‹ Les Français en Amérique [microforme]Chapitre 38 sur 43 · NE PE MORE A · texte numérisé non relu

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Bien avant que Le Cavellier de La Salle descendit le cours du Mississi pi, u: Espagnol, Fernand de Soto, quittant les côtes de la Floride, avait exploré les bouches du grand fleuve, dans l'espérance de trouver un nouveau Pérou. Après trois ans de vaines recherches, il mourut, et son corps, enfermé dans un tronc d'arbre creusé par ses soldats, fut jeté dans le Mississipi, qui lui servit de

tombeau.

A son retour en France, en 1683, La Salle fut reçu par

le roi Louis XIV, qui le chargea de la colonisation de la Louisiane. La flotte, emportant cinq cents hommes, colons et marins, partit de la Rochelle le 24 juillet 1684; la traversée ne fut pas heureuse : un des navires tomba au pouvoir des Espagnols qui croisaient dans ces parages, et, pour comble de malheur, quand on arriva dans le golfe du Mexique, on ne put retrouver les bouches du Mississipi, faute d'instruments astronomiques.

Las de chercher l’entrée du fleuve, La Salle fit débarquer sa troupe dans la baiede Saint-Bernard, au Texas, et après bien des vicissitudes commença l'installation de la colonie. Les débuts ne furent pas heureux:en butte aux maladies, à la fièvre, les colons se virent encore attaqués par les bôtes féroces et les indigènes.

La Salle, après avoir formé le projet de rechercher le Mississipi, se décida à remonter jusqu'au Canada pour demander du secours; il parht avec seize hommes, laissant les vingt autres survivants de l'expédition à la garde du fort Saint-Louis. Après une marche au nord de quelques jours, La Salle fut assassiné par ses hommes.

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Quant à la troupe restée à Saint-Louis, elle fut massacrée par les sauvages, à l'exception de cinq.

Ces derniers, augmentés de quelques-uns des compagnons de La Salle qui avaient déserlé au moment du départ, tombèrent entre les mains des Espagnols, que l’entreprise des Français inquiétait. Les rapports decesprisonniersles tranquillisèrent; mais ceux qui pouvaientfournirdes renseignements utiles furent jetés dans les raines, au Nouveau-Mexique. Deux enfants, fils d’un Canadien nommé Talon, trop jeunes pour fournir des observations sur le pays, furent pris sous la protection du vice-roi, qui plus tard les fit entrer dans la marine espagnole. Après des péripéties sans nombre, qui tiennent bien plus du roman que de l’histoire, ils parvinrent à regagner la France.

En 1699, le brave marin d’Iberville, parti-de Brest avec deux navires, pénétrait dans l'embouchure du Mississipi, remontait le fleuve jusqu'au village de Bayagoulas; il fit élever un fort dans la baie de Biloxi, entre le Mississipi et Mobile, et rentra en France.

Au mois de janvier 1700, d’Iberville revenait avec le titre de gouverneur général de la Louisiane. Il remonta le Mississipi jusque chez les Natchez, où il projeta de bâtir une ville. Pendant qu’il était dans cette tribu, un violent

orage éclata, et la foudre tomba sur le temple et l’en-

flamma. Tous ces sauvages accoururent aussitôt, donnant les marques du plus affreux désespoir : ils s’arrachaient les cheveux, se frottaient le corps et le visage de terre, levaient les bras au ciel, poussant deshurlementsterribles. Les mères jetaient leurs enfants dans les flammes, comme pour apaiser le courroux du ciel.

Malgré les efforts d’Iberville et de ses compagnons pour empêcher ces actes de barbarie, dix-sept enfants périrent sous les ruines embrasées du temple.

Un fort, construit à Mobile, fut le seul résultat de cette tentative decolonisation. La mort de d’Iberville vint d’ailleurs arrêter toute intervention en faveur de cei établissement dont on ne parla plus jusqu'en 1712.

