‹ Les français en Italie au XVIe siècleChapitre 8 sur 16 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

François l«r ' et Charlès-Qoint.

1515. Traités de François I" avec Charles d'Autriche , Henri VIII , les Vénitiens et les Génois. — Invasion du Milanais. — Bataille de Marignan. — Traités avec Léon X et les Suisses. — 1516. Guerre des Français contre l'empereur Maximilien. — Traité de Noyou

• entre François 1" et Charles d'Autriche. — 1518. Paix avec l'Angleterre. — 1519. Mort de Maximilien. — Prétentions de François I" à l'Empire. — Élection de Charles-Quint. — Alliances diverses contractées par les deux princes. — 1520. Entrevue du Camp du Drap -d'Or. — Motifs de guerre. — Comparaison entre François I" et Charles-Quint.

Le 1" janvier 1515, Louis XII mourut sans laisser de fils: le trône revint, par droit d'hérédité, à son gendre François,

* Pour les guerres de François l'-'' , voyez aussi la r«> de ce prince dans nolrf collection.

duc d'Angoulême , fiancé à Claude de France dès l'année 1506 , mais dont le mariage n'avait été célébré qu'en 1514. •i François 1er, lors de son couronnement à Reims , se fit proclamer duc de Milan -, il se proposait , en effet , de relever l'influence française en Italie , et de mettre à profit les préparatifs que Louis XII avait commencés. Les gentilshommes , obéissant à un faux point d'honneur, ne demandaient qu'à franchir de nouveau les Alpes : « La noblesse se mit fort à l'aimer et espérer en lui ; car on le voyoit Jeune , prêt à entreprendre guerre , et libéral pour récompenser les siens. Jamais n'avoit été vu roi en France , de qui la noblesse s'esjouit autant. » Mais , tout en méditant l'invasion du Milanais , il eut soin de ne paraître préoccupé que de sa défense; il espérait enchaîner par des traités les puissances qui auraient pu entraver ses desseins. Les Suisses , qui régnaient au-delà des monts sous le nom de Maximilien Sforza, ne voulurent pas même recevoir les envoyés du roi de France. LéonX, tout en faisant des protestations de neutralité , garantit secrètement au fils de Ludovic la possession de son duché, de concert avec l'empereur, le roi Ferdinand et les Suisses. Mais un traité d'alliance fut signé à Paris (29 mars) entre François I^r et l'archiduc Charles , souverain des Pays-Bas -, ce jeune prince , ayant à craindre à la fois l'indocilité de ses sujets flamands et la jalousie de son aïeul le roi d'Espagne , recherchait lui-même

ramijié d'un monarque , dont il devait êue un jour le rival et l'ennemi. Il fil hommage à François I«r pour les comtés de Flandre , d'Artois et de Cliarolais ; on stipula le futur mariage de l'archiduc avec la seconde fille de Louis XII , Renée de France, âgée alors de sept ans seulement, et qui devait avoir 200,000 écus d'or en dot et le duché de Berry pour apanage ; le roi garantissait à Charles la succession de l'Espagne , et celui-ci promettait de restituer la Navarre à Jean d'AIbret.

Le roi d'Angleterre fut tout aussi traitable. Le traité de Londres fut renouvelé à Westminster ( 5 avril ) : en cas de guerre offensive , Henri VIII devait fournir à François I^r cinq mille fantassins et un nombre suffisant de navires , si la lutte était maritime ; le roi de France promettait cinq niille hommes de cavalerie à son allié , et une flotte égale à la sienne. En cas de guerre défensive , les troupes de terre devaient être doublées Venise , non contente de renouveler avec François l'alliance conclue avec son prédécesseur, s'unit plus étroitement à lui , par un nouveau traité du 27 juin. Enfin , Oclavien Fregoso , doge de Gênes, fit une convention secrète avec le connétable de Bourbon , promettant de livrer les passages de la Ligurie , et de convertir son titre de doge en celui de gouverneur pour le roi de France.

L'armée que réunit François I^r était la plus belle qui eût jamais passé les Alpes ; elle comprenait deux mille cinq

cents lances (comptant pour quinze mille hommes), quinze cents hommes de cavalerie légère, six compagnies de reîtres italiens commandés par un San-Severino , trois mille pionniers, huit mille fantassins français et dix mille Gascons et Basques , sous les ordres de Pedro de Navarre , qui était entré au service de la France , pour se venger de ce que Ferdinand le Catholique n'avait pas voulu le racheter après la bataille de Ravenne. Il faut y ajouter vingt-deux mille lansquenets* des Pays-Bas, amenés par Charles d'Egmoni, et dont six mille , à cause de leurs armes et de leurs drapeaux noirs, étaient appelés les bandes noires de la Gueldre; Jean de Saulx-Tavannes en prit le commandement. On comptait soixante-douze grosses pièces d'artillerie. François 1er partit lui-même , après avoir laissé la régence à sa mère Louise de Savoie , que devait aider le chancelier Duprat.

