Hi9toir€ du Éiato^Unu, t. III, p. S
1 tiré, » lui répliquait Aèrement notre plénipotentiaire
Biissy. Le refus obstiné de Pitt de rien concéder au sujet des pêcheries, auxquelles les puissances mari* times attachaient alors tant d'importance, avait réveillé en France des sentiments d'indignation et de colère* On y parlait de reprendre les armes à tout risque, plutôt que de subir tant d'insolence et d'aussi dures et humiliantes conditions.
Pitt méprisait ces tressaillements d'un ennemi qu'il croyait à tout jamais abattu. Devant Topposition du roi, il se sentait cependant une sorte d'irrésolution peu en harmonie avec son caractère et ses mobiles ordrnaires. « La paix qu*on nous offre, > disait Granville, le lord-président, c est plus avantageuse à TAngle- • terre qu'aucune que nous ayons jamais conclue t avec la France, depuis les temps du roi Henri V. > ' « Je prie Dieu, » disait en juillet le ducdeBedford à lord Bute, c que Sa Majesté profite de cette occasion » de surpasser en grandeur et en magnanimité ses » plus illustres prédécesseurs, en donnant à son peu* » pie une paix sage et durable. > Il n'attendait rien, du reste, des efforts qui pouvaient se faire, pendant l'été, contre Belle-Isle. t Avant décembre, disait Pitt, » j'aurai pris la MarLiuique. » « Cette prise, répliquait » Bedford, vous donnera-t-elle les moyens d'obtenir » une paix meilleure que celle qui est à notre disposi- » tioû? Ëngagera4-elle les Français à abandonner
V leur droit aux pêcheries? Eu véritéi cdntinuâit-il
> avec bon sens et dans un louable sentiment, Tentre- 9 prise d'enlever à la France toute puissance navale
> est une entreprise contre nature, qui n'offre aucun » avantage pour notre pays. Elle peut, au contraire, » exciter toutes les puissances maritimes de l'Europe » à se liguer contre nous, qui adoiilons un système » de monopole des mers dangereux aux libertés de 9 l'Europe. Au cas où Ton déciderait une nouvelle £ campagne, ajoutait-il, je me lave les mains de tout t le sang qui pourra être versé ^. »
Le conseil des ministres, sur Tinvitatioii du roi, devais se réunir, le ^ juillet, pour débattre les conditions définitives de la paix. Mais dans Tintervalle, enhardie par ralliance qu'elle venait de renouer avec TEspagné, la France avait tenu au cabinet de Saint- James un langage plus ferme. Choiseul demandait noU'-seulement que l'Angleterre refusât désormais ses secours au roi de Prusse, qu'elle payât les indemnités réclamées pour prises illégales* et qu'elle reconnût le droit aux pêcheries, mais encore qu'elle détruisit ses établissements dans la baie di^ liotiduras. Pitt, pour toute réponse, fit parvenir à Versailles ses conditions de paix sine qm non. Elles consistaient dans l'abandon du Canada» du Sénégal et de Gorée, de la moitié des
Iles neutres» de Sainte-Lucie et de labago notamment, de Minopque enfiiL La France devait en outre
démolir Dunkerque, et l'Angleterre conservait le droit d'assister Frédéric de Prusse. Accéder à de telles conditiuQs, c'était se déshonorer soi-même et deshonorer son pays. Malgré ses défauts et les difficultés de sa position ministérielle, le duc de Choiseul avait l'âme trop française pour hésiter un seul instant. Que le roi signe, s'il le veut, ce traité, répondit-il avec injlignation à l'envoyé anglais, lord Stanley : ma signature n'y figurera jamais. Et réclamant le droit de la France que Pitt repoussait dédaigneusement, d'intervenir, du consentement de l'Ëspagne» dans les affaires de la Péninsule, il fit connaître ses contre-propositions. Mais il n'attendait point la paix^ aussi longtemps que Pitt continuerait de diriger la politique anglaise^ et il ne se trompait pas. Pitt, en effet, malgré i'oppobilioa d'une grande partie de ses collègues, notamment du duc de Bedford, malgré le vif déplaisir de Geor^^e lll, rejeta péremptoirement les contre-propositions françaises, et menaça d*en appeler aux armes. Le 15 août, jour même de l'arrivée de son ultimatum, le duc de Choiseul concluait avec l'Espagne le fameux traité cûiiiiu sous le nom de pacte de Famille. En verlu de ce traité, la France et l'Espagne s'engageaient, à partir de la terminaison des hostilités pendantes, à ne plus séparer leur cause l une de l'autre, soit en temps
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de paix» soit en temps de guerre. Par une coaventioa
coniplémentairc, datée du ruème jour, TEspagne devait déclarer la guerre à l'Angleterre, au cas, qui paraissait très-probable, où la paix n'aurait pas été conclue entre la France et TAngleterre avant le l*' mai de Tannée i76â. Les puissances signataires convenaient de faire alors appel au Portugal, à la Savoie* au Danemarlc et à la Hollande; en un mot, aux puissances intéressées à la liberté des mers et au respect du droit des neutres.
