‹ Les français en Italie au XVIe siècleChapitre 9 sur 16 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Première guerre entre la France et l'Autriche.

Hostilités dans le Nord de la France. — 1521. Siège de Mézières par les Impériaux. — Invasion des Anglais en Picardie. — Bonnivet prend Fontarabie. — Position critique de Lautrec dans le Milanais. — 1522. Bataille de la Bicoque. — 1523. Coalition contre la France. — Trahison du connétable de Bourbon. Expédition de Bonnivet en Italie. — 1524. Combats de Rebecco et de Romagnano. —Mort deBayard. — Invasion des Impériaux en Provence. — François I"" passe les Alpes. — 1525. Bataille de Pavie. — Caplivité du roi. — Les puissances européennes se rapprochent de la France. — 1526. Traité de Madrid.

La première guerre enti'e François I^r et Charles-Quim dura de 1521 à 1526 : elle se fit sur trois points à la fois , à la frontière des Pays-Bas , au pied des Pyrénées et en Italie.

L'empereur avait donné un corps de vingt mille hommes

au comte de Nassau , gouverneur du Brabant, avec mission de chûlier Robert de La Mark et d'envahir le nord de la France. Louis de Nassau ravagea les états du duc de Bouillon , lui prit toutes ses places fortes, excepté Sedan ec .lamets , puis , remontant la Meuse , entra sur le territoire français. Mouzon se rendit, et les Impériaux mirent le siège devant Mézières , dont la conquête leur aurait ouvert la Champagne.

François I^r avait été d'avis de brîiler la ville , qu'il ne croyait pas en état de résister ; mais Bayard offrit de s'y renfermer, en disant : « Il n'est point de places faibles où sont des gens de cœur pour les défendre. » Avecdeux mille soldats , il lutta pendant six semaines , quoique les fortifications fussent en mauvais état , et que les ennemis , poussant l'attaque avec vigueur, fissent pour la première fois usage des bombes. Le duc d'Alençon, beau-frère du roi et premier prince du sang , eut le temps d'arriver ave(^ des forces considérables , et Louis de Nassau recula vers les Pays-Bas. Bayard fut félicité comme le libérateur de la France par une dépulation que lui envoya le parlement 6*' Paris au nom de la nation entière.

Le roi , prenant lui-même le commandement de l'armée, reconquit Mouzon , et poursuivit les Impériaux au-delà de l'Escaut. Pendant cette campagne , il mécontenta le connétable de Bourbon , qui réclamait , comice une prérogative

de sa charge , la direction de l'avant-garde -, ce poste d'honneur kii fut enlevé sans motif, et donné au duc d'Alençon.

Les armes françaises furent également victorieuses du côté de la Picardie. Le comte de Surrey, envoyé par Henri VIII , avait ravagé les côtes de la Normandie et de la Bretagne , et incendié Morlaix. Abandonnant sa flotte à un vice-amiral , il alla se mettre à la tête d'une armée anglaise qui se réunissait autour de Calais ; après avoir opéré sa jonction avec un corps d'Allemands que lui amenait le comte de Buren , il se jeta sur la Picardie. Le duc de Vendôme , chargé de protéger cette province , fatigua l'armée ennemie par des marches nombreuses, l'épuisa par des escarmouches , et la mit en danger de périr de faim en dévastant tout le pays. Le comte de Surrey se retira bientôt , sans avoir pu prendre une seule place forte : il avait assiégé inutilement la petite ville d'Hesdin pendant neuf mois.

A la frontière des Pyrénées, l'amiral Bonnivet, commandant l'armée de Guyenne , enleva aux Espagnols Fontarabie, réputée jusqu'alors imprenable. L'année suivante, les Espagnols essayèrent de ressaisir cette place importante. Le brave du Lude , déjà éprouvé par la défense de Brescia , sous Louis XII , « fit très-bien , dit Brantôme ; car il endura le siège l'espace de treize mois , combattant et

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soutenant tous les assauts plus que vaillant hoinrne ne sanroit faire , n'élanl pas seulement assailli et combattu de la guerre , mais de la famine , jusque-là qu'il leur convint de manger les chats et les rats, jusqiies aux cuirs et pai'cheniins bouillis et grillés. On le nommoit le rempart de Fontalabie. » La Palice vint ravitailler la place, et refoula l'ennemi dans les montagnes de la Biscaye.