De leur côté , les Suisses , animés par leur général tonsuré, ainsi qu'on appelait le cardinal de Sion, s'étaient mis en défense. Au nombre de vingt mille, ils gardaient les passages des Alpes , et se croyaient en sûreté. Ils eurent un moment la pensée de faire une irruption en France ; mais

* Nom donné aux avenlnriprs leviis en Allemagne : Landtkneehts , <^DraDts du pays.

il leur aurait fallu de la cavalerie, ei l'empereur, occupé en Hongrie, leur refusa quelques milliers de chevaux. Élchelonnés au Pas de Suze, au mont Cenis et au mont Genèvre, ils attendirent l'ennemi. Des détachements français se montrèrent sur ces différents points, afin de leur cacher la marche véritable de l'armée : car, d'après le conseil du vieux Trivulzio , on devait longer la Durance , traverser les vallées de Barcelonnette et de l'Argentière , arriver, paiun passage que fréquentaient à peine les chasseurs de chamois , jusqu'aux sources de la Stura et jusqu'à Coni , ei envahir le marquisat de Saluces. Ce plan fut exécuté. L'avant-garde , conduite par le connétable de Bourbon , Xrivulzio et Pedro de Navarre , et précédée des pionniers sous les ordres de Galiot , sénéchal d'Armagnac , partit d'Embrun le 8 août, et , cinq jours après , elle était devant Coni. Au centre étaient le roi , Charles d'Egmont et le duc de Lorraine ; après eux , La Trémouille et Lautrec , à la tête delà chevalerie. Enfin, l'arrière-garde suivait, commandée par le duc d'Alençon. Vingt hommes déterminés auraient pu arrêter toute l'armée au col de l'Argentière. On fil sauter les rochers , on jeta des ponts sur les abîmes , on combla des vallées , on construisit des galeries en bois le long des pentes les plus escarpées.

En même temps, la flotte française débarquait à Gênes huit mille hommes ; Aimar de Prie , qui les commandai! ,

opéra sa jonction avec Octavien Fregoso, franchit la Bocchetta, et s'empara de Tortone et d'Alexandrie.

Les Suisses ne se doutaient de rien ; le passage des Alpes s'était opéré dans un si grand secret et avec tant de lapidité , que les Français étaient en Italie lorsqu'on les croyait encore dans le Daupliiné. Bayard et La Palice, avec une division de l'armée, surprirent àtable Prosper Colonna, près de Villafranca , et le tirent prisonnier avec la cavalerie milanaise. Les Suisses se replièrent en toute hâte vers Milan, évacuant tour-à-tour Turin, Ivrée , Chivasso , Vercei! et Novare. François 1er, qui les suivait , alla s'étabhr à Marignan , sur la route de Milan à Plaisance , afin d'empêcher leur jonction avec les Espagnols.

Pendant ces premières opérations, Alviano et les Vénitiens tinrent en échec les troupes espagnoles, romaines ei florentines , reprirent sur Baymond de Cardonne le Brescian , le Vicentin et le Véronèse , et le rejetèrent au midi du Pô.

Avant d'en venir à un engagement général , le roi voulut négocier ; il disait à Lautrec qu'il était décidé à faire tous les sacrifices que l'honneur permettrait, pour épargner le sang de son peuple. Les chefs des Suisses, Jean de Diesbach et Georges de Hohensax , étant aussi disposés à la paix , une suspension d'armes fut signée àGallerate (9 septembre) . Les Suisses demandèrent pour Maximilien Sforza une prin-

cesse du sang royal de France , le duché de Nemours ei 60,000 ducats de pension, en retour de la cession du Milanais ; pour eux-mêmes , la restitution des places fortes qu'ils possédaient dans ce duché, et l'argent qu'on leur redevait de la capitulation de Dijon. François le*" accorda tout, et , pour faire le premier paiement, ses principaux officiers vendirent leur vaisselle et donnèrent tout leur argent. Lauirec allait verser la somme , quand arrivèrent vingt mille hommes avec Rœsh , bourguemestre de Zurich : ceux-ci , à l'instigation du cardinal de Sion qui ne voulait pas entendre parler de paix , rompirent la convention , et Lautrec n'eut que le temps de mettre l'argent en sûreté. Le roi disait du cardinal : <( Ce petit prêtre m'a donné plus d'embarras que toutes les puissances de l'Europe. »

Ceux des Suisses qui étaient partisans de la paix retournèrent dans leurs cantons. Les autres , au nombre de trente-quatre mille, attaquèient les Français à Marignan , le 13 septembre.

Pedro de Navarre avait entouré le camp français d'un retranchement qui amortit le premier assaut des Suisses. Ces redoutables montagnaids s'avançaient avec leurs longues piques et leui s espadons à deux mains, sans artillerie, sans cavalerie , et ne comptaient que sur leurs forces corporelles. Les archers , dont les boucliers , liés entre eux, étaient placés sur toute la longueur du retranchement

poui- les couvrir, criblaient de flèches les assaillants. Les lansquenets , postés à droite et à gauche , harcelaient leurs flancs. La gendarmerie , dont plusieurs charges furent dirigées par le roi , les attaquait de front « Par cinq cents et par cinq cents , dit-il dans une lettre à sa mère , il fut fait une trentaine de belles charges ; et ne dira-t-on plus que les gendarmes sont lièvres armés ; car sans point de faute, ce sont eux qui ont fait l'exécution. » Néanmoins , les Suisses se jetaient , tête baissée , contre l'artillerie française, dont ils voulaient s'emparer, serrant leurs rangs à mesure que le canon y opérait de nouvelles trouées. La nuit même ne mit pas fin au combat ; on se battit pendant quatre heures au clair de lune. Une obscurité subite interrompit l'affaire.

