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LES MISSIONS ET LA COLONISATION

SoMMAiRK. — Cbamplain et les premiers missionnaires. Les Pnnelseaios et les

Jésuites. — Religion , mœurs et habitudes des aborigènes. — Progrès de rèvangélisalion et de la colunisalion. — Les PP. Brébeuf, Lalicmaiid et Daniel. — Les missionnaires chez les cinq osUods. — Les PP. Dablon, Allouez et Marquette.

Les continuateurs de l'œuvre de Champlain devaient Aire nos missionnaires. Le nouveau continent, avec ses peuplades idolâtres, rusées et cruelle, vivant sous la hutte, retirant de la pêche et de la chasse leurs moyens d'existence, toujours en guerre, offrait aux prédicateurs de l'Évangile un vaste champ d'action et leur promettait une ample moisson. Le monde sait comment ils la cueillirent, au mépris de tous les àm^ gers et de toutes les fatigues, ne baissant jamais la téte ni la croix devant le tomahawk et le poteau des tortui^es. Témoin trop souvent indigné des crimes, des défaillances et des folies humaines, l'historien s'arrête avec respect et consolation devant ie spectacle de

cette foi indomptable qui trouve en elle-même son

aliment et sa récompense, de cette intrépidité sereine, de cette abnégation de tous les jours et de tous les

insLants.

Lors de son retour en Amérique (1615-1626), Ghamplain, qui estimait le salut de Fdme au-éessm ffun empire^ avait amené avec lui les franciscains le Caron, Viel, Dolbeau et Sagard. Québec ne comptait encore que cinquante habitants. Les Pères pèlerins {Pilgrim' Fathers) ne devaient débarquer que bien des années après au cap Cad, et di ja les missionnaires avaient pénétré chez les Mohawks et les Wyandots» visité les tribus riveraines du lac Huron et du Niagara, établi des missions dans le Maine oriental ^ Les Franciscains avaient été précédés par les Jésuites (1600)» que patronnaient et soutenaient de leurs propres deniers la reine Marie de Médicis el la marquise de Guercheville* Une part avait été même allouée à la compagnie, du consentement des intéressés, dans le produit des pêcheries et du commerce des fourrures. Des conversions parmi les naturels marquèrent la venue des Jésuites. En compagnie de Biencourt (16iâ), le P. Biart explora

i. Le Maine fut ainsi nommé en Thonneiir de la reine ilenriette, fiile de Henri IV, femme d>^ Charles I", dont lo nom évoque le souvenir do la magnifique orai^-oa itinébre de Bossuet. M. Laboulaye pense qu'elle avait quelque droit ou quelque titre féotial dans la province française dtt Maine; mais, il n'a trouv* au une indication à cet égard. (Laboulaye: Hittoire politiquô des Éiais-Unu.)

I^E CAiNADA

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la câte jusqu'au Kennebec et reoionta cette rivière. Il évangélisa les Gannibas , Algonquins de la famille des Abenakis, et des tribus entre le Penobscot et le Kennebec, déjà hostiles aux Anglais, il fit des alliés sûrs pour la France. De la Siuissaye Ibrtilia Saiat- Sauveur, sur le rivage oriental de l ile de. Mont-Désert. <^ La conversion des infidèles fut la cause de cet i établissement. Les naturels vénéraient le P. Biart 1 comme un messager céleste; et» sous le ciel de » i été, autour d'une croix plantée au centre du vil- 9 lage, les matines et les vêpres se chantaient réga- » lièrement. La France et la religion catholique s'é- » taient approprié le Maine ^ >

Les PP. Biart et le Caron (1625-1636) avaient tracé la voie. La seconde occupation du Canada et la retraite des Bécollets, qui leur cédèrent leurs établissements» donnèrent plus de force et de zèle aux Jésuites, devenus les seuls apdtres du Nouveau-Monde* Dans les trois ans qui la suivirent, on trouve déjà quinze d'entre eux dans la province du Canada. Cette époque est à proprement parler le point de départ des grands travaux d'évangélisation des Indiens, travaux qu'accompagnent les progrès de la colonisation et de la domination française.

