‹ Les Français en Amérique le CanadaChapitre 6 sur 61 · BUMr» én ims^UniU, vol. I, p. i · texte numérisé non relu

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enrôler, aux termes de sa commission? Où étaient ses

futurs sujets? On alla les prendre dans les prisons. Assassins, voleurs» banqueroutiers, escrocs, détenus pour dettes, formèrent le noyau do la nouvelle colonie ; on ne garda en prison que les faux monnayeurs et les coupables de haute trahison. Jacques II envoyait, au contraire, les partisans du duc de Monmouth, les vaincus de i68S, peupler llle de la Jamaïque et la province du Maryland.

L'entreprise échoua complètement. Roberval n'était mû que par Tambition des richesses et Tattrait du pouvoir. Cartier, véritable marin, ne songeait qu'à de nouvelles découvertes. Les colons ne se trouvèrent nalureilement rien moins que propres à une vie de travail incessant et de lente rémunération. Les grands moyens furent nécessaires pour maintenir l'ordre parmi eux : on en pendit un pour vol ; plusieurs furent mis aux fers; d'autres, liommes ou femmes, fouettés.

Au bout d'un an, c trouvant, dit M. Bancroft, que des terres en Picardie valaient mieux que des titres en Norimberie, Roberval abandonna sa viceroyauté. » Peut-être se rembarqua-t-il pourTAmérique et périt*il en mer. Cartier bâtit un fort près du site de Québec : ce fut le seul résultat de son voyage dont la durée ne fut guère que d'un an.

L insuccès de Roberval est suivi d'une période d'inertie de près d'un demi-siècle de la part du gou-

vernement françaia. Dans cetintervaile^ nos nationaux

ne restèrent pas cependant inactifs. La pêche florissait à Terre-Neuve» où se trouvaient^ en 1578« jusqu'à eent cinquante bâtiments français. En Villegagnon, lieutenant de Coligny, faisait sur les côtes du Brésil un0 apparitioUt que devait suivre» sept ans plus tard, l'essai d'un établissement de calvinistes sur les frontières de la Floride, découverte en 1512 par l'espagnol Ponce de Léon. L'expédition avait pour chef Jean Ribauit de Dieppe, marin brave et expérimenté qu'accompagnaient des gentilshomnieset des troupes.

Après avoir découvert la rivière Saint-Jean, le Saint- Mathieu des Espagnols» qui fut nommée la rivière de Mai, l'expédition, suivant la côte, rencontra !a vaste baie de Port-Royal. C'est là que Ribauii éleva une pyramide aux armes de France, et construisit un fort appelé la Caroline, en Thonneur du roi Charles IX, nom prédestiné pour le pays» dit M. Laboulaye, car il lui fut donné trois fois : a d*abord par les Français, » puis lors d'une concession sans résultats sous » Charles 1", puis enfin lors de la concession sous » Charles II, qui fut suivie d'une véritable colonisa- » tion. > Les débuts de la colonie furent heureux. Les naturels se montraient amis. Mais l'indiscipline se glissa bientôt dans la petite troupe qui se composait de vingt-six hommes en lout. Le gouverneur, lionime aux passions indomptables , voulut la réprimer par

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des actes d'arbitraire et de cruauté et fut égorgé. Les coloBs s'embarquèrent alors pour la France, dans un brigantin construit par eux-mêmes. La faim et les crimes qui raccompagnent les attendaient dans la traversée : les survivants furent recueillis par un petit bâtiment anglais et conduits à la reine Elisabeth.

Cet échec ne découragea point Goligny (1564-1565), ardent à {loursuivre ses projets de colonisation. En 1564« Laudonnière avec trois vaisseaux prit terre sur les bords de la rivière de Mal ; un nouveau fort Caroline fut bâti. Mais les colons de Laudonnière n étaient ni moins turbulents ni moins indisciplinés que leurs prédécesseurs. Leurs exactions ne tardèrent point à leur aliéner les indigènes et leur prodigalité folle à les réduire à la famine. Sous prétexte d'y échapper, quelques-uns des aventuriers obtinrent l'autorisation de gagner la Nouvelle-Espagne. Ils se firent pirates et tombèrent pour la plupart aux mains des Espagnols. Laudonnière fit pendre, comme éeumeurs de mers, ceux qui, après avoir échappé à l'ennemi, purent regagner le fort Caroline. Cependant le manque de vivres se faisait de plus en plus sentir; trois grands mois se passèrent sans l'arrivée des secours attendus de France. Les colons étaient décidés à se rembarquer à tout hasard, quand Ribanlt apparut, amenant do France des provisions de toute espèce, des graines potagères, des instruments de labour, des cimgranls

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avec leurs familles et diverses espèces d'animaux domestiques. La colonie se crut sauvée.

