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an ; ils imposèrent aussi la Savoie à 50,000 ducats , et le Montferrat à 100,000. Raynr)ond de Cardonne détacha vers Gênes le marquis de Pescaire ; la flotte du chevaliei* de Préjean n'essaya pas de défendre la place, les Adorni partirent pour l'exil , Octavien Fregoso fut proclamé doge, et l'on rasa la Lanterne (17 juin). Cardonne marcha luimême contre les Vénitiens , reprit Crthiione , Biescia et Bergame, échoua devant Padoue, mais défit Âlviano à la Motta , près de Vicence (7 octobre). Le hasard fit essuyer encore une grande perte à Venise : un incendie dévora le quartier le plus commerçant et le plus riche de la ville. Léon X arrêta les hostilités de ce côté , en décidant les Vénitiens et l'empereur à l'accepter conjme arbitre de leurs difl'<'reuds.
Non-seulement Louis XII perdit l'Italie , mais il se vit attaqué dans ses piopres états. Avant même que La Trémouille eût franchi les Alpes , un traité avait été conclu à Malines , à son insu , entre Henri VIII , Maximilien et les Suisses , par l'intermédiaire de Margueiite d'Autriche, gouvernante des Pays-Bas (5 avril 1513); Ferdinand le Catholique , malgré la trêve d'Orthez qu'il avait signée peu de jours auparavant, s'était associé à leurs projets. L'invasion de la France devait être entreprise, dans le délai de deux mois , sur les trois frontières du nord , de l'est et du midi : le loi d'Angleterre attaquerait la Normandie ou la
Picardie; le roi d'Espagiio , le Béarn un h; Languedoc; l'empereur ou les Suisses, la Bourgogne. Henri VIII promettait en outre de payer à Maximilien 100,000 écus d'or. Après l'affaire de Novare, l'invasion commença. Au commencement de juillet, Henri VIII débarqua à Calais avec trente mille hommes ; Maximilien vint le rejoindre avec douze mille cavaliers levés dans les Pays-Bas. Les deux, princes ayant mis le siège devant Térouanne , Louis XII chargea le sire de Piennes et le duc Louis de Longueville, petit-fils du fameux Dunois, de faire passer quelques secours à la garnison ; il leur recommanda de se boinej' à remplir leur mission sans combattre. Les deux oflkiers s'avancèrent vers Guinegate , pour attirer de ce côté l'attention des ennemis , tandis que Fontrailles jetterait rapidement du renfort dans Térouanne. Attaqués par des forces supérieures , ils commandèrent la retraite ; mais ce mouvement rétrograde s'exécuta avec trouble et précipitation. La gendarmerie française prit le galop devant les cavaliers allemands qui la serraient de près , et entraîna la déroute de l'infanterie. Longueville , La Palice , Bayard , Lafayette , Clermont d'Anjou et Bussy d'Amboise , fireni tête à l'ennemi avec une poignée de soldats ; mais , en sauvant le reste de l'armée, ils se perdirent eux-mêmes, et furent faits prisonniers. Le combat de Guinegate, que Pierre Arétin chanta dans un poëme sur l'oidre de Léon X,
a été nommé la Journée des Eperons , parce que les cavaliers français s'y servirent plus de l'éperon que de la lance (18 août).
Henri VIII et Maximilien ne surent pas profiter de leur avantage; ils perdirent leur temps à prendre Térouanne et Tournay, au lieu de marcher sur Paris. D'ailleurs, le monarque anglais fut rappelé dans son royaume , au nord duquel Jacques IV faisait une diversion. Anne de Bretagne avait envoyé son anneau à ce prince , le désignant ainsi pour son chevalier. Les Écossais furent taillés en pièces à Flowden (9 septembre) ; ils laissèrent sur la place leur roi , douze comtes , treize lords , cinq fils aînés de pairs , une foule de barons et dix mille soldats. Mais la frontière septentrionale de la France , découverte par la déroute de Guinegate , fut préservée de plus grands malheurs.
Les Anglais et les Français eurent aussi plusieurs rencontres sur mer. Le 25 avril, quatre galères que commandait Préjean furent attaquées dans l'anse du Conquet , près de Brest , par l'escadre de l'amiral Edouard Howard. Préjean soutint l'abordage de son adversaire , le prit corps à corps , et le jeta mortellement blessé dans la mer ; les Anglais s'étant enfuis , il alla dévaster les côtes de Sussex. Le 10 août , une vingtaine de navires bretons et normands, sous les ordres d'Hervé Primoguet , firent aussi merveille en vue des îles d'Ouessant. La Belle-Cordilière , qu'Anne de
Bretagne avait fait construire à Morlaix , aborda la nef aniirale d'Angleterre , et se fil sauter avec elle.
