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lonies rompre leurs liens avec la mère pali ie, et s'ériger en un État indépendant» qui est aujourd'hui le rival redoutable de l'Angleterre, sur les mers, dans le commerce et dans Tindustrie. Il eût vu le comte de Rocbambeau et le marquis de Larayette venger sur Cornwaiis la défaite héroïque de Montcaltn; Suffren promener triomphant le pavillon de la France dans les mers de l'Inde, habituées à ne perler que les vaisseaux anglais; le traité de Versailles relever enfin la France des humiliations du traité de 1763.
c La loi des nations chrétiennes, a dit le R. P. La-
> cordaire, est de ne pas permettre ie retour dans le
> monde d une dominalion unique comfue au temps de » Tempire romain. C'est pourquoi ce qui, dans l'Eu- » rope régénérée, a tendu à cette ambition démesurée, » a toujours rencontré un obstacle insurmontable. » Gharlemagne a lui-même divisé sa succession; les » papes ont heureusement combattu le développement » exagéré du saint empire romain. La Fraince, pen- » dant un siècle cl demi, de Gliarles-Quint au traité de
> Westpbalie, a travaillé à rabaissement de la maison » d'Autriche, héritière des deux mondes. L'Europe » s est coalisée contre Louis XIY, et elle a jeté bas » Napoléon^. » Mais les leçons de l'histoire ont-elles jamais proiité aux grands ambitieux, ministres ou sol-
i. Lacordaire : Lelira a da jeûnât gens.
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dats? La passion de Pitt lui cachait 1783, comme celle de Napoléon 1815. Autour de lui, quelques hommes moins importants se montraient plus clairvoyants. J'ai déjà cité les paroles prophétiques de William Burke et de cet écrivain suédois, Pierre Kalm, qui se trouvait à New- York 1 année même de la signature du traité d'Aix-ia-Chapelle. Leduc de Cboiseul s*étonoait, près (Je lord Stanley, de rinsislance que mettait Pilt à acquérir le Canada. « 11 ne voit pas, disait l'iiomme d*Élat Trançais, » qu'entre nos mains le Canada sert à » maintenir ces colonies dans une dépendance dontelles » sortiront dès sa cession. » L'Américain John Adams avait lié de bonne heure dans son esprit l'expulsion « des turbulents Français > à la grandeur de son pays. Lord Mansfield avait coutume de dire que, depuis la paix de Paris, les colonies lui avaient semblé méditer un État d'indépendance nationale. Quand M. de Vergennes, alors ambassadeur de France à Constantinople» apprit la paix, il s'ouvrit dans le même sens à un voyageur anglais. « L'Angleterre ne » tardera pas à se repentir d'avoir enlevé le dernier • obstacle qui pût tenir ses colonies en respect. Elles » n*ont plus besoin désormais de sa protection. Quand 9 elle leur demandera de concourir aux charges qu'elle » s'est imposées pour leur défense, les colonies répon- » dront à cet appel en rejetant toute dépendance. )» Le pronostic était juste, et il n'était pas besoin de
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toute k sagacité de M. de Vergennes pour entrevoir un résultat que devaient forcément amener lêa erre* ments du gouvernement anglais et les conditions nouvelles faites par la paix aut colonies. Le parlemeilt
avait toujours tendu à taxer TAmérique^ et il ne s était arrêté que devant l'énergique résistance des colons à la violation d'un dioil qu'ils tenaient pour essentiel, celui de s'imposer par eux-mêmes et pour eux-mêmes. Mais la guerre de sept ans avait plus que doublé la dette nationale de l'Angleterre. Elle n*était pas, en 1763» moindre de quatre milliards, dont une partie employée pour la conquête de rOhio et celle du Canada» origine et but final de la guerre. L'idée de tirer de rAmérique un revenu rccu[)ératcur revint plus iixe et plus impérieuse à George 111 et à ses ministres» idée Impolitique, sans doute, et dont Texpérienee du passé montrait le danger, mais justifiable cependant dans une certaine mesure. Les doléances des Amériôains, leurs ap|)els rcilércs et pressants à la protection de la mère patrie n'avaient-ils donc pas en quelque sorté provoqué la dernière guerre? Le grand grief des Américains, la grande iniquité à leur égard» c'était le pacte colonial ; c'était le monopole que s'arrogeait TAngleterre sur leur commerce, leur industrie et leur approvisionnement même» monopole de plus en plus écrasant depuis le premier artn du navii^alun, et qu'en ilijo le parlement britannique se proposait d'alourdir encore.