Les hostilités eurent plus d'importance en Italie. Lautrec était toujours gouverneur du Milanais. Sans doute , les Italiens voyaient de mauvais œil la puissance de Charles-Quint ; ce prince , en qualité d'empereur, pouvait , ainsi que ses prédécesseurs , prétendre à la domination de la péninsule ; comme Flamand , il appartenait à une nation rivale de la leur dans le commerce -, comme l'oi d'Espagne , il était maitre de ce Nouveau-Monde dont la découverte avait enlevé aux républiques italiennes le sceptre des mers. Cependant, les choses tournèrent au détiiment de la France. Les Vénitiens étaient des alliés douteux, et ils ne tardèrent pas à négocier avec Léon X. L'infatigable cardinal de Sion poussa le canton de Zurich à violei- le traité de Fribourg , et douze mille Suisses se réunirent aux troupes impériales et pontificales , que commandait Prosper Colonna. Entin , le gouvernement français avait beaucoup d'ennemis dans la Lombardie : Lautrec , brave soldat , étranger à la cupidité et au luxe , mais très-orgueilleux , et n'écoutant aucun

conseil , traitait le Milanais en pays de conquête. Les nobles et les riches furent surtout poursuivis avec acharnement. Selon le témoignage de du Bellay , on avait chassé plus d'habitants qu'il n'en restait dans la province.

Un ancien ministre des Sforza /Jérôme Morone, fomenta des complots. Les mécontents proposèrent à Léon X de lui livrer quelques places fortes ; mais l'affaire fut découverte, et les coupables s'enfuirent à Reggio, dans les États de l'Église : le gouverneur de la ville, l'historien Guichardin, sut les protéger contre les attaques de Lescun , maréchal de Foix , et frère de Lautrec.

Ce fut alors seulement que la lutte devint sérieuse. Les Suisses du cardinal de Sion et les troupes de Charles-Quint résolurent de marcher sur Milan. Lautrec avait adopté un plan qui devait réussir; c'était de harceler l'ennemi , d'enlever les convois , et d'éviter une bataille générale , tout en secourant les villes assiégées. Il fit ainsi lever le siège de Parme. Mais un événement imprévu dérangea ses combinaisons : la diète helvétique , honteuse de voir des Suisses dans les deux armées, envoya à tous les mercenaires un ordre de retour. Tandis que le cardinal de Sion cachait cet ordre à ceux qu'il avait enrôlés, Lautrec se vit abandonné , et il ne lui resta que quatre mille hommes , avec lesquels il ne pouvait tenir tête à Prosper Colonna. II se replia jusqu'à Milan.

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Les Impériaux franchirent l'Oglio et l'Adda; une des portes de IMilan leur fut livrée ( 19 octobre 1521 ), et les Français , laissant une garnison dans la citadelle , se retirèrent à Cônie, et do là sur les terres de Venise. Lodi , Parme , Plaisance , Pavie . Côme et d'autres villes se rendirent aux vainqueurs. On prétend que Léon X ressentit une joie si vive en recevant cette nouvelle , qu'il fut saisi d'une fièvre brûlante , dont il mourut peu de jours après (2 décembre). L'influence de Charles-Quint assura la tiare pontificale à son précepteur Adrien d'Utrecht, cardinal de Tortose , qui prit le nom d'Adrien VI.