A ce moment , les Suisses s'étaient emparés de dix drapeaux et de douze canons. Les deux armées étaient en désordre et confondues ; chacun resta où il se trouvait, dans la crainte de rencontrer un ennemi en faisant un mouvement. Ce fut ainsi que François le»- passa la nuit sur l'afl'ût d'un canon. « Je vous jure que ce fut un des plus gentils capitaines de son armée , et ne voulut jamais abandonner son artillerie , et faisoit rallier le plus de gens qu'il pouvoit autour de lui... Et se mit sur une charrette d'artillerie, pour soi un peu reposer, et pour soulager son cheval qui

étoit fort blessé. » * Quand il demanda de l'eau pour se rafraîchir, celle qu'on lui apporta dans un casque se ti'ouva être mêlée de sang. Le plus gros bataillon des Suisses n'était qu'à cinquante pas de lui ; il s'en aperçut , et fil éteindre les feux , afin que ses ennemis ne vissent pas combien il était exposé. %

Bayard , qui avait combattu avec sa valeur oi'dinaire , courut aussi un grand danger dans cette nuit. « Son cheval, dit son historien , enferré de piques et débride , quand il se sentit sans frein , se mit à la course , et emportoit le bon jchevalier droit en une troupe de Suisses , n'eût été qu'il rencontra en un champ des ceps de vigne qui tiennent d'arbre en arbre , où il s'arrêta. Le bon chevalier fut bien effrayé , et non sans cause ; car il étoit mort sans nul remède, s'il fût tombé entre les mains des ennemis. Il ne perdit toutefois point le sens ; mais tout doucement se descendit, et jeta son arme et ses cuissarts, et puis le long des fossés , à quatre beaux pieds , se retira à son opinion vers le camp des François , et où il entendoit crier : France ! Dieu lui fit la grâce qu'il y parvhit sans danger. »

Le lendemain , la bataille fut reprise. « Quand le jour fut venu, chacun se retira sous son enseigne , et commença le combat plus furieux que le soir, de sorte que je vis un

* Mémoires de Fleuranges.

des principaux bataillons de nos lansquenets être reculé de plus de cent pas , et un Suisse, passant toutes les batailles, vint toncherde la main sur l'artillerie du roi, où il fut tué ; et, sans la gendarmerie qui soutint le faix, on étoit en hasard*. » Les Suisses , plus acharnés encore que la veille, se battaient comme des lions :, ils voulaient bien mourii , mais non pas reculer. « Sans point de faute , dit Fleuranges , ils trouvèrent le roi avec les lansquenets qui les reçurent , et leur fit l'artillerie des François un grand mal ; et commcnçoient à aller autour du camp d'un côté et d'autre, pour voir s'ils pouvaient assaillir ; mais ils ne vCnoient pas au point , fors une bande qui vinrent ruer sur ces lansquenets; mais quand ce vint abaisser des piques, ils glissèrent outre, sans les oser enfoncer. » La lutte durait encore , lorsque les Suisses entendirent derrière eux le cri de guerre des Vénitiens -, c'était Alviano qui arrivait de Lodi au secours de l'armée française. Au même instant , Trivulzio rompait la digue du Lambro, dont les flots envahirent le terrain occupé par l'ennemi. Les Suisses, dans l'eau jusqu'aux genoux, durent songer à la retraite. Ils gagnèrent Milan en ])on ordre , portant à bras leurs blessés , et sauvant tous leurs drapeaux , à l'exception du Taureau d'Uri qui fut pei'du. Les Suisses, ces dompteurs desprinces, comme ils .>'appe-

' Mémoires de Martin du Eellav.

laient alors, étaient domptés à leur tour : ils laissèrent sur le champ de batîiille plus de quinze mille hommes , et les Français environ six mille. Trivulzio, qui avait assisté à dixliuil batailles rangées , disait que celle de Marignan était un combat de géants , et toutes les autres des jeux d'enfants.

