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CHAPITRE IV

Québec. — Vue de la ville. — Les aubergistes. — Le monument de Wolfe.

— La Terrasse. — Les calèches. —

Lo maison du chien d’or,

C'est dans le bas Canada, devenu province de Québec, qu'est le centre de cette natio nalité, sœur de la nôtre, pour laquelle les habitants ont si vaillamment combattu.

Avec ses couvents, ses égl

ses, ses hauts murs crénelés, ses mai-

sons d’un autre âge, Québec, la ville de Champlain, l'antique capitale de la

Vues de Québec.

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Nouvelle-France, est restée comme un souvenir du temps

passé.

C’est une cité du vieux monde transportée sur le nouveau continent ; à l'ombre de sa formidable citadelle, où , flotte le drapeau de l'Angleterre, vit une population française pacifique et commerçante. À

De quelque côté qu'on la regarde, Québec présente un spectacle qu’il suffit de voir une fois pour ne plus l'oublier : vue du fleuve, c’est un amas confus de maisons, de murs, de rochers, de fortifications qui se dressent audessus du Saint-Laurent,

La ville basse forme autour du roc comme une ceinture de toits que coupent, de distance en distance, des escaliers, où des rues gravissant en zigzag les pentes abruptes du rocher.

De la citadelle, le coup d'œil est plus grandiose encore : tout en bas, les pignons aigus, les hautes cheminées, les grands toits couverts de tuiles rouges; au delà des murs, le port, puis le « fleuve roi », large de douze kilo- * à) mètres, qui roule au milieu de la plaine immense, couverte de champs, de forêts, de villages. De hautes mon- % tagnes forment l'horizon, cachantaux regards émerveillés 7 les solitudes sauvages qui vont, par delà des mondes connus, jusqu'aux régions des giaces éternelles.

La ville basse, c’est la vieille vilie, avec ses rues | étroites, montueuses, contournées, mal pavées, bordées | de maisons basses et massives, aux toits pointus, aux | cheminées énormes. Toutes ces demeures ont un aspect tranquille, un air honnête qui n’existe nulle part ailleurs dans le nouveau monde et qu’on ne trouve plus guère

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que dans les vicilles cités normandes et bretonnes.

Les porles cochères, toujours ouvertes, laissent voir l'intérieur des cours, où les femmes vaquent à leurs occupations, entourées de nombreux enfants frais et joufflus. Ici, c'est une vieille grand’mère coiffée du bonnet normand ; là, c’est un ouvrier qui a transformé en atelier le rez-de-chaussée de samaison, comme dans nos villages. Les enscignes portent des noms français, et la plaque de fer qui grince sur ses gonds, balancée par le vent, indique une auberge, ou une « maison de pension ».

« Les auberges de Québec, qui redira leur gloire ?

Touies vous y ont

comme un vague Pilote indien sur le Saint-Laurent.

parfum de ces bonnes vieilles tavernes du Faucon-Noir et de la Posnme-de-Pindont parle Alexandre Dumas dans les T'ruis Mousquetaires. Ce sont les mômes salles basses enfumées, et, tout au fond, les mêmes cabaretiers légendaires, trônant, parmi leurs bouteilles, derrière les

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mêmes comptoirs d’étain.... De loin, sur le pas de sa porte, l’amphitrion vous sourit, vous accueille de sa courbette la plus engageante. Si vous êtes Français surtout, c'est-à-dire un frère des vicux pays, sa joie ne connaîtra plus de bornes. Volontiers, n'était le respect qu'il vous doit, vous embrasserait-il sur les deux joues (1). »

Excepté le Canadien-Français, qui est là chez lui, tout le monde semble étranger dans ces rues où l’on ne parle que français : l'Anglais, dans son vêtement clair et de mauvais goût, se sent à l’étroit ; le Suédois a l’air d’un touriste ; le Norvégien attend l'heure de l’embarquement; le Yankee cherche à « vendre quelque chose ».

Ce sont de vrais paysans normands qui apportent leurs légumes au marché, et des paysans fiers de leur origine; le Canadien-Francais, où qu’il vive, Se nomme l’Aabitant, el là bas, ce nom est synonyme de Français.