Frappé du spectacle qui Tenvironne, de la puissance

i« HkMn du ÉkUê'Unk, toI. I. p. 23.

n LBS FRANÇAIS EN AMÉRIQUE

des torces naturelles, tantôt bieniaisantes, tantôt destructÎTes; déchu, mais consemot au fond du cœur

l'idée d'une divinité, créatrice el ^ardienue du monde, rhomme primitif a doué la nature d'intelligence et de personnalité. Il a déifié le soleil qui éclaire, réchauffe et fertilise la terre ; les astres, qui décrivent silencieusement, au-dessus de sa tétOt leurs ellipses immenses; le feu, qui cuit ses aliments et brûle sa hutte ; l*6au, qui fertilise et ravage ses champs; le tonnerret dont les roulements l'effraient. Il a peuplé le monde de divinités faites à son image et dont il cherche, par ses prièrea et ses sacrifices, à s'assurer Taide ou à conjurer le courroux. Ce naturalisme était, si ce n'est pas abuaer ici d'un tel mot, la religion des indiens. Leui'6 génies et leurs manitous presidaicut, comme les lares et les pénates de Bome, au foyer domestique; ils veillaient au berceau de l'enfont, au chevet du ma* lade; ils fermaient la paupière du g^ejrrier. Chose remarquable chez ces peuples, qui ne rendaient de culte à aucun prophète et ne déiliaieiiL point leurs héros, cette vénération descendait jusqu'à Toiseau, à Pours et au buffle, hôte des prairies. Une étincelle illuminait cependant ces ténèbres : l'indien admettait l'existence d'un grand esprit supérieur à l'homme et à tous les mamluus ; il croyait non à la résurrection générale, mais à la continuation de la vie après la mort et à une sorte de paradis tout matériel, où les

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guerriers d'élite habiteraient des lei ritoires de chasse toujours abondants en gibier ^.

Les Peaux-Rouges de l'Amérique du Nord lie bâtissaient poiiit, comme les aborigènes du Mexique , des temples vastes et superbes, vestiges d*une civilisation aux origines et au développement mystérieux, ils n'en avaient pas, pour mieux dire. Le témoignage de Charlevoix fait justice de cette fantasmagorie d autels, de dômes, de temples où Ton voyait rangés en cercle les corps des diePs déoédés, pures inventions de conteurs à riina^iaation trop fertile. « J'entrai , dit*il, dans la » cabane du fm, c*est-à*dîre la maison où Ton entretO'» » nait» dans la plupart des villages indiens, un feu » perpétuel autour des os de leurs grands chefs, et je » n'y vis point d'ornements, rien« absolument rien qui » pût me faire coiinailre que j'étais dans un temple ^. »

i. C*dtait môme une croyance que des hommes vivants avaient visilé la région des ombres, et i\yiv, scni!), ih!i' a l'anlique Orphée, un Indien, à la reclierclie da sa sœur, IV'ùt ravie, ii'eûl été sa curiosité inopportune, à la société des raorts et réintégrc^e dans !a hutte do ses pères. i)ai:s l'ocial des aurores boréales, les Peaux-H Juges croyaient voir la danse des morts. Mais la région du sud-ouest était le graui sujet de leurs traditions C%;st la qu'était la cour du grand esprit; e'eslià qu'élâieut les ombres de li urs an (Hr«^s.

3. Voici la description ç[ue donne Charievoix d'un temple visité par d'Yberviile en 171G :

• A son arrivée au village dos Bayagoulas, le cher des sauvages le conduisit à un temple dont un sera, [)eul-èlre, bien aise, de voir la description. 1.0 luiL etLiit urne de {)lusieurs ligures d'aiiinuui,\ , parmi * lesquels ou distinguait uu cu'i ijeinl en roUj.e. 11 y av:iit a rentrée, en guise de portique, un appentis de huit pied de i&rge ;»ui- onze de long.

Témoignage que confirme celui d'Adair, et applicable à toutes les tribus iudiennes , à part les I^atchez, qui seuls avaient un lieu spécialement consacré à Tadora* lion de leurs diviuités. Ces formes du culte, si solennelles et si imposantes à Memphis, Athènes et Rome» étaient inconnues aux Indiens. Ils offinienl cepcndaiit des dons et des sacrilices à leurs dieux , sacritices qui n'étaient point, d'ailleurs , le privilège des chefs, encore moins d'un sacerdoce. Chaque Indien se considérait comme son propre prêtre. Le succès de la chasse, l'abondance de ia moisson, les accidents ordinaires mêmes de la vie s'attribuaient à Tinfluence du manitou. Un Indien, pleurant avec toute sa famille la mort d'un

soutenu de deux gros piliers, par le moyen d'une poutre de traverse. Aux deux côtés de la porte, on voyait encore d'autres ligures d'animaux, comme d'ours, de loups, et de divers fii^^caux, et à la tète de toutes était celle d'un chouchouacha. C'est un animal qui a la tête et la grosseur d'un cochon de lait; son puil est de la nature de celui du blaireau, f:ris et blanc; il a la queue d'un rat, les p.ittes d'un singe, et la femelle a sous le vcnirô imc bourse où elle engendre âeî> petits et où elle les nourrit.