La cause des Français n'éiait point encore perdue : Tiênes , Crémone , Alexandrie , le château de Milan , Novare, Pizzighittone et tout le lac Majeur étaient toujours en leur pouvoir. La diète helvétique autorisa Lautrec à lever seize mille Suisses , et le maréchal de Foix ramena de France , avec un renfort considérable , deux hommes qui valaient une armée, Pedro de Navarre et Bayard. Mais l'argent manquait pour la solde des troupes. Lautrec se rendit en France, et exposa sa situation au roi lui-même. François I^r, dont le trésor était vide , institua de nouvelles charges dans la magistrature , et les mit en vente , envoya à la monnaie la grille d'argent, du poids de 6,776 marcs, dont Louis XI avait fait don au tombeau de Saint-Martin de Tours , et se fit prêter par la ville de Paris 200,000 livres ,

au taux de douze pour cent. Lautrec partit avec la pioinesse qu'à son arrivée à Milan il trouverait les 400,000 écus dont il avait besoin. Reprenant l'offensive , il chassa Prosper Colonna de plusieurs places, mais fut repoussé devant Milan et Pavie.

Cependant, l'argent n'arrivait pas. Les Suisses voulaient combattre ou regagner leurs montagnes , et il fallut choisir entre leurs trois conditions , argent, congé ou bataille. Prosper Colonna et le marquis de Pescaire étaient retranchés dans un camp inexpugnable au château de la Bicoque, entre Lodi , Milan et Monza ; leuis flancs étaient garantis par de profonds canaux d'arrosement , et leur front par un chemin creux garni d'artillerie. Ce fut en vain que Lautrec , dont les informations étaient sûres , représenta à ses mercenaires que l'armée ennemie allait se dissoudre, et que les lansquenets mal payés menaçaient de retourner dans leur pays : rien ne put vaincre l'entêtement des Suisses. « J'ai vu en mon temps , dit Montluc , le dépit des gens de cette nation être cause de la perte de plusieurs places et interrompre grandement les affaires du roi. Ils sont , à la vérité, vrais gens de guerre , et servent comme de remparts à une armée ; mais il faut que l'argent ne manque pas , ni les vivres aussi \ ils ne se payent pas de paroles. » On connaissait déjà à celte époque le proverbe : Point d'argent , point de Suisses.

La baCaille de la Bicoque (27 avril 1522) fut une véritable boucherie, l^es Suisses s'élancèrent dans le chemin creux sur lequel plongeaient les canons de l'ennemi ; et , avant qu'ils eussent atteint les letranchements de Prosper Colonua, ils avaient perdu mille hommes. Le feu de la inousqueterie fut tout aussi vif, et , après trois assauts meurtrieis , les assaillants se retirèrent : trois mille soldats et vingt-deux capitaines étaient morts. Le lendemain de celte défaite , les Suisses retournèrent dans leurs montagnes. Toutes les places du Milanais fui'ent enlevées par les vainqueurs ; Crémone seule fut intrépidement défendue pai' Lescun , et ne se laissa pas prendre. A Gênes , le parti français fut expulsé , et les Adorni livrèrent la ville au pillage. François Sforza reprit possession du duché de Milan.

Lauirec , de i-etour en France , fut violemment attaqué par la cour; mais sa justification était facile. Il prouva que la gendarmeiie française avait servi sans solde pendant dix-huit mois , que les Suisses n'avaient point été payés durant la dernière campagne, et que l'argent promis par le roi ne lui était pas parvenu- Le surintendant des finances, Semblançay, interrogé devant François I", répondit que la reine-mère s'était fait livrer les 400,000 écus. Louise de Savoie ne lui pardonna pas d'avoir révélé son crime ; quelques années après , elle le fit condamner à mort comme

concussionnaire. Quand Seniblançay fut pendu à Monfaucon, le poète Clément Marot trouva d'énergiques accents pour flétrir les juges -, sa voix était l'écho de la conscience publique.