Le soir même de la lutte , François I^r, oubliant que le.s rois de France naissaient chevaliers, voulut i-ecevoir l'ordre de chevalerie de la main de Bayard. «Le bon chevalier donna l'accolade au roi , et puis après , par manière de jeu, cria hautement, l'épée en la main droite: «Tu es heureuse '< d'avoir aujourd'hui , à un si vertueux et si puissant roi , « donné l'ordre de la chevalerie. Certes , ma bonne épée, tu '< seras comme reliques gardée et sur toutes autres honorée; « et ne te porterai jamais, si ce n'est contre Turcs, Sarrasins « ou Maures. » Et puis fit deux sauts, et après remit son épée dans le fourreau. »

De Marignan , l'armée victorieuse se dirigea vers Milan. Maximilien Sforza, qui déjà avait battu de la fausse monnaie pour payer les Suisses , n'avait plus rien à leur donner : ils l'abandonnèrent, malgré les instances du cardinal de Sion, et rentrèrent dans leur pays. Tout le duché se rendit aux Français. La citadelle de Milan fut investie par Pedro de Navarre, et celle de Crémone par Fleui'anges ; elles ne tai- .dèrent pas à capituler. François I^^ réorganisa le parlemt'nt .^nilanais institué par Louis XII, et donna le gouvernement

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du pays au connétable de Bourbon , puis à Lautrec. La jalousie qu'en témoigna Trivulzio lui fit encourir la disgrâce du roi , et abreuva d'amertume la fin de sa longue carrière. Les Vénitiens , en dépit des promesses qu'on leur avait faites , furent mollement secondés , quand il s'agit de conquérir les places auxquelles ils avaient droit ; ils ne purent prendre que Peschiera, Asolaet Lonado.

Quant à Maximilien Sforza , en vertu du traité de Pavie ( 14 octobre ) , il céda toutes ses prétentions sur le Milanais au roi de France, moyennant 30,000 écus de rentes en bénéfices ecclésiastiques , le paiement de ses dettes, même envers les Suisses , et la promesse du chapeau de cardinal. Il fut conduit en France , où il mourut comme son père (1530).

La victoire de Maiignan changea la politique de Léon X. Le souverain pontife ne pouvait plus compter sur les Suisses , et le chemin de ses états était ouvert aux Français; il finissait, d'ailleurs , par comprendre que le plus grand danger était du côté de la maison d'Autriche, qui allait être appelée aux trônes d'Espagne et de Naples par la mort prochaine de Ferdinand le Catholique. Un traité fut conclu à Viterbe ( 13 octobre ) entre François I^r et Léon X : le pape reconnaissait le roi de France comme duc de Milan , et restituait au Milanais Parme et Plaisance ; il rendait au duc de Ferrare les villes de Modène et de Reggio ; il promettai

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même sa <oopérùlion à l'invasion dn royaume de Naples , pourvu qu'on attendit lamoride Ferdinand. François garantit Florence à la famille des Médicis, donna au pape l'assurance qu'à l'avenir le duché de Milan s'approvisionnerait aux salines de Cervia qui appartenaient au Saint-Siège, et lui abandonna le duché d'Urbin , dont le neveu de Jules II était maître. Raym<md de Cardonne se fit comprendre dans le traité, traversa, sans être inquiété, les États de l'Église , et se dirigea vei'S Naples avec ses Espagnols.

Par l'enlrennse du duc de Savoie , Fiançois 1*^ était également entré en négociations avec les Suisses. Malgré les , efforts du cardinal de Sion , huit cantons signèrent un traité à Genève (7 novembre) Les Suisses reconnurent le roi pour duc de Milan , comte d'Asti et seigneur de Gênes, promirent de lui fournir autant de gens de guerre qu'il en voudrait solder, et rendirent , pour 300,000 écus d'or , les places et châteaux qu'ils possédaient dans le Milanais , excepté Bellinzona. Le roi s'engageait à leui' payer encore 400,000 écus pour la capitulation de Dijon, ef 300,000 pour les frais de la dernière guerre en Italie. Les cinq autres cantons n'adhérèrent à ce traité que l'année suivante , et la paix de Fribourg fut appelée la Paix perpétuelle : elle mérita ce nom , car la Suisse est restée l'alliée fidèle et le boulevard de la France.

Restaient l'empereur et Ferdinand le Catholique. Ce der-

nier était surtout remuant. Craignant que les Français ne vinssent à tomber de la Lombardie sur le royaume de Naples , il donnait de l'aigent à Maximilien , afin qu'il continuât la guerre. 11 éveillait la jalousie de Henri VIII, dont la sœur , reine douairière d'Ecosse , venait de se voir enlever la l'égence par le duc d'Albany , dévoué aux Français Mais il mourut au milieu de ces intrigues (23 janvier 1516), laissant ses états à l'archiduc Charles. Maximilien n'en persista pas moins à soutenir les prétentions de François Sforza , second fils de Ludovic le Moie , sur le duché de Milan. Au mois de mars , il descendit en Italie par la vallée de l'Adige, perdit un temps précieux devant Asola, et permit ainsi à Lautrec de préparer la défense. Arrivé devant Milan, il menaça les habitants, s'ils ne chassaient les Français dans trois jours , de faire passer la charrue et de semer du sel sur les ruines de leui' ville , comme avait fait autrefois Frédéric Barberousse. Mais ses mercenaires réclamèrent impérieusement leur solde ; pour leur faire prendre patience , il chargea le cardinal de Sion de leur distribuer 16,000 écus d'or , el , sous prétexte que son trésor était à Trente , il y courut. Comme il ne revint pas , l'armée se débanda; en se retirant, elle s'indemnisa par le pillage de Lodi et de S.-Angelo. Lautrec reprit l'offensive , et aida les Vénitiens à conquérir Brescia ( 24 mai ) .