» Le chef des sauvages qui conduisait M. d'Yberville, fit ouvrir la porte, qui n'avait que trois pieds et demi df» large, et il y entra le premier. Ce temple était une cahane faite comme toutes les autrps du village, en forme de dôme un peu écrasé et de trente pieds de di.miôtre. Il y avait au milieu deux bûches de bois sec et vermoulu, poséi > LouL à bout, qui brûlaient et faisaient beaucoup de fumée. On voyait dans le fond une espèce d'echnf aud sur lequel étaient plusieurs paquets de peaux de chevreuil, d'ours et de bteufs qui avaient été offertes aa ehouehouacliaf car cet animal est le dieu des Uaya^j'oulas, et il était dépeint en plusieurs endroits, en rouge et eu noir. • {UUt. et DeUT^. gén., t, lil, p. 176.)

L£ GANAl^A

enfant^ supplie le manitou de détourner de lui sa co- 1ère et d'épargner le reste de sa progéniture. Canonieus, le grand sacliem des Narragansetts, arrivé à la vieillesse, enterre le fils qu'il vient de perdre et brûle sa maison, à titre d'expiation auprès du dieu qui lui a ravi son enfant. Les Iroquois, pendant le séjour de Jogues parmi eux, sacrifient une femme à Areskoui, . le dieu de la guerre» qu'ils prient de se nourrir de la chai^ de la victime et de leur accorder de nouvelles victoires. Hennepin trouve une peau de castor pendue sur un arbre : c'est une offrande à l'esprit qui habite les chutes de Saiiit-Anloine. Les guides de Joutel offrent plusieurs morceaux de la chair d'un buflle à lesprit inconnu du désert où ils Tont tué. En traversant 1 Ohio, des dons de tabac et de viaade sèche leur rendent propice l'esprit du beau fleuve.

D autres pratiques revêtaient un caractère plus relevé et plus moral. Le chasseur, qui voulait se rendre propices les divinités tutélaires des animaux, s'imposait des jeûnes sévères. Pour conjurer le vent naissant, l'Indien faisait le sacrifice de son occupation journalière. Le guerrier, partant en expédition , se séparait de sa femme et mortifiait son corps. Il faisait vœu de chas^ teté jusqu'à son retour, a Auii coulent de rendre liom- » mage aux divers pouvoirs dont il peut invoquer » l'aide, dans la guerre, dans la chasse ou la pêche» il » clierche un génie spécial qui soit son compagnon et

* son ange protecteur dans la vie. Aux approches de » la maturité, le jeune Chippewa , soUpu^aiU après la » vue de Dieu, noircit sa face de charbon» se bâtit une » cabane de troncs de cèdre, peut-être sur le sommet i d'une colline, et commence son jeûne dans la soli- 9 tude. Il endure le jeûne de huit jours, sans boire > parfois, jusqu'à ce qu'eiiiin, sous l'extrême excita* » tion de la soif» de la veille et de la faim, il ob-

* tienne une vision céleste, et qu'il reconnaisse son 9 esprit gardien. Cet esprit peut revêtir des formes » fantastiques, celles d'une peau, d'une plume, d'un » caillou, ou d'un objet quelconque; mais cet objet, » une fois au pouvoir et dans la poche du guerrier, i n'est plus l'esprit gardien lui-même, mais plutôt ie » gage de sa faveur et la garantie de sa présence en

* temps de besoin*. »

Tous les voyageurs ont constaté, même chez les peuplades les plus sauvages et les plus barbares, le respect des morts. U était profond chez lesPeaux-Kouges. Les Choctas, les Algonquins, les Wyandots et les Ghérokées enveloppaient le corps du mort dans les fourrures les plus précieuses. Les Hurons réunissaient les os de leurs guerriers, épars dans leurs nombreux cimetières, et les déposaient en grande pompe dans une tombe commune. Une coutume générale était i*ensevelisse«

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