Les premiers colons de la Louisiane furent, comme nous l'avons dit, des Canadiens ; car, à cette époque, le Canada s’étendait de la baie d'Hudson au golfe du Mexique, le long du cours du « Père des fleuves », et les Canadiens jalonnaient ses rives sur un espace de plus de douze cents lieues. « Ils disputaient les bords glacés de la baie d'Hudson aux traitants anglais, ou guerroyaient contre les Espagnols, presque sous le ciel brûlant des tropiques. La puissance française en Amérique semblait reposer uniquement sur eux... » Au nom de leur roi, ils obéissaient sans calculer ni les sacrifices, ni les conséquences, et nous verrons, dans les pages qui vont suivre, que t‘’est à eux principalement que la France dut la conservation de la Louisiane, comme elle leur devait celle du Canaëa depuis un quart de siècle.

En 1712, la Louisiane fut concédée à un négociant français du nom de Crozat; mais cette entreprise commerciale n’eut aucun succès : tant que les colons avaient fait du commerce pour leur compte, ils avaient facilement trouvé chez les Espagnols des débouchés aux marchandises de traites achetées chez les sauvages, mais, du jour où une grande compagnie fut formée, constituant un monopole, les Espagnols refusèrent l'entrée de leurs

ports du Mexique et des îles aux navires français.

Complètement désillusionné sur les avantages de la Louisiane, Crozat rendit sa concession au roi. Le régent Ja concéda aussitôt à la Compagnie d'Occident.

Un aventurier écossais, Jean Law, vint en France, et proposa au gouvernementde relever les finances de l’État. La situation déplorable où se trouvait alors le trésor public explique seule la confiance qu’inspira ce financier. Le moyen qu’il proposa était d’abord la création d’un papier-monnaie, des billets de banque; mais comme la valeur représentée par ce papier nese trouvait pas en espèce dans les caisses du trésor, etque l'État eûtété, par conséquent, dans l'impossibilité de rembourser tout le papier-monnaie en circulation, la valeur de celui-ci était à peu près nulle; au bout de peu de temps, il perdait le tiers, la moitié et même les deux tiers de sa valeur nominale.

Law nes’arrèta pas pour si peu : sous le nom de Compagnie des Indes, il réunit les monopoles accordés pour les diverses colonies françaises du monde entier, et fit une émission d’actions payables en papier-monnaie, que l'on recevait à sa valeur nominale. Le capital, fixé à cent millions, fut souscriten uninstant; les porteurs de papiermonnaie croyaient faire une spéculation magnifique, en l’échangeant au pair contre des actions qu'on leur rembourserait en or, extrait des mines imaginaires de la Louisiane.

On envoya immédiatement de nombreux colons sur les rives du Mississipi ; une ville fut créée à trente lieues de l'embouchure du fleuve, la Nouvelle-Orléans, aujourd’hui

une des plus populeuses et des plus riches des États-Unis.

En 1720 arriva la banqueroute, l'écroulement du systèmme de Law, ruinant des milliers d'individus, sans que la Compagnie ait été utile à la colonie de la Louisiane.

Pendant la güerre avec l'Espagne (1718), notre colonie fut attaquée par Carascosa; mais, grâce à l’habileté de Bienville et de ses lieutenants, et à la bravoure des colons, Canadiens pour la plupart, cette campagne fut fatale à l'Espagne.

C’est vers cette époque qu’éclata la fameuse conspiralion des Natchez, qui eût pu coûter la vie à tous les Français de la colonie. Quelques habitants furent seuls massacrés, et les autres centres de population, prévenus à temps, purent se défendre et inflger une sanglante leçon aux Natchez.

De faibles détachements de soldats français avaient suffi pour réduire ce petit peuple; mais ces victoires affaiblissaient les Français et la colonie dépérissait. En 1731, la Compagnie remit son privilège au roi, qui déclara le commerce libre.