Et cette population française a eu le bonheur inappréciable de se conserver une ville en harmonie avec son caractère. Quand on traverse les rues de la ville basse, quand on passe sur la place du Marché, où acheteurs et vendeurs discutent dans notre langue, il faut lever la tète et voir le drapeau rouge flotter au-dessus de la citadelle pour se rappeler que l’on est dans une ville anglaise.

La ville haute est surtout remarquable par l’admirable panorama qui s’offre au regard : au sud, le Saint-Laurent;

(1) Sylva Clapin, Le Canada.

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au nord, la vallée de Saint-Charles et les pentes qui vont s’élevant jusqu'aux premiers contre-forts des montagnes. C’est Lorette qu'habitent les Indiens, descendants

des fiers Hurons; Beaufort et tous les villages français aux clochers lamés dé zinc, À qui brillent au soleil; les | chutes de Montmorency, puis les lacs qui baignent * le pied des collines. Peu de === villes au monde peuvent se vanter de posséder des Québec vue du Saint-Laurent. environs comparables à ceux de Québec ; la scène qui se ‘ déroule aux yeux du spectateur enchanté est non seulement belle dans ses détails, elle est encore grandiose dans ses proportions. | C'estau milieu de ces paysages charmants que s'élèvent les fermes et les demeures des Canadiens-Français. Da côté du nord, les faubourgs de la ville ont un aspect particulier : om y voit surtout des maisons de cam-

pagne de style anglais, entourées de parcs et de jardins « anglais »; ils s'étendent sur les escarpements qui dominent le cours du Saint-Laurent ou de la rivière Saint-Charles.

En approchant de la ville, on traverse les plaines d'Abraham, où se dresse le monument élevé à la mémoire de Woilfeet de Montcalm, sur lequel on lit l'inscription suivante : « Mortem virtus, communem famam historia, monumentum posteritas dedit » (le courage leur donna la mort; l'histoire, une égale renommée; la postérité, ce monument),

Plus près de la ville encore est la colonne érigée sur le champ de bataille où de Lévis vengea la mort de Montcalm. Puis on rencontre le Palais du Parlement, quelques constructions modernes, et entin les murs qui courent sur les crètes de rochers et entourent la ville.

On à démoli les vieilles portes, et on les a remplacées par de nouvelles, et, sur le vieux mur, on a faitun boulevard.

Le premier fort de Québec a été construit par Jacques Cartier ; les batleries, les palissades, les fortins ont été édifiés à diverses époques, après la fondation de la ville. Quant aux fortilications actuelles, elles furent commencées par Weliingion, en 1893.

Nous voici sur la « Terrasse », immense plate-forme de six cents mûtres de long, large de cinquante ; elle est posée au flanc de la ciladelle à plus de soixante mètres au-dessus du Saint-Laurent, entre la citadelle et la ville basse. Le coup d'œil dont on jouit de la Terrasse

a été trop souvent décrit pour que nous en parlions encore ; c’est certainement un des plus beaux points de

vue du monde.

Le plateau sur lequel s'élève la ville haute s'incline

en pentes douces vers Saint-Charles ; les rues gravissent ces escarpemenis de la façon la plus pittoresque, elies semblent encore suivre les sentiers tracés par les Indiens et par les premiers colons.

A Québec, les monastères, les couvents sont nombreux; les pluscurieux sont le couvent des Ursulines, qui date de 1639; le séminaire et l'université de

La vieille porte Saint Jean.

Laval, dont les bâtiments sont du grand style du xvrre siècle. Il ya une chapelle et un musée où l'on montre au touriste de bons tableaux desécoles italienne et française :

des Philippe de Champagne, un Van-Dick et de charmants portraits de Marie Leczinska et de Mesdames, filles de Louis XV, par Boucher et Vanloo.

L'hiver est véritablement la belle saison à Québec ; quand les froides soliludes du nord semblent descendre sur la ville pour la bloquer, Québec prend son aspect: le plus gai et le plus animé; c'est une transformation complète.

Les montagnes ctla plaine se changent en un désert de noige, au milieu duquel disparaissent les villages aux blanches maisons. Les murs, les glacis des fortifications, les crèltes de rochers sont frangés de longs pics de glace; seuls les hautes cheminées et les pignons pointus dépassent l’épais manteau blane répandu sur la ville

Les voitures, les calèches, font place aux traincaux, traineaux de toutes sortes et de toutes les époques. Tous ces traincaux sont couverts de fourrures, et les cochers disparaissent dans leurs manteaux de peaux de bêtes, serrés à la taille par une ceinture rouge.