Les Français avaient évacué l'Italie : cependant la jalousie absurde de l'Europe , qui croyait toujours avoir à se défier de la France , la poursuivit encore. Le 3 août 1523, une nouvelle coalition fut signée à Rome : elle comprenait Adrien VI , Henri VIII , Charles-Quint , son frère Ferdinand , archiduc d'Autriche , le duc de Milan , Florence , Cènes, Lucques, Sienne , Venise etFerrare. Morone continua de fomenter dans la Lombardie la haine du nom français , et un moine auguslin , André Barbato , parcoul'ut les campagnes, excitant les habitants à préserver la patrie de la souillure des barbares. François l^r avait réuni quarante mille hommes de belles troupes , pour passer en Italie , lorsqu'un grave événement le retint dans ses états : il apprit la trahison du connétable de Bourbon.

La maison de Bourbon avait seule survécu à toutes les puissances féodales que la royauté avait abattues. Pauvre dans le principe , puisqu'elle ne possédait que le comté de Clermont , elle s'était enrichie , au temps de Louis XI , par le mariage de son chef , Pierre de Bourbon , avec la fille du roi , Anne de Beaujeu. Ses domaines s'étaient accrus de l'Auvergne , du Bourbonnais , de la Marche , du Forez , du

Beaujolais , et de la principauté de Dombes. Pierre de Bourbon n'eut qu'une fille , Suzanne ; comme la loi salique était en vigueur dans sa famille, ses biens passèrent à la branche cadette, dont le représentant était Charles, fils de ce Gilbeit de Montpen^ier qui était mort dans les guerres de Naples , et depuis connétable de Bourbon : afin de prévenir toute contestation , Louis XII avait marié Charles et Suzanne , et les deux époux s'étaient fait donation mutuelle de leurs biens. Quand Suzanne mourut , en 1522, Louise de Savoie, qui descendait, par sa mère , de la branche aînée des Boui'bons, intenta au connétable un procès devant le parlement : elle prétendait , contre toute raison, que les biens des Beaujeu lui appartenaient ou devaient faire retour à la couionne. Il paraît que son but était d'amener Charles de Bourbon à une transaction ; éprise de lui , elle voulait l'épouser. Mais le connétable dédaigna cet amour, et ne voulut rien rabattre de ses droits. Grâce aux artifices du chancelier Duprat , on obtint des juges le séquestre provisoire des biens de la maison de Bourbon.

Ce jugement iniqye poussa le connétable au désespoir et à la révolte. François I*""" , qui le trouvait trop puissant , no lui avait jamais rendu justice ; il se rappelait qu'en 1517 , invité à être le parrain d'un fils de Charles de Bourbon , celui-ci l'avait reçu à Moulins avec toute la cour , en déployant une pompe royale ; qu'il s'était fait servir par cinq

cents gentilshommes en habit de velours , qui portaient des chaînes d'or roulées trois fois autour de leur cou. Il lui avait enlevé presque aussitôt l'administration du Milanais , et, en l'abreuvant de dégoûts , l'avait éloigné de la cour.

Charles-Quint , informé de ce qui se passait , envoya secrètement en France le comte de Buren , avec des lettres pour le connétable : le plaignant d'être indignement traité par le roi, il lui offrait son amitié et la main de sa s<cur aînée Éléonore , veuve du roi de Portugal. « Il ne falloit pas grand prêcheur , dit Pasquier , pour persuader celui qui ne l'étoil que trop de soi-même. » Un plan de partîige de la France fut arrêté : le connétable devait soulever ses nombreux vassaux , et favoriser ainsi une invasion étrangère ; Charles-Quint se réservait le Languedoc , la Bourgogne , la Champagne et la Picardie ; Charles de Bourbon , la Provence , le Dauphiné , l'Auvergne , la Marche et le Bourbonnais ,. avec le titre de roi de Provence ; Henri VIII le reste du royaume.