Cependant, des,colons cherchaient toujours les mines d’or annoncées par Law; c’est au pays des Illinois que les imposteurs avaient placé ces mines, qu'ils disaient plus riches et plus abondantes même que celles du Mexique. « Plusieurs familles, dupes d’une erreur presque générale, y avaient transporté leur fortune. Elles trouvèrent, au lieu de trésors cachés dans les entrailles de la terre, un sol d’une fertilité inépuisable, un des plus doux climats du monde, des rivières navigables, qui toutes auraient pu être décorées du nom de belle rivière

qu’on donna à l'Ohio. Les colons, revenus de leurs illusions, s’adonnèrent à la culture; cette pelite partie de la Nouvelle-France fit dès lors de grands progrès (1). » La guerre qui, pendant ce temps, éclata entre la Frauce et l'Angleterre, surprit la Louisiane sans soldats et sans fortifications. Les Chactas, gagnés par les Anglais, poussèrent leurs courses jusque sous les murs de

la Nouvelle-Orléans, et s'emparèrent, pour le compte

de l’Angleterre, d’une partie des côtes, quinous furent rendues par le traité d’Aix-la-Chapelle. « Ceux qui eurent du bon sens, dit un mémoire du temps, se hâtèrent de quitter un séjour où la liberté et la vie étaient exposées à de continuelles révolutions. »

Pour combler les vides causés par ces émigrations, le ministère envoya des troupes et de nouveaux habitants ; mais ces colons étaient recrutés dans les basfonds de la population parisienne, et les soldats étaient presque tous des déserteurs. Pendant plusieurs années, la Louisiane fut le théâtre de désordres causés par ces transportés.

Telle était la situation de notre colonie, lorsqu’en 1756 la France reprit de nouveau la guerre contre l’Angleterre. Les Antilles et le Canada furent bientôt envahis, et la Louisiane était menacée. Dénuée de secours, elle paraissait une proie facile pour les Anglais, quand M. de Kerleret, alors gouverneur, trouva, dans ses alliances avec les preuplades indigènes, à élever une barrière contre les envahisseurs.

(1) Barbé-Marbois, Histoire de la Louisiane.

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Éclairés par les fautes commises par leurs prélécesseurs, les gouverneurs de la Louisiane avaient encouragé l'agriculture, et ils commençaient à recueillir les fruits de la nouvelle direction donnée aux habitants, lorsqu'un vaisseau vint, le 21 avril 1764, apporter à M. d’Abadie, gouverneur, l’ordre de remettre la Louisiane aux mains des Espagnols. Cet administrateur éprouva un tel chagrin de cette cession, qu'il en mourut ; il fut remplacé par M. Aubry.

Peu de temps après, d’Ulloa, officier généralespagnoi, vint prendre possession du pays au nom du roi d'Espagne.

Par une circonstance singulière, cet officier n’était porteur d’aucun ordre écrit de sa cour; il avait reçu l’ordre verbal du gouverneure de Cuba de se rendre à la Nouvelle-Orléans.

M. d'Ulloa, sentant le côté faible de sa position, s’attacha à gagner le commandant français, imaginant qu’il entrainerait le reste des suffrages; mais cet officier jouissait lui-même de peu de sympathie parmi la population ; il en résulta des troubles, des désobéissances aux ordres d’Ulloa. Les habitants, ayant appris que l'officier espagnol n'avait pas de lettre patente de son gouvernement, lui adressèrent une pétition, signée par les principaux d’entre eux, dans laquelle ils lui demandaient de produire le titre qui lui donnait pouvoir de commander, assurant qu’aussitôt qu’il l'aurait fait, tous rentreraient dans le devoir; mais que, faute par lui de satisfaire à cette réclamation, ils étaient décidés à rejeter les lois prohibitives qu’il avait imposées, et lui enjoignaient de quitter la colonie sous trois jours.

