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» Voilà ce que le poète a pu dire sans exagération.
» C'est le fils de l'habitant qui exerce les professions libérales, qui va au Parlement, qui construit des chemins de fer et des manufactures. Les habitants n’ont jamais été domestiques dans les faubourgs des grandes villes d'Europe.
» Chez nous, chacun fait sa part de l'œuvre commune; néanmoins, nous sortons tous de l'habitant. Nous n’empruntons pas aux oiseaux de passage des plumes plus ou moins brillantes, mais qui ne sont que des plumes après tout. (ie qui nous caractérise, c’est que nous sommes nous-mêmes, et que nous savons d'où nous venons et où nous allons (1). »
On s’imagine difficilement la somme de bonheur et de bien-être qui est départie à l'habitant canadien; pour l’apprécier, il faut le voir chez lui, dans sa maison, dans sa ferme, sur ses terres qu’il tient de ses aïeux. Autant le paysan d'Europe travaille, sue, peine et vit dans un état de sujétion continuelle, autant l’habitant à la vie large, aisée, indépendante. Cette situation a heureusement influé sur son tempérament: habitué au bien-être, à la liberté, à la facilité qu’il a de se tailler des champs dans les immenses espaces, il est devenu bienveillant, L’égoïsme et l’âpreté au gain, qui constituent le fond du caractère du paysan européen, sont remplacés chez lui
par un grand dévouement pour son semblable; quelque
chose comme la jovialité de l’homme qui a bien diné et
(1) Sulte, La Minerve de Montréal (23 février 1881).
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qui est sûr de faire chaque jour un bon repas, quoi qu’il arrive. Celui qui ne manque de rien n'est-il pas toujours plein d’indulgence et d’une douce commisération pour autrui ?
Les descendants des Bretons et des Normands qui sont venus les premiers coloniser le (Canada ont conservé les principaux caractères de leur race : les Bretons, leur loyauté, leur force de volonté, nous allions dire leur entêtement, et leur grande vigueur corporelle; les Nor-
… mands, leur rouerie en affaires, leur gaieté, leur humeur Ï e sociable, leur goût invétéré pour les procès, leur besoin de luxe et d’ostentation. Les deux races ne se ressenbleni que sur deux points : attachement irrésistible aux mœurs et coutumes des ancètres, résistance à l'envahissement du progrès moderne.
Les Bretons sont surtout établis sur les bords du Saint- Laurent, le plus près possible de son eribouchure, là où le fleuve, par sa prodigieuse largeur, leur donne l'illusion de la mer dont leurs aïeux aimaient tant la voix grondante et monotone. Beaucoup sont pêcheurs, et c’est parmi eux que se recrutent les marins et les pilotes du Saint-Laurent.
Les fils des Normands, au contraire, demeurent sur le haut fleuve ou sont disséminés dans l’intérieur et aux environs des villes; ils possèdent les grandes et les petites fermes, font l'élevage du bétaii, cultivent les céréales.
En quelque endroit du Canada qu’il vive, l'habitant de la classe aisée, c'est-à-dire la plus nombreuse, occupr partout une demeure à peu près semblable, Une maison