Le 13 septembre, cependant, Ghoiseul tentait un dernier effort pacifique : il faisait de larges concessions. Pitt, qui nignorait pas cependant les engagements de l'Espagne, les accueillit avec un Hédain suprême. Il déclara même nettement que ses premières propositions n'avaient pas été Tœuvre de sa seule volonté. Ces propositions que la France trouvait trop durea, une grande partie de la nation anglaise les trouvait trop favorables, et, s'il eût été libre dans sa rédaction, on s'en serait aperçu à Versailles. A la demande de régler le privilège des sujets britanniques de couper des bois de construction dans la baie de Honduras, ii résolut de répondre par le rappel de Tambassadeur anglais à Madrid, et par Tordre de prendre la Martinique, Panama et -les Philippines. Son ambition s'exaltait, et méditait le dessein de remanier le monde au profit de 3a propre gloire et de la grandeur
LË CAiNADA
de son pays. « Il se préparait, dit Grattan, à écraser > d'une main tous les Bourbons, et de l'autre à gou-
» verner la démocratie anglaise. >
Agitée dans deux réunions du conseil des ministreSt traitée de téméraire et de mal avisée par lord Bute, froidement accueillie par les autres, la mesure du rappel de lord Bristol était restée indécise. À une troisième, réunion» le concert s'était fait entre tous les collègues de Pilt, son beau-frère Temple excepté. « Mordu au cœur par Topposition de cette oligarchie » réunie, Pitt rappela la manière dont il était entré » dans io cabioeL et le but qu'il y avait vigoureiise- » ment poursuivi. Rassemblant toute sa hauteur dans 9 le défi à rarislocratie, et dans cet appel de sa déci- » sien au pays que son inspiration et son intluence 9 avaient relevé de la honte : Le moment est venu, s'é- » cria-t-il, d'iiurnilier tuute la maison de Bourbon. Si 1 je ne puis prévaloir en cette circonstance, c'est la » dernière fois que je siège en ce conseil. Appelé au 9 ministère par la voix du peuple, auquel je dois » compte de tous mes actes, je ne demeurerai pas » dans une situation qui lait peser sur moi la respon* » sabilité de mesures dont je n'ai plus la direction. — » Si la tiès-honorable gentleman , répHijua Granville, » a résolu de prendre le droit de diriger les affaires 9 de la guerre, à quelle fin sommes-nous appelés à ce » conseil? Quand il parle de sa responsabilité devant
» le peuple, il tient le langage propre à la chambre « Communes; il oublie que, dans cette réunion, il » n'est responsable que devant le roi ^. »
Pitt avait avisé Georges 111 par écrit du résultat de ce dernier conseil. Il n'en reçut pas de réponse. Il se décida aiors à la retraite, et, le 5 octobre, il se readait dans ce dessein chez le roi. Espârait-ii que le souvenir des grands services qu'il avait leiulus à son pays, de 8oa habileté consommée dans le maniement des af-^ faires, de son éloquence sans rivale et de sa popularité, remporterait sur la haiue de ses ennemis, dans Tàme d'un prince que sa jeunesse laissait accessible à d'autres senlimeiiis que les calculs de la froide politique? Ce secret est resté entre lui et Dieu* « Le roi re- » çut les sceaux avec aisance et fermeté, snns deman- V der à Pitt de reprendre son poste. Il maniiesta tou- » tefois du regret de perdre | un ministre de cette )i valeur, loua ses services passes et lui fit des offres » illimitées de récompense. En même temps, il se » montra satisfait de l'opinion de la majuiHéde son 1 conseil, déclarant qu'il se serait trouvé fort embar* » rassé sur la marche à suivre si le conseil avait mis I à soutenir la mesure proposée i unanimUé qu'il avait » mise à la rejeter. Le grand eonmoner commença une i réponse ; mais Tappiicalion anxieuse et mcessaaie