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Ulloa comprit immédiatement le danger de sa situation ; il quitta la Nouvelle-Orléans, et vint en Espagne rendre compte de sa mission. Il peignit les Français comme des révoltés dont on ne pourrait venir à bout par la douceur et contre lesquels il faudrait employer les plus grandes rigueurs. La cour d’Espagne, qui avait hâte de faire exécuter le trailé, choisit le général O’Reilly pour aller à la Nouvelle-Orléans ; il partit muni de pleins pouvoirs.

O’Reilly était Irlandais ; ilavait quitté sa patrie pour la cause du roi Jacques et servi, en France, sous les maréchaux d’Estrée et de Broglie; puis, passant en Espagne, il était arrivé, grâce àde hautes protections, à la grande situation d’inspecteur général de l'infanterie.

L'ordre du roi d'Espagne vint le trouver à la Havane; il partit en toute hâte, emmenant une flotte de vingtquatre navires et trois mille hommes de troupes.

O’Reiliy crut entrevoir, dans la mission dont il était chargé, l’occasion de paraître utile au rétablissement de la paix dela colonie ; par la douceur de ses ordres, on n’eût pas pu, à ce qu’il pensait, apprécier suffisamment sa vigueur et son énergie, et dès son départ, il résolut « de faire un coup d'éclat qui pût en imposer, lui donner la réputation d’un homme de tête, et il jugea parfaitement que des malheureux qu’on rejetait du sein de la patrie, y trouveraient peu de vengeurs ; ce fut dans ces principes qu’il arriva à l’'embouchure du fleuve Mississipi.

« Du moment que l’on sut son arrivée à la Nouvelle- Orléaus, on députa M. de la Fresnière, procureur géné-

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15 ral, pour le recevoir et l’assurer de la soumission de tous NEA les habitants. O’Reilly le reçut avec les plus grandes mar-

ques de bonté, lui annonça les ordres du roi d'Espagne, essayant de traiter tous les Français comme des sujets

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Le Cabildo et la Place d'Armes,

qu'il désirait acquérir. Ces premiers moments rassurèrent les esprits : le Français, naturellement emporté, se rend toujours à la justice et ne passe que trop rapide-

ment de la colère la plus violente à ja confiance la plus dangereuse.

« O’Reilly observait tout, marquait ses victimes, etlui seul connaissait le moment où il devait faire éclater ses proscriptions. Ilavait commencé par faire appliquer les règlements français, et ce début aurait entraîné la multitude/ Lorsqu'il se crut assuré deses moyens, il hasarda de faire quelques changements, qui éprouvèrent de la part de la justice des représentations positives. O’Reilly dissimula encore pour être à portée de juger des impressions que ferait sur chaque particulier le système qu’il voulait établir.

« O’Reilly comprit parfaitement que la Fresnière, par l'exactitude de ses principes, serait toujours un obstacle invincible à ses projets concussionnaires ; il détermina le jour de ses attentats ; ses ordres furent donnés de manière que rien ne transpirât, et lorsque tout fut prêt, ilmanda chez lui les principaux habitants pour fixer avec eux, d’une manière irrévocable, les règlements qui dorénavant feraient la loi de la colonie.

« Douze Français furent choisis pour représenter la nation ; chacun d'eux y apportait le désir de l’union et de la concorde, et la colonieattendait en silence le résultat de cette délibération décisive.

« Les députés étaientréunis au Cabildo, chez O’Reillv, et ils attendaient dans la salle d'audience son arrivée, quand, tout à coup, les troupes prirent les armes et parurent aux environs du gouvernement; les portes s'ouvrirent, O’Reilly parut armé au milieu d’une troupe de satellites ; et avec une figure décomposée par l'énormité

du crime qu'il était à l’instant de commettre, il bégaya quelques reproches vagues sur l'esprit de révolte qui régnait dans la colonie, en déclara les députés auteurs, et termina sa criminelle harangue par les condamner tous à la mort,

« Ils furent à l'instant chargés de fers et conduits dans d’affreux cachots.

« Cette nouvelle avait volé rapidement dans la ville et y avait jeté la consternation et le désespoir.