Quelques mois après, elle était anéantie. La tempête avait brisé, sur les côtes de la Floride, les Taisseaux de Ribault. Pedro Melciulcz de Avilès, lieutenant de Philippe lit lit prisonniers, après un combat meurtrier, les défenseurs du fort Caroline et les naufragés, à Texception d'un petit nombre, parmi lesquels Laudonnière et le peintre LeMoyne, dit de Morgues, assez heureux pour s'échapper dans les bois.

Melendez avait promis la vie sauve aux prisonniers. Il ne tint pas parole et fit massacrer, non pas comme Frartr çais mais comme hérétiques (ce furent ses paroles) , neuf cents de ces malheureux. Un cadet de Gascogne, tour à tour soldat, piisunaier et galérien chez les Espagnols, esclave chez les Turcs, d'oil le retira le grand maître de Malte, Dominique de Gourgucs, apprend ce fait odieux. 11 vend aussitôt ses biens, et joignant au produit de cette vente les cotisations de ses amis, il équipe trois vaisseaux, moulés par cent cinquante hommes, et fait voile pour la Floride (1568). Il surprend deux forts à Terabouchure du Saint-Mathieu, détruit le principal établissement espagnol, pend ses prisonniers et place au-dessus de leurs tètes cette inscription : Je ne fais cecy comme à Espagnols^ ni comme à mariniers^ mais comme à traîtres^ voleurs et meurtriers,

La France, sous Henri Xi, eut à soutenir sur toutes

ses frontières des guerres sanglantes. François II ne fit que paraître sur le trône. Les guerres de religion remplirent les règnes de Charles IX et de Henri UI« Cependant ce dernier accorda, en 1588, à Noël et à ChatOD, neveux de Jacques Cartier, le commerce exclu* sif (lu golfe Saint-Laurent, cûneossinn bientôt révoquée. Raviilon se rendit, trois ans plus tard» au Canada, mais pour y exploiter la pèche des phoques seulement. Les entreprises coloniales ne reprennent que sous Henri IV. U nomma le marquis de La Roche son lieutenant général en Norimberie, Labrador et Terre-Neuve. Muni de tous les pouvoirs nécessaires à rétablissement d*une colonie, de La Roche atteignit rUe de Sable, où il laissa quarante hommes, reconnut les côtes de FAcadie et revint en France réunir le& éléments d'une deuxième expédition. H mourut sur ces entrefaites, et la famine se mit dans le petit établisse» ment de l'île de Sable. Douze hommes seulement purent être ramenés en France. De Monts, en i594, reconnut de nouveau les côtes du Canada^ depuis le cap Causeau jusqu'à la baie de Fundy.

La première tentative commerciale des Français ne date que de 1600, année ou Chauvin et Pontgravé, marchands deSaint*Malo, obtinrent des lettres patentes leur concédant le monopole du commerce des fourrures. L'entreprise fut fructueuse pour les associés; mais k mort empêcha Chauvin de fonder une colonie.

CeUe tâche était réservée à Samuel Champlain, du Brouage^ ancien compagnon de de Monts, qu'une compagnie de marchands de Dieppe mit, un an après la mort de Chauvin, à la tète d'une nouvelle expédi* tien. Habile oflicier de marine et homme de science, Ghamplain possédait toutes les qualités requises pour son rdle : une intelhgence élevée, un esprit à la fois ferme et mobile, une persévéïaace et une activité à toute épreuve, cette confiance raisonnée en soi, cet enthousiasme, enfin, pour son œuvre, sans lesquels il n'est pas de succès. U a mérité le titre de (>ère de la Nouvelle-France, et notre pays peut sans crainte opposer son nom, avec ceux de Labourdonnaye et de Dupleix, à ceux qw lui refusent absolument le génie de la colonisation.

