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Histoire des ÉlaU-UuU, vol. U, p

Plus dédaigneux du travail servile que ne le fut jamais

un citoyen grec ou romain, aux beaux jours du Forum ou de l'Âgora, le Peau-Kouge» dans son wigwam, passe des journées entières à fumer, boire, dormir et manger. Sa femme va chercher Teau et le bois ; elle lui prépare ses repas et les lui sert. C'est elle qui fait sécher les viandes et les fruits ; elle qui bâtit le wigwam, qui chasse les oiseaux des champs» qui ensemence et qui récolte; elle qui porte l'attirail de pêche ou de chasse de son maître et rapporte le gibier et le poisson. Abjection matérielle que cette pauvre créature ennoblit par sa Fidélité conjugale, rarement oubliée, et par sa tendresse maténelie presque exagérée^.

L'enfant, au wigwaiii, ne subit aucune contrainte; il joue, il travaille quand il veut. Son éducation physique est toute Spartiate : it apprend de bonne heure à luauicr Tare et l'aviron, à fournir, pieds nus, de longues traites, à braver le froid et la faim. Son courage naissant s'exalte aux récits des exploits guerriers de ses pères. Il aspire ardemment a Theure où il entonnera lui-même le chant du combat, dont les échos ne meurent jamais dans les plaines sans fin du Far- West, où il suivra à son tour le sentier de la guerre

1. Cette tendresse, qui s'effraie d'une séparation, même momentanée, et la liberté absolve dont jouit Tenfant dans le wigwam paraissent an père Lejeune les principales causes de rinsnccôs des écoles ehes les Indiens.

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et 86 vantera de ses exploits dans les danses et les fêtes de sa tribu ; coraplant ses liails d'armes par les plumes d'aigle de sa chevelure et les scalps pendus è sa ceinture, ses blessures par les marques de vermillon de sa peau.

La guerre, voilà, en effet, la pierre angulaire de celle société qui n'a point de codes écrits, mais de simples coutumes, produit des mœurs, des habitudes et des délibérations du grand conseil des chefs électifs ou héréditaires, transmises religieusement de père en fils. La guerre était le seul chemin qui conduisît à la gloire. Le chef militaire était, sans exception de tribus, entièrement électif, et chaque bande ne se composait que de volontaires, se réunissant pour une expédition et se dispersant ensuite. Des danses et des fêles précédaient le départ des guerriers. En partant, ils s'adressaient aux femmes : a Ne pleurez pas, leur • disaient-ils, si nous venons à mourir. Pleurez seule- » ment pour vous - mêmes. Nous allons venger nos » amis et nos parents. Nous coucherons comme eux » nos ennemis sur la terre. » Apostrophe où éclate, impétueuse et puissante, la triple passion de l'âme d'airain du Peau-Rouge, l'orgueil, l'amour du danger et ia soif de la vengeance. Apostrophe digne des héros des Ni^lungen et des farouches serviteurs d'Odin.

Pitié est un mot qui ne doit pas appartenir au vocabulaire des dialectes indiens, tant le sentiment qu'il

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exprime était étranger aux Peaux - Rouges : vainqueurs, ils ne faisaient point grâce ; vaincus, ils n'en demandaient pas. Leur orgueil se complaisait à braver les tortures et à narguer leurs bourreaux. Dans quelques-uns de ces récits admirables que chacun a lus» FéDiaiore Goopcr a décrit ces supplices, dont l'imagination même s'étonne et dont la pensée seule donne le frisson. Le témoignage de Thistoire ne contredit pas celui du roman. Suivons, par exemple, un prisonnier de guerre des Iroquois : < Dans le trajet du lieu » du combat aux cabanes de ses vainqueurs, on écrase » ses mains entre des pierres ; on arrache ou on muj> tilc ses ongles; on ccorche et on déchire les join- » tures de ses bras. Lui, cependant, reste calme et redit les chants de sa nation. Arrivé aux demeures » ennemies, chacun le veut régaler, et une jeune bile » iui est amenée pour être la femme de sa captivité » et la comptigne de ses dernières amours. De village » en village, il assiste à des fêtes données en son bon- » neur et auxquelles il est obligé de chanter. Le vieux f chef, qui aurait pu Tadopter en place d'un neveu » tué, préfère sa vengeance et prononce sa sentence » de mort. C'est bien, répond le prisonnier. La sœur » du guerrier tombé, qu'il aurait pu remplacer, le » traile encore avec tendresse, comme un frère, lui » offrant à manger et le servant avec un respectueux 9 intérêt. Le père le caresse comme s'il était entré

» dans la fâMiillc, lui donne une pipe et essuie les 1 gouttes épaisses de sueur de son visage. Son dernier • festin, à la charge du chef sans fils, commence à » midi. Il s'adresse ainsi à la foule de ces hôtes : t Mes » frères, je vais mourir; soyez joyeux autour de moi » tout à votre aise. Je suis un homme : je ne crains ni

> la mort ni vos tourments. » Ët il se met à chanter à 9 pleine voix. Le festin tini, il est conduit à la cabane » du sang. On l'attache à uii poteau et ses mains » sont liées. Bientôt il se soulève et entonne son chant » de mort. À huit heures du soir» onze feux sont allu- 1 més^ autour desquels viennent se ranger de nom- » breux spectateurs. Les jeunes gens désignés pour i être ses bourreaux sont exhortés à bien faire, car 1 ils seroLiL agréables à Areskoui, le puissant guerrier. » Un chef de guerre dépouille le prisonnier, le montre 9 nu au peuple, et assigne à chacun son office. La » scène la plus horrible s'ensuit; les tortures durent » jusqu'après le lever du soleil. Meurtrie et déchirée, » scalpée et à demi brûlée, la misérable victinie est 9 portée hors du village et hachée en morceaux. Un

> festin de sa chair complète le sacrifice ^.

Telles étaient les coutumes, dit Bancroft, que les Européens ont rejetées bien loin dans le Far-West. Tels étaient les hommes, dirai-je à mon tour, dont j'aurai

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