« O’Reilly se renferma dans son Gouvernement et refusa de voir qui que ce fût, jusqu’à ce qu'ileût. consommé son crime; cependant, sept des malheureux Français, qui attendaient la mort, furent élargis, et personne ne douta du motif qui détermina leur grâce: l’avi-

dité d'O’Reilly et la manière dont il s’est conduit ne laissent aucun doute sur les moyens dout on se servit pour le toucher (1). »

Les six condamnés qui subirent le dernier supplice furent : la Fresnière, Noyant, Carresse, Villeret, Marquis et Millet.

« Tous ces infortunés, continue le même mémoire, souffrirent leur supplice avec la fermeté qu'on devait attendre de vertueux citoyens qui n'avaient rien à se reprocher. La Fresnière, avant d’être fusillé, protesta de son innocence, encouragea ses concitoyens à mourir sans témoigner aucune faiblesse ; il dit à Noyant d’en-

(1) Anonyme. — Mémoire manuscril adressé au roi Louis XVI sur la Louisiane. (Propriété de l’auteur.)

voyer son écharpe à sa femme pour qu’elle pût la remettre à son fils, quand il aurait vingt ans ; il commanda luimême aux soldats de faire feu, et il mourut comme un héros, en abandonnant à ses remords le cruel O’Reilly. »

En 1770, O’Reilly quittait la Nouvelle-Orléans avec ses troupes, après avoir, par la terreur, organisé la colonie selon la loi espagnole.

La Louisiane végéta, sous le gouvernement de cinq administrateurs espagnols, et quand, en 1778, la Nouvelle- Orléans fut ravagée par un incendie, c’est aux Français de Saint-Domingue que Carondelet s’adressa pour avoir des secours.

Continuant son système de prohibition, l'Espagne

défendait aux navires étrangers l'entrée du Mississipi, et ce n’est qu’en 1793 que le gouvernement des États-Unis obtenait de l'Espagne l'ouverture de ses colonies au commerce européen et américain. Deux ans plus tard, en 1795, un autre traité signé à Madrid concédait aux Américains la libre navigation du Mississipi ; ceux-ci en profitèrent pour venir en foule s’établir dans toute la Louisiane, qui n’était plus espagnole que deinom. Cet état se prolongea jusqu’en 1800.

Le premier acte diplomatique de Napoléon avec l'Espagne avait été d'obtenir la rétrocession de la Louisiane ; et, le 21 mars 1801, la Lousiane faisait retour à la France en échange du petit royaume italien d’Etrurie.

Le 26 mars 1803, M. Laussat débarqua à la Nouvelle- Orléans pour préparer l’arrivée du général Victor avec un corps de troupes considérable. Pendant que la France reprenait possession de sa colonie, on agitait, au congrès

de Washington, la question de savoirsi l’on proposerait au premier Consul de lui acheter cette possession, ou si l'on s'en emparerait tout simplement par la force. MM. Monroe et Livingston furent délégués pour aller faire à la France des propositions de cession.

A cette époque, Bonaparte était à la veille de déclarer la guerre à l’Angleterre, et il n'ignorait pas que la flotte anglaise allait attaquer la Nouvelle-Orléans.

— Les Anglais, disait-il àsesministres, ont vingt vaisseaux de guerre dans le golfe du Mexique, et je n'ai pas un moment à perdre pour mettre la Louisiane hors de leurs attaques. Ces piénipotentiaires américains ne me demandent qu'une seule ville dans la Louisiane ; mais je considère la colonie comme déjà perdue.

Quelques jours plus tard, se promenant dansle jardin de Saint-Cloud avec Marbois, dans lequel il avait plus de confiance que dans M. de Tallevrand, il lui dit:

— Vous êles chargé du trésor, Monsieur, eh bien, demandez-leur cent millions et qu’ils prennent tout le pays.

Marbois voulut faire quelques objections en faveur des

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