Ce projet chimérique n'eut pas même un commencement d'exécution. François I«r , qui en avait été instruit, alla trouver le connétable à Moulins ; il lui promit de lui faire rendre ses domaines, et reçut en retour toutes sortes de protestations de fidélité. Néanmoins , le 10 septembre, Charles de Bourbon partit , pendant la nuit , de son château fort de Chantelle, et gagna précipitamment l'iLdie. I/empereur, qui

lui avait fait de si belles promesses, se contenta de l'admettre an nombre de ses génciaux.

Dans de pareilles conjonctures , lorsqu'on ne pouvait connaître encoi'e tous les détails ni prévoii- les effets de la trahison de Bourbon , il n'eût pas été prudent à François 1*^ de s'éloigner. 11 se décida à donner le commandement de

l'armée d'Italie àBonnivet , et resta enFi-ance, afin de sur-

veiller les opérations sur les frontières ; car l'invasion des alliés, malheureuse en 1521 , se renouvelait au nord et an midi.

Les Espagnols vinrent mettre le siège devant Bayonne , où Lanlrec s'était enfermé. La garnison était peu nombreuse, mais la population y suppléa. La pi'ésence de Lautrec , dit du Bellay , donna une telle assurance aux habitants , que tous, hommes, femmes et enfants, mirent la main à l'œuvre. Les assiégeants se retirèrent le quatrième jour. Mais Fontarabie, quoique pourvue d'une bonne garnison, se rendit sans résistance.

Vers la même époque , une armée allemande passait la Meuse, et s'avançait jusqu'au château de Monteclair sur la Marne. Claude de Guise vint s'établir à Chaumont , et força bientôt les Impériaux à repasser la Meuse.

Du côté de la Picardie, les Anglais et les Flamands allèrent plus loin : ils parvinrent jusqu'aux bords de l'Oise , à onze lieues de Paris. L'arrivée d'une nombreuse cavalerie permit

à La Trémouille de les chasser de toutes leurs positions, et, comme à la première invasion , la rigueur de l'hiver et le manque de vivres découragèrent les ennemis.

En Italie, Bonnivet commit fautes sur fautes. Il lui eût étô facile de s'emparer de Milan : la garnison était peu nombreuse , et les brèches que l'artillerie avait faites aux murailles dans les dernières guerres n'avaient pas été réparées. Mais, sous prétexte qu'il ne voulait pas imiter la fougue ordinaire des siens , il laissa échapper toutes les occasions de vaincre. Tandis qu'il perdait son temps au siège de Novareet sur les bords du Tésin , Prosper Colonna et Jérôme Morone réparèrent les fortifications de Milan , et mirent cette ville en défense. Quand Bonnivet consentit enfin à marcher , il était trop taid ; les Milanais repoussèrent ses attaques, et, l'hivei survenant, il alla prendre ses quartiers à Biagrasso. Bayard avait pris Lodi et renouvelé la garnison de Crémone.

La mort de Prosper Colonna et du pape Adrien VI ne déconcerta point la coalition. Le cardinal Jules de Médicis , élevé au pontificat sous le nom de Cléhient VII , accéda à !a ligue formée pour la défense du Milanais. Charles de Lannoy, vice-roi de Naples, prit le commandement en chef; le marquis de Pescaire , le connétable de Bourbon et Franç(jis Sforza , combattirent sous ses ordres. Jean de Médicis, surnommé Jean des Bandes Noires , parce que ses soldats por-

taient le deuil de Léon X, forlifia rarmée des confédérés, en ramenant l'emploi des troupes légères. « Il entendait (pie ses soldats montassent des chevaux turcs et des genêts d'Espagne ; qu'ils fussent bien armés de salades à la bourguignonne , tellement que , par son exemple et à cause de la commodité qu'on y a trouvée , on a presque renoncé aux hommes d 'aimes en Italie , ses soldats produisant souvent l'un et l'autre effet avec moins de dépense et plus de rapidité. Ce fut encore lui qui remit en usage la milice appelée lances détachées , se composant d'hommes d'élite et bien payés , qui suivent toujours , soit à pied , soit à cheva! , la personne de leur capitaine, sans être assujettis àaucun autre. Dans le nombre surgirent ensuite des hommes de grande réputation et autorité*. »

