‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 46 sur 61 · ET PAIX DE PARIS · texte numérisé non relu

ET PAIX DE PARIS

SbMXAiRs. — Tentative de n^prenriie Québec : son insQccès. — Rogen prend

possession de la région des (Irjnds-Lacs. — Mort de George 11. — Genryp III lui siKfède : i! est disposé h la ttnix. — Pitt : sa haine des Fotuhons des Français; il entrave la paix; il se deiuot. — Choiseul : «is efforts pour une paix houoral'le; il e.*t cc utraint d'acccpicr celle de 1763. — Cession du Canada. Les Français re||»ralS8eht en Auèriiiae eb 1176. ^

L'inaction d'Amherst n'avait pas &ilii seulement être fatale à Woife : elle avait remis à une autre campagne la conquête du haut Canada. Au commencement de 1760^ les Français n'avaient point renoncé

à l'espoir de reprendre Québec. La place était abondam ment pourvue d'approvisionnemen ts de toute sorte, et l'on connaît sa force naturelle. Townsdend, cependant, la déclarait incapable de tenir longtemps, et Murray, son commandant, prévoyait le cas où il rait à 8e réfugier dans Tiie d'Orléans. Encouragé par leurs appréhensions, de Lévis, le successeur de Montcalra, vint, aussitôt ia débâcle de Saint-Laurent, met*

Digitizod

ire le siège devant Québec* à la lète de dix mille hommes. Attaquée par Alurray, le 29 avril, 1 avantgarde française, sous les ordres de Bourlamaque, reçut vigoureusement le premier choc et prit à son tour roffensive. Pour ne pas être enveloppé, Murray dut fuir, laissant sur le terrain toute son artillerie et un millier de morts. Lévis ouvrit ses tranchées; mais le froid retardait la marche des travaux, et les assiégés 86 fortifiaient rapidement. Cependant il n*y avait, dans le camp français, qu'une voix sur le succès de Tentreprise. Une flotte anglaise lit lever le siège. « Joignez- 1 vous à moi , mon amour, écrivait Pitt à sa femme; 9 joignez-vous à moi dans les actions de grâces les » plus humbles et les plus reconnaissantes envers le » Tout-Puissaiit. Le siège de Québec a élé levé, le » 17 mai, dans les circonstances les plus heureuses. » L'ennemi a laissé ses tentes et abandonné quarante

» pièces de canon. Swanton, arrivé le 15, sur le » Vanguari^ a détruit tous les navires français, au nom-

» bre de six ou sept. Heureux, heureux jour I Ma joie » et ma satisfaction sont inexprimables. »

Trois corps d'armée se dirigeaient sur Montréal, commandés, l'un par le colonel Haviland, le second par Amherst, le troisième par Murray. Haviland trouve Tile aux Noix abandonnée. Ainherst, qui avait suivi la vallée derOswego, au lieu de la route directe, occupa, chemin faisant, les faibles ouvrages d'Ogdeosburg. Le

Digitizod by C<.jv.' .«^

LB CANADA

7 septembre, il se rencontrait devant Montréal avec Murray, qui s'était borné à quelques déinoQstraliaos, brûlant çà et là des villages, et pendant des Canadiens. Uaviland arrivait à son tour le tendemaio. Il n'était pas besoin de si grandes forces pour s'emparer d'une ville ouverte, de cinq cents habitants, que Vaudreuil avait sagement résolu d'évacuer à la première apparition de Tennemi. Le lendemain, les généraux anglais entraient dans la ville et signaient avec Yaudreuil une capitulation qui s'étendait à tout le Canada. On y déterminait ses limites par la langue de terre qui sépare les branches de l'Érié et du Mîchigan de celles des rivières Miami , Wabash et Illinois. On y stipulait des conditions en faveur de la propriété et de la religion des Canadiens ; mais la capitulation restait muette sur la question de liberté civile. La colonie française semblait passer, en vertu du droit de conquête, sous la doniiuation arbitraire du souverain de la Grande-Bre* tagne.

Cinq jours après, Rogois entreprit de porter le pavillon anglais jusqu'aux postes français des Lacs. Arrivé à l'embouchure d'une petite rivière dont le nom est resté incertain, il y trouva une députation des Indiens Ottawas. lis l'engagèrent, avant de passer outre, à attendre l'arrivée de leur grand chef, Pontiac , le même qui, peu d'années plus tard, devait soutenir pour son propre compte une lutte sanglante contre les

Il6 LES FHANÇAIS ExN A:MÉRIQUE

colons. Rogers y consentit, et, s'abdUchant avecPontkie» il fit eôniieHre «m chef, irrité de l'iûTasion de sën territoire, qu'il n'y venait pas dans des vues hostiles au& indiensi ihaifi dans le seul but d'en ehasaer les Français. Et il lui offrit le wampum de paix. Mais Poatifte le rendit à Hogers, lui enjoignant d attendre son bon plaisir pour i»ntinuer sa marche. Le lendemain, Kogers partait, chargé des présents de Pontiac, el accompagné de gaerriers oflawas. Bientôt, par une marche rapide^ il ô'erhpafâit de Détroit et le Michigan, par ce coup de main, venait s'ajouter aux conquêtes de rAngleterre.