Le moment s<uiiblail venu pour François l*"" de faire

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valoir ses prétentions sui' INaples et de reprendre la ÎNavarre pour la famille d'Albrei. Mais , dans tout l'abandon de sa loyauté , le roi se laissa duper. Charles , qui avait besoin de la paix pour s'affermir en Espagne , lui prodiguait les termes de tendresse , l'appelant son bon père; il lui envoyait deux beaux chevaux de Naples. Il lui écrivait : « Je n'ai plus rien à cœur que de vous complaire , comme tout bon fils doit faire à son bon père. Pour continuation de la fei'vente amour que je vous porte , j'ai voulu vous faire part que j'ai été proclamé roi dans mes royaumes (le Castille , Léon et Grenade , et que j'espère l'être de même en Aragon. » Après des conférences entre le gouverneur de Charles , Antoine de Croy , seigneur de Chièvres, et Arthur Gouffier, seigneur de Boissy , grand maître de France, un traité fut signé à Noyon ( 13 août). Aux termes des anciens traités , la moitié du loyaume de Naples devait revenir aux Français , dans le cas où Germaine de Foix n'aurait pas eu d'enfants de Ferdinand le Catholique : on décida que cette moitié resterait à l'Espagne, comme dot de la fille de François l^i" , Louise , âgée d'un an , avec laquelle Charles était fiancé , malgré l'union précédemment arrêtée entre ce prince et Renée de France. Pour la question de la Navarre , François s'en remit à la bonne foi du roi d'Espagne , qui promit de faire droit aux réclamations de Catherine de Foix , veuve de Jean d'Albret , quand il

serait affermi sur son trône. Cliarles , en attendant son mariage avec Louise , devait payer annuellement 100,000 ducats à son futur beau-père , pour la possession de Naples qu'il n'avait que de fait et par droit de conquête.

Maximilien accéda au traité de Noyon , dans les conférences de Bruxelles (4 décembre 1516) et dans celles de Cambrai (11 mars 1517) ; il accepta 100,000 écus que lui offraient les Vénitiens en retour de la place de Vérone.

Un dernier traité acheva la pacification de l'Europe. François !«•■ envoya à Londres Guillaume Gouffier , frère de Boissy , plus connu sous le nom d'amiral Bonnivet , afin d'obtenir la restitution de Tournai. L'ambassadeur sut gagner le cardinal Wolsey , ministre de Henri VIII , en flattant sa vanité , en lui persuadant qu'il lui communiquait les affaires les plus secrètes de son maître , et en lui promettant une pension de 12,000 livres. La convention de Londres ( 14 octobre 1518) stipula la restitution de Tournai , Mortagne et Sainl-Amand aux Français , moyennant 600,000 couronnes , et les fiançailles de Marie , fille de Henri VU! , avec le dauphin de France. Les deux rois devaient avoir une entrevue sur le continent à la limite de leurs états respectifs.

La mort de Maximilien , en 1519, amena de nouvelles complications. Quoique ce prince e,\xi obtenu , avant d'expirer , la promesse de quatre électeurs , qu'ils donneraient

leurs voix à son petit-fils Charles d'Espagne , réleetion n'était nullement assurée. Les seigneurs allemands avaient toujours eu pour maxime de n'élever à l'empire aucun prince jouissant par lui-même d'une grande puissance, dans la crainte qu'il n'attentât à leurs libellés. Or, les domaines de la maison d'Autriche s'étaient considérablement accrus depuis un demi-siècle , et on devait hésiter à lui conserver la couronne impériale. D'un autre côté , la frontière du Danube était attaquée pai' les Turcs ; la réforme de Luther commençait à agiter l'Allemagne : les circonstances semblaient demander un pouvoir fort et respecté. Henri VIII eut un instant la pensée de se mettre sur les rangs ; mais , comprenant qu'il n'avait aucune chance , il se désista. Les électeurs offrirent la couronne à l'un d'entre eux , le duc de Saxe , Frédéric le Sage , qui refusa ce dangereux honneur.

Le débat n'était sérieux qu'entre François I^^ et Charles d'Espagne. Le roi de France , dans son langage chevaleresque , écrivait à son rival : « Nous sommes deux amants prétendant à là même maîtresse ; employons l'un et l'autre nos soins pour réussir. Mais lequel des deux qu'elle préfère , l'autre doit se soumettre et ne pas en garder de ressentiment. » Bonnivet et les autres envoyés de François !«•■ allèrent trouver les électeurs avec de fortes sommes d'argent. Us firent valoir la vigueur de leur maître , son

expérience militaire, son caractère magnanime et libéral, ses grands revenus , ses flottes , son artillerie , ses troupes toujours soldées : avec tout cela, il devait vaincre les Turcs et relever l'Empire de son abaissement. Le roi d'Espagne n'étiut qu'un enfant , incapable de soutenir le poids d'une lelle coui'onne. 11 ne fallait pas, ajoutaient-ils, perpétuer dans la maison d'Autriche un pouvoir électif, et celui-là serait bien insensé qui , à l'approche d'une grande tempête , hésiterait à confier au plus vaillant le gouvernail du bâtiment.