l« Hiitowe det EkUi-Unii, L iU, p. m
j) qu'avaient exigée ses fonctions de premier ministre,
> jointe aux attaques réitérées et proehaioemeat la-
> taies d'une maladie héréditaire, avait déjà compléj> tenient détruit sa consLitution : tout son syslèaie
> nerveux était ébranlé. — Sire, dit-il, je confesse » que je n'avais que trop de raisons d'atleudre le dé-
> plaisir de Voife Majesté. Je n'étais pas venu ici pré- » paré à cette excessive lionté. Pardonnez-moi, Sire, » eliem'éeraseï elle m'oppresse. — Ët t homme dont » l'éloquence et le génie avaient rétabli les affaires » de son pays, l'élevant à un degré jusqu'alors in- • connu de puissance, de grandeur territoriale et •» d'orgueilleuse couiianceen lui-même, fondit en lar- » mes. {ie lendemain, le roi parut impatient de lui » donner quelque marque de faveur; et, comme la
> conquête du Canada était le fruit de l'habileté et de 9 la fermeté de Pitt, il lui en offrit le gouvernement, » avec des émoluments de 3,000 livres sterling » (425,000 fr.). Mais Pitt avait une noble nature, et » son cœur débordait d'une fervente affection pour sa » famille. — Je serais doublement heureux, avoua4-il, » si ces marques de l'approbation du roi et de sa » bonté s'adressaient à ceux qui me sont plus chers
que rooi*même. Une pairie fut, en conséquence, » conférée à iady EsLher, sa femme, avec une dotation » annuelle de 3,000 livres sterling, à prendre sur les » droiis de plantation» pa^aLiie pendant sa vie, celle
LËâ FRANÇAIS EN AMÉRll^UË
» de 80D mari et de son fils ainé. Ces marques de l'ap- .
> probaiion royale, bien faibles ea comparaison des » mérites de Pilt, si même ces mérites ne le plaçaient
> au-dessus de toute récompense, furent reçues avec
» véiicralion, giatilude et ie tribut d'un cœur pro- » fondément touclié^ »
Dès la démission de Pitt, les négociations pour la paix se rouvrirent. Fuentès, l'ambassadeur espagnol & Londres, invita Ghoiseul à les reprendre sur la base de ses dernièies propositions. Le ministre français objecta qu'il lui faudrait avoir affaire à un second Pitt pour traiter sur de telles bases ; que la guerre était le seul parti qui lui restât ouvert, et qu'avec du temps» de la patience et de la fermeté, il pouvait espérer un succès définitif. L'Espagne aussi tenait un langage de plus en plus ferme, et se préparait à prendre les armes. La déclaration de guciie eut lieu dans les premiers jours de janvier i762. Dans le but de détacher rimpératrice Marie-Thérèse de l'alliance française, l'Angleterre lui faisait faire des offres secrètes de compensations en Italie, qui furent rejetées par Kaunitz comme illusoires et injuiieuses pour l'Autriche. Le négociateur de cette intrigue, sir Joseph York, avait même insinué qu'une offre de la Silésie, de la part de la Prusse» amènerait bien plus sûrement les choses à