C'est le 6 janvier de cette année que Granviiie présenta au cbmité des voies et moyens le célèbre acte de timbre (slaiiip-act) , qui, avec les actes de droits de douanes, sur le thé notamment, a eu tant d'influence sur la révolution iiméricaine. Je n'ai pas à entrer ici * dans les détails des débats orageux et mémorables que suscitèrent ces actes. Ceux qu'intéresse THistoire parlementaire de nos voisins, si pleine d'enseignements, peuvent les trouver dans le livre de M. Bancroft, ou dans VHistoire, excellente aussi, de lord iMalion. La seule annonce du projet ministériel avait soulevé la colère des Américains. « Ce n'est plus le moment d'iié- » siter. Nous vouions être traités comme les Anglais, » non en vertu d'une charte, mais par droit de nais* » sance, » s'était écrié Samuel Adams, deBoston, puritain austère et patriote ardent, un de ces hommes qui possèdent le secret redoutable de soulever par leur parole les colères publiques. On s'engagea, de toutes paits, à ne pas faire usage des objets manufacturés de provenance anglaise; on alla même jusqu'à s'interdire les vêtements de deuil. Les habitants de Boston résolurent de ne plus manger de mouton, afin d'augmenter la production de la laine.
Jared Ingersoll, de Nevv-Haven, avait été longtemps agent du Connecticut en Angleterre. Revenu dans son pays natal, comme directcui' .général du timbre, il se disculpait d'avoir accepté ce poste, en disant : < Ne
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» vaut-il pas mieux que les droits soient perçus par » vos frères que par des étrangers? » < Non, en vé-
» rité, vil mécréant, !ui répondait Dagelt, de New- » Havep. Si votre père devait mourir^ votre piété » filiale s'accommoderait-^lle donc de vous voir deve- » nir son exécuteur, et recevoir ensuite ie salaire du » bourreau? Si la ruine de votre pays est décrétée, » n'encourez-vuas aucun blâme en prenant part à ses » dépouilles? » Quelques jours plus tard, ses compatriotes le forçaient à résigner son emploi. Les habitants de Boston pendaient en eOigie, à la cime d'un orme de haute taille, appelé le Grand-Turc, leur rece» veur Ollivier, en compagnie des minisires Bute et Granville. ils brûlaient ensuite les registres de la cour de vice-amirauté, d'odieuse ïnemoire, et saccageaient la demeure du contrôleur des douanes et celle du chef de justice (chief of justice), Hutchinson , qui avait à peine le temps de s'échapper avec sa iamiiie^
Ces scènes préludaient, dans la même ville de Boston, à celles de décembre 1773. Le 6 de ce mois, une cinquantaine d'hommes, déguisés en Indiens, se rendaient au quai Grillin, s'eniparaient de trois bâtiments chargés de thé, qui s'y trouvaient mouillés, jetaient pardessus bord trois cent quarante caisses de thé, et se retiraient sans toucher à aucune autre marchandise.
i. Bistoindet Eiait^Unis, t. iV,p. 217 etsaiv.
Digiiizea ix
Déjà une rixe, où le saug eût coulé sans l'inlerven-^ tien éloquente d'un ministre de TÉglise, s'était engagée à Salem entre la population el les soldats du général Gage, ehargés de s'emparer d'un dépôt d'armes. Dix-huit mois plus tard, en 1778, les milices américaines remportaient, à Lexington, leur première victoire sur les troupes royales. Mais bientôt après elles étaient battues à Bunker-Hill, après une lutte des plus héroïques» et des plus meurtrières pour l'armée anglaise, de l'aveu inèmc de son général en chef. Entin, le 4 juillet 1776» les repri^^entants des treize colonies anglaises de New-Hampshire, Massachusetts, Rhode fsland, Conuecticut, New- York, New-Jersey, Pensylvanie, Dalaware, Maryland, Virginie, des deux Carolines et de la Géorgie, réunis en congrès général, énonçaient ainsi leurs griefs contre la mère patrie : dépendance des juges et jugement sans jury, établissement d'une armée permanente, impositions arbitraires, violation des chartes et des libertés locales; gouvernement militaire, monopole du commerce, etc.
c C'est pourquoi, concluaient-ils, nous, représen- * tants des États-Unis d'Amérique, assemblés en con- 9 grès général, prenant le juge suprême du monde à
> témoin de la droiture de nos intentions, nous décla* » rons et publions solennelleineat, au nom et de par » l'autorité du bon peuple de ces colonies réunies,
> qu'elles sont et de droit doivent être des états libres
» £x indépendants; qu'elles sont dégagées de toute i allégeance envers làcoiironne britannique; que tout i> lien poliliquc entré elles et la Grande-Bretagne est i ét doit être éutièrëtnent rompu; qU'éU tant qu'États i> libres et indépendants, élles ont plein pouvoii de ^ faii*e la guerre» conclure la paix» contracter des > alliances, faire le commercé, et ftîiré toU& autres » actes et choses que les Ëtats indépendants ont le » droit de fiiire. Et» fôrmiBtnent confiants dans la pro- » teclion de la divine providence, nous nous enga- * géoûd nlutuellement à soutenir cette déclaration » de notre vie, de nos fortunés et de notre honneur » sacré. *
Cest la ééslâratiùn d'indépeudatito deé Étals-Unis, conséquence logique et prévue de la ruine des établis* .semants français dan^ rAméri(|ué du Nord.