Mais les électeurs trouvaient une grande incompatibilité de caractère enti'e les deux nations allemande et française ; habitués à l'indépendance , ils craignaient que le roi de France n'apportât, dans leur état fédératif , les usages d'un gouvernement despotique. L'ambition de François l^r hiur était déjà connue , tandis que celle de Charles était encore secrète. « Combien peu l'on doit s'attendre , disaient les Allemands , qu'il conserve la liberté delà Germanie, quand l'on voit qu'en France , où il y avait jadis tant de princes de grande autorité qui maintenaient la justice et la liberté dans cette contrée , il ne s'y trouve plus si grand personnage qui ne tremble au moindre signe du roi. »

Charles dépensa et intrigua autant que son rival. On montre encore à Augsbourg un bordereau des banquiers Fugger, qui lui fouriiiient de l'argent; cette pièce porte

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rindicalion des ditlcrenies sommes payées à chaque électeur pour acheter sa voix. Frédéric le Sage entraîna les suflfrages : il représenta à ses collègues que le i"oi de France leur était étranger , tandis que celui d'Espagne appartenait à l'Allemagne par sa naissance; que Charles pourrait consacrer à la défense de l'Empire les forces des Pays- Bas , de Naples et de l'Espagne ; et que son intéréi personnel serait lié à l'intérêt général, puisque ses états héréditaires d'Autriche confinaient à la Turquie. Le roi d'Espagne fut élu, le 5 juillet, sous le nom de Charles-Quint. François I^' ne cacha pas son dépit , en se voyant préférer, à lui dont la gloire remplissait l'Europe , un jeune prince inconnu , non redouté , et mené par des ministres. Les blessures de i'amour-propre, aussi bien que les rivalités politiques , engendrèrent une des plus célèbres luttes des temps modernes. « Dieu fit naître ces deux grands princes ennemis jurés et envieux de la grandeur l'un de l'autre , ce qui a coûté la vie à deux cent mille personnes et la ruine d'un million de familles: et enfin ni l'un ni l'autre n'en ont rapporté qu'un repentir d'être cause 3e tant de misères. Que si Dieu eût voulu que ces deux monarques se fussent entendus , la terre eût tremblé sous eux *. 1)

* MénioirpH <ie \)o(illuc.

Avant d'en venir à une rupture, ouverte , les deux rivaux cherchèrent à se fortifier par des alliances. Charles-Quint , en allant recevoir la couronne impériale , relâcha en Angleterre. Henri VIII put comprendre dès-lors la vérité de son orgueilleuse devise : Qui je défends est maître. Wolsey se laissa séduire par la promesse d'une pension de 7,000 ducats , et surtout par l'espoir que lui donna Charles de la tiare pontificale après Léon X. Cependant , il ne put empêcher l'entrevue qui avait été arrêtée auparavant entre les rois de France et d'Angleteri'e.

Cette entrevue eut lieu entre Guines et Aidres , en 1520 . dans une grande plaine qu'on a nommée le Camp du Drapd'Or, à cause delà magnificence qu'y déployèrent les deux monarques et leur suite. Bien des nobles de France se ruinèrent , pour paraître avec éclat en présence des Anglais ; selon les expressions de Martin du Bellay , « ils portèrent leurs moulins , leurs forêts et leurs prés sur leurs épaules. » François I^r eut l'imprudence d'éclipser Henri VIII par son luxe , et de blesser sa vanité en le renversant à Ijf lutte. Aucun engagement sérieux ne fut pris pai" le monarque anglais , qui se contenta de ratifier le dernier traité de Londres , et de promettre sa neutralité entre la France et l'Espagne. Un incident signala la lecture des articles de cette convention. Henri Mil les lisait; quand il en vint à ceux qui le regardaient : « Et je , Henri , roi

d'Angleterre..., » il s^arrêta et dit: « J'ai pensé ajouter et de France; mais puisque vous êtes ici , je ne le dirai pas, car je mentirais. »> C'était une renonciation formelle , mais que l'usage avait déjà consacrée depuis la guerre de cent ans.

Au sortir de l'entrevue du camp du Drap-d'Or , Henri VIH eut une nouvelle conférence avec renipereui à (iravelines, et l'artificieux Charles-Quint n'eut pas de peine à triompher de son irrésolution. 11 l'entraîna dans son alliance.

En Italie , Venise , dont les possessions de terre ferme , sans cesse convoitées par l'Autriche , ne pouvaient se défendre qu'avec l'appui de la France , se jeta dans le parti de François I^r. Léon X penchait du même côté ; car la France l'effrayait moins que le voisinage de Charles-Quint. Mais , comme il ne put obtenir la restitution de Parme el de Plaisance, il accepta les offres de Jean Manuel , ambassadeur d'Espagne : un traité , conclu le 8 mai 1521 , assui'a au pape, après l'expulsion des Français, les duchés de Parme et de Plaisance, ainsi que les états du duc de Fei'raie , alUé de François !««■ ; Gênes devait recouvrer la liberté , et on destina 200,000 ducats à l'enrôlement de seize mille Suisses.

