirigée, tieutepant de Montcalm tombe mort; Carleton et Parre seot blessés* Lqs Canadiens» novices au feu^ commencent à iléobir. Aussitôt Wolfe se place & la télé du 2$« et des greQa-*

diers de Louisbourg, et les charge à la baïoiiuetle. Ils l^cheat pied de tous côté&t Mais la victoire devait icoïiter cher aux Anglais. Blessé d'abord au poignet, Wolfe avait reçu une balle en pleine poitrine ; « Souteoez- » moi, eria-t-il à unofflciepprèsde lui, que mes braves » compagnons ne me voient pas tomber. On le trans* » porta sur les derrières» et ou lui donna de Teau pour

» èLaiiclier sa soif, t Ils fuient! ils fuient I dit rofficier

> sur lequel il ft'appuyait« ~ Qui fuit ? demanda Wolfe

> déjà mourant. — Les Français, répondit Toffieier, ils » se débandent de toutes parts. Quoi» s'écrie le hé- 1 ro8, fuient-^ils déjal Aliez« l'un de vous» vers le colo* 9 nel Burton; dites-lui de diriger en toute hâte le » régiment de Webb vers les Trois«Rivières» afin de » couper la retraite aux fuyards. » Quatre jours aupa- 1 ravant il avait envi&agé avec décour^igement une mort » prochaine» t Maintenant, dit-il» que Dieu soit knié» » je meurs content. » Ce furent ses derniers mots : spn » âme s'était envolée dans tout Téelai de la gloive K i

l« BUioirê àâ9 ÈUUê-Vmt, U lU» p. 237.

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MoQicalin se mourait aussi : c Né et élevé dans les » camps, Montealm avait cependant reçu une éducation

» brillante; la langue d'Homère et Tart de la guerre lui étaient également familiers. Laborienx, juste et » désintéressé, sage au conseil et prompt dans Taclion, > il trouvait dans son âme une source féconde deharp dis desseins, et son courage allait jusqu'à la témérité. » Sa carrière dans le Canada n'avait été qu'une lutte 1 étonnante contre un destin inexorable. Supportant » sans se plaindre la faim et le froid, les fatigues et les » veilles, soigneux de ses soldats, oublieux de sa per- » sonne, il donnait aux Peaux-Rouges mêmes, enfants » des forélSf l'exemple de Tabnégaiion et de Ténei^ » dans la souffrance. Au milieu de la corruption généj» raie, il ne tendait qu'au bien public. Frappé par une

• balle des soldats de Moockton, il avait continué de » combattre jusqu'au moment où, près de la porte

• Saint-Jean, essayant de rallier dans un taillis un

• corps de fuyards canadiens, il reçut une blessure • * mortelle.

» En apprenant du chirurgien que sa mort était cer-

» taine : J'en suis content, dll-il ; combien de temps » vivrai-je encore? — Dix ou douze heures ; peut-êlre 9 moins. — Le moins sera le mieux; je ne vivrai pas > pour voir la reddition de Québec, i Au conseil de 1» guerre, il démontra que l'on pouvait en douze heures t> concentrer les troupes qu'on avait sous la main, et

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• attaquer de DouTeau les Anglais avant qu'ils eus-

» sent le temps de se retrancher. Quand de Ramsay,

• qui comoiaadait la place, lui demanda son avis sur la 9 défense qu'on pouvait faire, il répandit : « Je confie » à votre garde rhonneur de la France; pour moi, je » passerai la nuit avec Dieu, je me préparerai à la » mort. » Ayant écrit une lettre qui recommandait les 9 prisonniers français à la générosité des Anglais, il » consacra ses dernières heures à l'espérance d'une vie j» immortelle» et à cinq heures du matin il expirait ^ »

Les dernières rocommandaiions du héros Aiinçais eurent le même sort que celles de Wolie. Towashend arrêta ses troupes, et refusa le combat à Bougainville, qui s'avançait avec de nouvelles forces. Le jour même de la bataille^ Vaudreuil invitait Ramsay à ne pas exposer Québec aux horreurs d'un assaut (iont on pouvait prévoir Tissue fatale, et l'engageait à rendre la place, dès qu'il n'aurait plus de vivres. Un capitaine d'artillerie, Fiedmont, insista bien pour une résistance à outrance; mais il ne put triompher de l'indécision des chefs et de la lassitude générale. Les habitants de Québec se disaient à bout de sacrifices et croyaient avoir largement rempli leur devoir.

Le 17 septembre, sans attendre la construction des batteries anglaises, Ramsay capitula*

. i. BkUrifêdêB ÈîaiM'Unii, t. III, p. 138.

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tume flotter les fcôuleurt de l'Angleterre sur les remparts de Québec qu'a?âiedt si longtemps protégés le drapeau fleurdelisé. Mais à leurs regrets et à la haine de l'Angleterre se mêlait Un juste resseolinaent contre le ^ouvernèfneht français, qui les avait abandonnés à leurs laibles ^essources et n'avait pas su venir en aide à rtiéroïque Montealm. En Amérique et en Angleterre ce furent des transports de joie frénétiques. Les temples retentirent d'actions de grâces ; le nom de Wolfe et des Vaiftqtienrs de Québec étaient dans toutes les bouches. Au parlement, Pitt renvoya à Dieu les félicitations ddht on ruccablliit c t^los uti homme est dans les affaires, dit-Il, plus il trouve la main de la Providence partout. » Et il prédit de nouveaux succès maritimes. L'amiral Hawke battait en effet deux mois plus tard la flotte de Tamiral de Gonflaus.

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