Sur la frontière de l'Est , le danger ne fut pas moins effrayant qu'au Nord. Les Suisses, animés par Matthieu Schinner et par la promesse d'une bonne solde que leuiavait faite Maximilien , traversèrent toute la Franche- Comté , au nombre de vingt mille , sous les ordres de Jacques de Wattewyll , et parurent devant Dijon ( 7 septembre ) . La Trémouille , gouverneur de Bourgogne , n'avait à leur opposer qu'environ douze mille hommes , disséminés dans plusieurs places fortes. 11 les laissa ouvrir des tranchées : le froid se fit bientôt sentir ; les assiégeants, qui ne voyaient arriver ni l'empereur, ni son argent , commencèrent à se dépiter. La Trémouille parvint à gagner plusieurs de leurs capitaines , qui avaient autrefois servi sous lui, et les amena à traiter (13 septembre); il fut <'.onvenu que Louis XII leur donnerait 400,000 écus d'or, .renoncerait à tous ses droits sur l'Italie , désavouerait le i-oncile de Pise , et se soumettrait à ce que prononceraient des arbitres sur les prétentions de l'archiduc Charles au duché de Bourgogne. Ainsi les Suisses traitaient naïvemeni, sans l'aveu de personne, pour la paix générale. On leur versa un à-compte de 20,000 écus , et ils se retirèrent , emmenant comme otages six. hommes de rien, qu'on faisaii passer pour deux seigneurs et quatre riches bourgeois di-
Dijon. Louis XII trouva merveilleusement étrange le traité qui avait été signé en son nom. Mais La Trémouille n'avait voulu que duper les Suisses : « Sans cette honnête défaite , lit-on dans ses Mémoires, le royaume de France étoit lors affolé; car, assailli en toutes ses extrémités par ses voisins, il n'eût , sans grand hasard de finale ruine , pu soutenir le faix de tant de batailles. »
Un pareil tour d'adresse n'était bon qu'une fois; et il était urgent , si l'on voulait prévenir de nouveaux malheurs, de céder aux circonstances, et de dissoudre la Sainte-Ligue en faisant avec chacun des alliés une paix particulière. « JvC i'oi de France étoit en son royaume assailli de toutes parts; la hardiesse des Fiançois étoit toute abâtardie , et leur courage tant amolli de crainte et pusillanimité , que tout étoit mis en désespoir, et toutes les villes et capitales de France n'attendoient que perdition et ruine *. » Léon X , moins passionné que Jules II, voyait que l'agrandissement des Autrichiens en Italie serait pernicieux au Saint-Siège; et son seul désir était de fonder pour son frère Julien une principauté séculière avec Parme, Plaisance, Reggio et Modène. Ce fut avec lui que Louis XII se ré( oncilia d'abord (6 octobre) : il lui suffît, pour l'apaiser, d'abjurer le concile de Pise , et d'envoyer à Rome six prélats français , chargés
' Mënioires de La Trémouille.
de faire amende honorable au nom de l'Église gallicane. En vertu d'un autre traité, signé à Blois le !«' décembre, Louis \1I se désista de ses prétentions sur le royaume de Naples, et les transmit à Renée , sa seconde fille , qui devait épouser l'un des petits-fils de Ferdinand le Catholique : quant à la question de la Navarre , la trêve d'Orthez était prolongée d'un an. Un arrangement fut ensuite conclu à Orléans avec l'empereur ( 13 mars 1514) : le roi de France leconnaissait pour dix ans les droits de Maximilien Sforza sur le Milanais , et laissait aux Suisses les territoires de Lugano , Locarno , Mendrizio et Bellinzona. Enfin , le 7 août, le duc de Longue>111e , prisonnier à Londres , fit accepter à Henri VIII une pension de 100,000 écus pendant dix ans et la ville de Tournay. Comme Anne de Bretagne était morte depuis quelques mois, Louis XII épousa (9 octobre ) la sœur du monarque anglais , Marie , âgée de seize ans, quoiqu'il en eût cinquante-trois. C'est la seule princesse anglaise qui soit devenue reine de France.
En résumé , les guerres de Louis XII en Italie , comme celles de Charles VIII , n'ont point été couronnées de succès. Sans doute , Louis avait profité de l'expérience de son prédécesseur ; il s'engagea dans la péninsule avec plus de précaution ; il se fia avec plus de réserve à ses aHiés et aux peuples conquis; il songea moins à ses plaisirs. Mais ce roi, qui mérita par la sagesse de son administration intérieure ,
par le bon ordre qu'il établit dans ses états , par la générosité de son caractère , le titre glorieux de Père du peuple , commit les fautes les plus graves au-delà des Alpes. On le vit violer sa parole et trahir ses amis. Allié de Venise, il tourna ses armes contre elle : soutenu par Florence , il lui manqua de foi. lise laissa tromper etparMaximilien, et par Jules II , et par Ferdinand le Catholique. Au moment où il était le seul prince étranger qui possédât en Italie des places fortes et des armées, il appela lui-même à Naples les Espagnols qui devaient bientôt lui disputer et lui ravir sa conquête. Il attira l'Autriche dans la Lombardie, d'où il aurait dû la tenir à jamais écartée. Il changea sans cesse de politique au gré de ses intérêts , jusqu'à ce qu'enfin tout le monde s'unît contre lui. A sa mort, les Espagnols étaient établis à Naples , les Allemands en Lombardie ; les Sforza étaient rentrés à Milan , les Médicis à Florence; tandis que la France ne possédait plus rien en Italie.