Le premier séjour de Ghamplain au Canada ne fut que d'une courte durée. Il rentrait en France au moment où se signaient les lettres patentes de de Monts* Ces lettres concédaient à celui-ci le monopole du commerce des fourrures et lui reconnaissaient la souveraineté de r Acadie et. de ses frontières» depuis le quarantièmejusqu'au quarante-sixième degréde latitude, avec le pouvoir absolu&ur la terre, le gouvernement et le commerce. En y comprenant la tentative du marquis de La Roche, gentilhomme breton, qui balaya, luiaussi(i598), les prisons pour se faire un personnel et ne rencontra pas un meilleur succès que Roberval^ c'était le troisième

effort de iacouroane de France. Bien que fait» comme les précédente, sur une échelle des plus mesquines, il ne devait pas rester aussi infructueux. Poutrincourt^ un des lieutenants de de Monts, s'établit dans un havre qu*il nomma Port-Royal (i()05), aujourd'hui Annapolis. De Monts fonda sur Tiie de la Croix un établissement agricole que le climal lui lit abandonner. Désireux de trouver au sud un meilleur emplacement, il se mit à explorer, mais sans succès, jusqu'au cap Cod au moins, les baies et les rivières de la Nouvelle- Orléans dont il revendiqua la souveraineté au nom du roi de France. Dupont, son autre lieutenant (1606), renouvela jusqu'à trois fois la tentative. Trois fois les vents le repoussèrent et, la troisième, il fit même naufrage. Poutrincourt ne réussit pas mieux, et iorce fut à l'armée de se contenter de Port-^Royal, le premier en date de nos établissements sur le continent américain. Il précédait de deux ans la découverte de la rivière James et de trois la construction de la première hutte au Canada.

Le privilège de de Monts tut révoqué en 1608^ à la sollicitation du commerce français. Cette même année, Ghamplain reparaît en Amérique et tonde la ville de Québec en 1609 ; il se joint, avec deux Fran^ çais seulement, à une troupe d'Algonquins de Québec et de Hurons de Montréal, en expédition contre les Iroquois ; il remonte le Sorel et explore le lac qui porte son prppre nom. £n 1612, le prmce de Gondé, vice*

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roi de la Nouvelle-France, fait obtenir un privilège à des marchands de Saiat-Malo et de La RocboUe. Champlain se rembarque.

11 envahit de nouveau le territoire iroquois. Blessé et repoussé, il passe son premier hiver au milieu des Hurons, et, à travers les forets vierges, pénètre jusqu'aux villages des Algonquins, près du lac Nipissing (1616). Malgré la compagnie, qui lui marchande l'argent, il bâtit sur une hauteur ie fort Saint-Louis (1620- 1624), pendant de si longues années le siège et ie boulevard de noire domination. En môme temps qu'il fait appel, contre les dissensions intérieures (16â8), au conseil royal et à Richelieu, il repousse les sauvages les armes à la main.

Mais il ne fut pas aussi heureux contre les Anglais.

En 1629, David Kerlk, de Dieppe, s'était présenté . devant Québec et avait sommé la ville de se rendre. Vigoureusement repoussé, il s'était vengé en s'emparant d'une escadre française qui portait au Canada des émigrants et des provisions de toutes sortes. Quelques mois plus tard, les deux frères de Kertk reparaissaient sous les murs de Québec, complètement privés de vivres et de nimiitions. Le vieux Champlain dut capituler cette fois. Il le fit avec honneur (1630). La garnison put sortir avec ses armes et obtint un vaisseau pour rentrer en France. Toutel'ois, les Anglais ne jouirent que peu de temps du fruit de l'expédition des

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frèresKertk. Le traité de Sain^Germain-en-Laye (1632)

restitua le Canada à la France, qui avait envoyé Basilly pour le reprendre. Richelieu avait un instant songé à l'abandonner.

Quaad Cbamplain mourut (1635), ses plans» mal se^ condés par la métropole, n'avaient qu'imparfaitement réussi. Notre autorité était assise, il est vrai, sur les bords du Saint-Laurent; les sauvages avaient appris à nous craindre et à nous respecLer; nos missionnaires s'avançaient dans les solitudes. Hais notre établissement restait matériellement bien chétif. « Le fort de » Québec, environné de quelques méchantes maisons 9 et de quelques baraques, dit le P. Charlevotx, deux ou f trois cabanes dansl'ile de Montréal, autant peut-être » à Tadoussac et en quelques autres endroits sur le » fleuve Saint-Laurent, pour la commodilé de la pêche » et de la traite; un coaimencement' d'habitation aux » Trois-Rivières et les ruines du Port-Royal, voilà en » quoi consistaient la Nouvelle-France et tout le fruit » des découvertes de Verazzani, de Jacques Cartier, 1 de M. de Robei vai, do Cbamplain, des grandes dé- » penses du marquis de la Roche et de M. de Monts et » de rindustrie d'un grand nombre de Français, qui » auraient pu y faire un grand établissement, s'ils > eussent été bien conduits K i

1. Hûtoin et description génératê de la NimodU'FitWMê, d Palis, RoUiD, i74i^ %. I, p. S7M73.

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