Dans les premiers mois de l'année 1524, les alliés assaillirent l'armée française. Bayard essuya un échec àRebecco, entre Pavie et Milan , par suite de l'imprévoyance de Bonnivet. Bientôt l'amiral lui-même fut obligé d'abandonner Biagrasso : incapable de lutter contre des forces supérieures, il résolut d'opérer sa retraite par la vallée d'Aoste. Mais à peine était-il arrivé à Romagnano, sur les bords de la Sésia, que Bourbon et Pescaire chargèrent son arrière-garde avec impétuosité. Dès le commencement de l'action, il fut blessé

Ros:5i , Vie de Jeun des Bandes Noires.

tJ^S LES FRANÇAIS

d'une balle au bras gauche , et contraint de renoncer au commandement. Vandenesse , qui le remplaça , reçut une blessure mortelle. Bayard , se mettant alors à la tête des Français , parvint à repousser le choc des ennemis , et sauva le reste de l'armée. Mais il fut à son tour frappé dans les reins d'une balle qui lui rompit l'épine du dos. « Jésus, mon Dieu ! s'écria-t-il , je suis mort. » On voulait le tirer de la mêlée : « Non , dit-il ; près de mourir , je me garderai bien de tourner le dos à l'ennemi pour la première fois. » Son écuyer le descendit de cheval, et l'appuya contre un arbre, le visage devers l'ennemi.

Le pieux chevalier , les yeux fixés sur la poignée de son épée en guise de croix , se recommanda à la miséricorde divine. Au moment où il attendait la mort, le connétable de Bourbon vint à passer , et lui témoigna la pitié qu'il éprouvait de son sort : « Monsieur, lui répondit Bayard , il n'y a point de pitié à avoir sur moi , car je meurs en homme de bien ; mais j'ai pitié de vous , de vous voir servir contre votre prince , votre patrie et votre serment. » Le marquis de Pescaire , qui le visita aussi dans ses derniers moments, joignit ses regrets à ceux des Français ; et les Espagnols élevèrent une tente à l'endroit où il avait été déposé. Bayard mourut au bout de trois heures.

« J'ai vu plusieurs , dit Brantôme , s'ébahir de lui . qu'ayant été si grand et si renommé capitaine, il n'ait eu en

sa vie de plus grandes charges qu'il n'eut: car vous ne trouvez point qu'il ait mené en chef aucune armée. Aucuns ont dit qu'il n'avoit été jamais ambitieux de telles charges , et que de son naturel il aimoii mieux être capitaine et soldat d'aventure et aller à la guerre où il lui plairoit, et s'enfoncer aux dangers, que d'être contraint par une si grande charge et gêné de sa liberté à ne combattre et mener les mains quand il vouloit. Du reste , il eut cet heur qu'oncques général d'armée de son temps ne fit voyages , entreprises ou t;onquêtes , qu'il ne fallût toujours avoir M. de Bayard avec lui ; car sans lui la partie étoit manquée, et toujours ses avis et conseils en guerre étoient suivis plutôt que des autres : par ainsi , l'honneur lui étoit très-grand , voire plus , si on le veut quasi bien prendre , poui- ne commander pas à une armée , mais pour commander au général. »

Après la mort de Bayard , le comte de Saint-Pol dirigea la retraite des Français , qui passèrent le Saint-Bernard sans avoir eu de nouveaux combats à livrer. Lodi et Alexandrie , les seules villes qui restassent à François I*"" ., ouvrirent leurs portes aux Impériaux , et le Milanais fui encore une fois perdu.

Clément VII , qui commençait à s'effrayer de voir les Espagnols occuper à la fois la Lombardie et le royaume de \aples , médita dès lors un changement de politique. Il chercha à inspirer des sentiments pacifiques à ('harles-

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