c Le désir de mon cœur est de mettre un terme à » Teffusion du sang, avail dit George IL On en a » déjà bien assez répandu, avait ajouté le conile de » Bath. » D'autres considérations» plus paissantes en politique que la voix seule deriiuiiianité, militaient en faveur de la paix ! l'intérêt des alliés continentaux de la Grande-Bretagne, de Frédéric de Prusse notamment, les lourdes charges de la guerre, et le danger qu'aux yeux de certâins hommes d*État, raccroissement illimité des forces de terre et de merde l'Angleterre pouvait faire courir à sa ecmstitution^ Ils allaient jusqu'à dire que Tannëxion de la Guadeloupe et celle même du Canada aux possessions britanniques, pouvâtënt constituer un périt plus qu'un avântage* Leë voisins c)ilé Ton tient en crainte, répondaient-ils a Piit,

LE CANADA HT

ne sont pas toujours les pires. Paroles vraiment pro*

phétiques (1700) à la veille des événements de 1776! liais Pitt se montrait intraitable. S'il réservait ta question de la restitution à la France de Goitc et de la Guadeloupe, il se prononçait, avec la plus grande éner* gie, pour la conservation du Canada. L'honneur et l'intérêt delà Grande-Bretagne lui paraissaient l'exiger, et il trouvait è cet endroit un auxiliaire dans le comte de Bath lui-môme, tout enclin d'ailleurs que fût ce dernier à la paix, «c Rendre le Canada aux Français , di- » sait-il, c'est ouvrir la voie à une nouvelle guerre! i Si nous ne voulons pas être forcés d'entretenir de » grandes forces même en pleine paix, il ne faut pas » que nous leur laissions un pouce de terre en Amé- » riquel »

Les Américains^ mais dans des vues et des espérances toutes personnelles , réclamaient aussi énergiquement l'annexion du C.'inada. William Hui ke, le [jarent du célèbre Edmond Burke, avait manifesté ses craintes au sujet du grand développement que préndNt la po^ pulation des colonies, délivrée de la crainte des Fradçais : il redoutait les conséquences aisées à déduire dt) ce prompt accroissement d*un peuple ha^di, indépendant et impatient du joug de la métropole. Benjamin Franklin, aux applaudissements de ses conciioyens, retournait l'argument : € Avec ranriexion du Canada, • disait-il, noUc population en Amérique s'accroîtra

1» merveilleusement. Elle double actuellement tous les

> viDgi*cinq ans , par le seul effet des naissances, et

• eet accroissement « s'il se maintient, rendra dans

• un siècle les sujets anglais de ce côté de Teau plus » nombreux qu'ils ne le sont de l'autre. Maintenant,

> subordonner leurs propres apjji éciations à cerlaines

> craintes» oe serait, de la part des ministres, » renoncer à assurer à la nation et au nom britan- » nique une stabilité et une permanence qu'aucun 1 homme, fiimilier avec l'histoire , n'eût osé espérer

• pour eux avant que les possessions américaines en » eussent ouvert la brillante perspective. » Il ne comprenait pas, d'ailleurs, que l'Angleterre restreignit son occupation au littoral , et il évoquait aux yeux de la mère patrie le spectacle éblouissant de cette navigation immense qui se fait aujourd'liui sur les grands fleuves de l'Amérique du Nord. De nouveaux fermiers s'établiraient dans les contrées fertiles et deviendraient, ainsi que les Indiens eux-mêmes, les tributaires du commerce anglais. Il ne concevait nullement que l'extension des colonies pût constituer un danger, c Nous avons déjà , continuait-il « quatorze gouverne-

> ments particuliers sur la côte maritime du continent» » et nous en aurons probablement plus tard autant » dans l'intérieur des terres. Leur jalousie mutuelle i est si grande qu'ils n'ont jamais pu effectuer d'union

> entre eux, ni même s'accorder pour demander à ]a

LE GAIVADA

> métropole de faire cette uoioo. S'ils n'ont pu s'ent tendre, en vue de la défense commune contre les

» Français et les Indiens, qui harcelaient perpélueile-

» ment leurs établissements» détruisaient leurs villa- » ges et décimaient leur population, peut-on craindre

> qu'ils se réunissent contre la mère patrie, qu'ils ai- » ment tous bien plus qu'ils ne s'aiment entre eux? Une » telle union est impossible, à moins qu on ne les y » pousse par les mesures les plus tyranniques et les

» plus oppressives. Les hommes qui ont des propriétés » à conserver et des privilèges à sauvegarder, sont gé- » riéralement enclins à la tranquillités et plutôt dispo-

> sés à beaucoup souffrir qu'à tout hasarder. Tant que

> le gouvernement.se montre doux et juste* tant que

» principaux droits civils et religieux restent assurés, i ils demeurent des sujets fidèles et obéissants. Les » vagues ne s'élèvent que sous Teffort des vents ' . t

Les esprits et les choses en étaient là, quand survint la mort de George If, frappé d'une attaque d'apo*' plexie foudroyante. Les premiers actes de George III, son petit-fils, marquèrent d'une façon très-significative le changement de direction qui se préparait dans la politique de l'Angleterre. Le nouveau roi, âgé à peine de vingt-deux ans, arrivait au trône avec des idées très-arrètées de prérogative rojale et de gouverne-

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