Nous avons parlé des calèches; « la calèche est à Québec ce que la gondole est à Venise, le hansom-cab à Londres, la volante à la Havane, c'est-à-dire le véhicule caractéristique de la ville. En cherchant bien, on pourrait peut-être encore retrouver le dernier modèle de ces calèches dans quelques villages reculés du Perche et de la Normandie, pays d'origine de la plupart des Canadiens. C'est une voiture montée sur deux roues de grandes dimensions, ‘et dont la caisse, en forme de balançoire, est suspendue par deux énormes courroies sur

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Une foire à Québec

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lesquelles elle oscille, au gré de la course, comme une barque se jouant sur la crète des vagues. Cette comparaison est tellement juste, que beaucoup de personnes, avant d'être habituées à ce genre de locomotion, éprouvent de véritables attaques de mal de mer quand elles s'en servent.

» À peine débarqué, la calèche vous assaille pour ne plus vous quitter. Sur chaque place publique, que dis-je, à chaque détour de rue, vingt, trente jéhus armés de longs fouets se dresseront soudain devant vous, s'écriant en même temps : « calèche ! calèche, Monsieur ! »

» Tout près, les calèches s’alignent, on ne peut plus inoffensives, avec leurs petits chevaux qui, l’air tout penaud, semblent dormir. Ne vous y fiez pas trop, cependant. Tous ces petits chevaux canadiens, une fois lancés, filent comme le vent, grimpant, grimpant, que c’est comme une bénédiction, les raides pentes de Québec, ou bien encore les descendant, comme si Satan en personne eût pris les rênes en main, c’est-à-dire avec un train d'enfer.

» Gare à vous, alors, si vous êtes tant soit peu douillet. Par instants, la calèche sombrant dans une ornière, vous avez la sensation désagréable de quelque chose s’ouvrant au-dessous de vous, et par où vous aller disparaître Puis, l'instant d’après, grâce à une pointe de pavé plus saillante que les autres, toute l’infernale machine se détend tout à coup avec violence, et vous devez vous arc-bouter de votre mieux pour éviter d’être lancé par-dessus les toits.

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» Vous sortez de là, harassé, moulu, rompu, jurant in petto tous vos grands dieux qu’on ne vous y reprendra plus, et... vous y revenez à la prochaine occasion qui s'offrira..... (1) »

Un crépuscule neigeux donne à Québec un aspect étrange : une demi-obscurité jeite sur tout le tableau un fond gris sur lequel se détachent en noir toutes les saillies qui ne sont pas couvertes de neige ; la citadelle paraît plus haute encore, son sommet prend des tons indécis et se fond dans le gris neigeux du ciel; aux clochetons des églises, aux grilles des couvents, aux canons des remparts, pendent des guirlandes de givre; la ville semble plongée dans la nuit des régions polaires.

Mais soudain la scène change : le vent du nord a chassé le nuage qui voilait la lune, et sa clarté vient éclairer la neige qui, sous ses pâles rayons, parait plus blanche encore; les dentelles de glaçons s’irisent de mille couleurs ou scintillent comme des diamants ; comme la terre reflète la lumière, l'atmosphère elle-même semble lumineuse et tout s’éclaire sous la ligne bleue du ciel.

La clochette d’un traineau, la neige qui craque sous le pied d’un passsant, sont les seuls bruits qui viennent troubler le silence de la nuit.

Et là haut, le sommet de la citadelle semble grandir et toucher au ciel.

Outre les monuments religieux dont nousavons parlé, il faut encore citer le palais du Parlement dont la

(1) Sylva Clapin, Le Canada.

bibliothèque renferme une très curieuse collection d’anciens ouvrages français relatifs au Canada, des réimpressions des plus importants et des plus rares d’entre ces ouvrages, et la collection des brochures publiées depuis la conquête ; et puis l'hôtel de la Poste, très bel édifice récemment édifié.

Il y a quelques années encore existait à cet endroit — on l’a démolie pour construire la poste — une vieille maison connue sous le nom de « Maison du chien d’or ».

Cette maison, célèbre dans les traditions municipales, tirait son nom d'un bas-relief sculpté au-dessus de la porte, où l’on voyait un chien rongeant un os. Audessous, était la légende suivante :

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