Les motifs de guerre ne manquaient pas. Outre le dépit de s'être vu préférer le prince autrichien poui- la couronne impériale , François le*" se trouvait soumis , par le duché de

Milan , à la suzeraineté de l'empereur , qui bientôt y éleva' des prétentions comme sur un fief vacant , en même temps qu'il en élevait sur la Bourgogne. De plus , les anciens décrets du Saint-Siège s'opposaient à ce que la couronne impériale pût jamais être réunie sur la même tête à celle de Naples^ en conséquence, le roi réclamait cette dernière. Enfin , le traité de Noyon n'avait pas été exécuté relativement à la Navarie, et aucune indemnité n'avait été donnée au Jeune Henri d'Albrel.

François I^^ commit une faute , en ne profitant pas , du coté des Pyrénées, d'une occasion que la fortune lui offrait. Charles avait confié l'administration de l'Espagne à son précepteur Adrien d'Utrecht , au sire de Croy et à d'autres seigneurs flamands ; plusieurs villes s'étaient soulevées à la la vtiix de don Juan de Padilla , et une partie de la noblesse elle-même , dirigée par Pedro Giron , soutenait leur insurrection. Maria Pacheco, femme de don Juan de Padilla, éciivit plusieurs lettres à François \^^ , afin de l'engager à soutenir contre Charles-Quint les communes de Castille. La Navarre était prête à se soulever; les habitants d'Estella écrivaient à Henri d'Albret : « Sire, paraissez seulement, et tout , jusqu'aux pierres , aux montagnes et aux arbres , s'armera pour votre service. » Quand le roi de France se décida à agir , les rebelles d'Espagne étaient déjà terrassés.

L'aimée d'expédition , forte de douze mille fantassins et

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iniit cents hommes d'armes . fut (confiée à André de Foix , seigneur de Lesparre , frère de Lautrec , et proche parent de la maison d'Albrel. Ce générai inexpérimenté ti'ouva le pays sans défense ; il s'empara de Sainl-Jean-Pied-de-Port, traversa le col de Roncevaux , et se présenta devant Pampelune , qui se rendit sans l'ésistance. La Navarre avait été occupée en quinze jours. Au lieu d'assiu'er sa conquête , Lesparre voulut en faire de nouvelles : il passa l'Ebre, entra en Castille , et mit le siège devant Logi'ono. Mais l'armée de Charles-Quint , qui avait vaincu les communes , vint au secours de la place , et les Français durent se repliei- devant un ennemi supérieur en forces. Lesparre ne resta point à l'abri sous le canon de Pampelune, el , sans attendre six mille Navarrois qui venaient le joindre , livi'a bataille aux Espagnols dans la plaine de Squiros (30 juin 1521 ) ; il fut vaincu et fait prisonnier , et la Navarre fut perdue aussi rapidement qu'elle avait été conquise.

C'était au nom d'Henri d'Albret que Lespari'e avait franchi les Pyrénées , et François 1er feignait de n'adresser ainsi aucune provocation à son rival. Il usa du même artifice à la frontière des Pays-Pas. Robert de La Mark avait à si' plaindre de l'empereui', son suzerain , pour un déni de justice : sûr d'être appuyé aii besoin par la France, il osa lui envoyer un héraut à la diète de Worms , où l'on devait juger Luther, et lui déclara la guerre. Il leva des troupes dans les

états de François 1er, avec l'assentiment secret de ce prince, quoique en apparence contre ses ordres , et se mit à dévaslei- le Luxembourg. Charles-Quint ne se trompa point sur le véritable agresseur : « Dieu soit loué , s'écria-t-il , de ce que le roi de France veut me faire plus grand que je ne suis ! car je neveux être qu'un bien pauvre empereur, si je ne le rends bientôt un pauvre roi de France. » Henri VIII interposa vainement sa médiation: dans les conférences qui s'ouvrirent à Calais , Charles-Quint fit demander la restitution du duché de Bourgogne et la dispense de l'hommage pour les comtés de Flandre et d'Artois ; de pareilles prétentions furent rejeiées par les plénipotentiaires français , qui voyaient , d'ailleurs , la partialité de Wolsey en faveur de l'empereur. Leurs soupçons à l'égard du ministre anglais n'étaient que trop fondés : car, dans un second voyage que Charles-Qnint fit on Angleterre quelque temps après , une ligue contre la France fut signée à Windsor.

