‹ Les Français en Amérique [microforme]Chapitre 36 sur 43 · AO RO LR PAIN TOR PORT EU LE CONS TRIER È MEURT} A ? CHE · texte numérisé non relu

AO RO LR PAIN TOR PORT EU LE CONS TRIER È MEURT} A ? CHE

l’évêque du diocèse qui est Irlandais; celui-ci, ainsi que les prêtres de même nationalité, sont opposés à la diffusion de la langue française; ils voudraient mème, afin d’assurer l'exécution de leurs projets, que les paroisses acadiennes fussent desservies par des prêtres irlandais.

Le différend nous semble facile à trancher : pourquoi ne pas donner aux Acadiens des instituteurs français laïques? Affranchis de la discipline ecclésiastique, ils n'auront plus à craindre, comme les prètres français qui fondent des écoles, d’être déplacés et envoyés dans des paroisses entièrement anglaises.

Nous voulons croire que c’est inconsciemment que les évêques irlandais se sont fait les complices de la politique inaugurée par l’Angleterre en 1785, et dont le seul but était l’anéantissement de la race française.

La conservation de la langue française doit être l’objectif de tous les Canadiens qui s’occupent de leurs frères d’'Acadie; c'est là le plus ardent désir de ces pauvres dispersés, témoin la conversation suivante rapportée par M. Gerbié :

« Nous étions à Moncton, causant en anglais avec plusieurs personnes, lorsque l’une d’elles interrompit la conversation pour nous faire compliment, en excellent français, sur la manière dont nous parlions l'anglais. Nous crûmes d’abord à une plaisanterie de la part de cette personne qui s'empressa d’ajouter :

—. Mais oui, monsieur, je voudrais parler l’anglais comme vous.

« Cette fois, notre curiosité fut vivement excitée, car

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notre interlocuteur parlait l'anglais très correctement, et avec un accent on ne peut plus britannique.

« Nous lui demandâmes pourquoi cette question.

— Oh! nous répondit-il, au moins on ne douterait pas de mon origine française.

« C'était, on eu conviendra, peu flatteur pour notre prononciation anglaise ; mais, à coup sûr, nous goutâmes sans réserve le plaisir de recueillir un aveu aussi naïf et aussi touchsnt de son affection pour la France.

« Encore un Acadien séparé de la France depuis près de deux siècles! »

La condition matérielle de la masse des Acadiens est celle de tous les pêcheurs qui ne se livrent pas à l’agriculture; elle est précaire. Ces hommes sont en général imprévoyants, et leur travail est exploité par les marchards, Anglais pour la plupart.

Une instruction sagement répandue parmi ces populations aurait d’abord pour but de les réunir en leur faisant connaître leur nombre; la majeure partie ne soupconne pas qu’ils dépassent le chiffre de cent huit mille (exactement 108,621). Certaines colonies acadiennes ignorent qu’à cinquante kilomètres d’elles sont d’autres colonies aussi importantes et aussi peuplées que les leurs. Donc, manque d’unité, de direction, et influence à peu près nulle au Parlement.

En second lieu, l’instruction conduirait vite les pêcheurs acadiens à comprendre les avantages qu'ils trouveraient à se livrer à la culture des plaines fertiles qui entourent leurs établissements; ils s’affranchiraient du joug des marchands, redeviendraient leurs maitres et pourraient

redevenir, à l’image des Canadiens, un peuple uni, fort et vaillant, parlant notre langue qui viendrait, à un moment donné, grossir les rangs de leurs frères du Canada et ajouter un poids de plus à l'influence que ceux-ci ont déjà gagnée au Parlement, dans la politique et dans les affaires.

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