Les deux monarques, dont la lutte ne se terminera qu'avec leur vie, étaient de caractères bien opposés. François !«', élevé dans une condition privée , n'ambitionnait qu'un titre, celui de roi des nobles ou de premier gentilhomme du royaume ; et il eut , en effet , toutes les qualités avec tous les défauts d'un gentilhomme. Brave et entreprenant , il se piqua d'imiter les héros de l'ancienne chevalerie ; son goût pour la magnificence , son affectation de loyauté , sa

valeur bi'illanie , sa libéralité, ont jeté sur sa personne un éclat qui plaità la foule et qui couvre bien des vices. Charles- Quint se présente plutôt (*omnie un loi moderne : sans se laisser séduire par de vaines apparences , il ne cherche que la réalité du succès ; quoique les passions de sa jeunesse eussent annoncé une nature fougueuse , il montra , dès le moment où il fut placé à la tête d'un empire , le calme et le sangfroid du grand politique. François était impatient; Charles avait cette persévérance qui sait attendre l'heure favorable. L'un courait après la gloire , l'autre préparai! la réussite avec habileté. Dans l'art de mener une intrigue, de promettre , d'éluder, de corrompre , l'empereur surpassait de beaucoup le roi chevalier. A la différence de son adversaire , qui agissait souvent avec inconséquence , il mesura toujours ses piojets à ses forces, et déguisa sa puissance au lieu de l'étaler avec; ostentation.

François I»"" se reposait souvent ; il se livrait aux plaisirs, aurisqued'interromprcï et de compromettre ses entreprises. (iharles-Quint ne se leposa jamais , et son activité égalait celle de César et de Charlemagne. Le premier aimait à paraître sur le champ de bataille, à prouver sa valeur personnelle, à faire acte d'héroïsme imprudent, dans un temps où tout se décidait par la tactique ou les manèges seciets. Le second, circonspect et calculateur , ne paraissait guère au milieu des armées , mais dirigeait les affaires du fond de sou

cabinet. Il savait à fond les relations des divers états de l'Occident, participait aux discussions de son conseil, et ouvrait lui-même toutes les dépêches concernant les affaires de l'état.

Le roi de France laissa prendi'e à ceitaines femmes de la cour , à sa mère Louise de Savoie , aux comtesses de Chateaubriand et d'Estampes , un empire funeste. Il doima les conmiandements aux moins dignes , sous l'influence de ses favoris, ou par suite d'intrigues et de rancunes particulières : il irrita le connétable de Bourbon, l'amiral Doria et le prince d'Orange , qui passèrent sous les drapeaux de son ennemi ; il confia ses armées à des généraux qui , comme Lautrec , Lesparre et Bonnivet , n'avaient que des talents médiocres, et suppléaient par l'adulation au mérite qui leur manquait. I/empereur sut réunir autour de lui les officiers les plus habiles de l'époque , Prosper Colonna, Pescaire, Lannoy, Antonio de Leyva ; il se les attacha , mais sans se laisser maîtriser par eux , et n'accorda sur lui aucun empire aux feumies. Il s'entoura d'hommes de cabinet, Gattinara, Simon Renard , le chancelier de Granvelle et son fils le cardinal , ministres habiles qui semblent annoncer déjà la génération des Richelieu et des Mazarin ; mais il ne se livra jamais à eux.

Au premier coup d'ceil , les forces et les ressources de Charles-Quint étaient incomparablement supérieures à celles

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de François !««•. Par Mario de Bourgogne, son aïeule, Charles était héritier de la Fi'aiiche-Comtéet de la plus grande partie des Pays-Bas ; il tenait de sa mère Jeanne la Folle les royaumes de Castille, de Léon et de Grenade ; Ferdinand le Catholique , son aïeul maternel , lui avait légué ceux d'Aragon , de Navarre et de Naples , les îles de Sicile et de Sar daigne, le comté de Barcelone et le Boussillon ; par Maximilien, il était maître de l'Autriche, de la Styrie, de la Carinthie, de la Carniole , du Tyrol et d'une partie de la Souabe. Ajoutons une partie du littoral africain et les régions récemment découvertes de l'Amérique , puis l'influence que le titre d'empereur donnait sur toute l'Allemagne, et l'on comprendra que l'idéed'une monaichie universelle ait pu germer dans sa tête. Les états de Fiançois !«'■ étaient beaucoup plus restreints. La France du seizième siècle n'avait pas encore toutes ses frontières assurées : il lui manquait Calais et l'Artois au nord, la Lorraine , l'Alsace et la Franche-Comté

à l'est, le Boussillon au midi.

« Mais cette inégalité de territoire était compensée pai"

d'autres avantages. L'extension même de ses états était nuisible à Charles , qui dominait sur des contrées éloignées les unes des autres , entre lesquelles les communications n'étaient pas toujours faciles. La France , au contraire, formait une masse compacte , dont l'unité nmltipliait les forces. D'antre part, il y avait, dans l'empire de Charles-Quint, de

violentes rivalités de races et d'intérêts : les Flamands détestaient les Espagnols , comme les Italiens haïssaient les Allemands. Bien qu'il existât encore des diversités de classes et de provinces en France , le sentiment national avait fait explosion dans les dei'nières guerres contre les Anglais \ un véritable peuple était formé.

L'autorité de Charles-Quint rencontrait partout des limites. En Allemagne , les électeurs piétendaienl n'être soumis à aucune sujétion ; les troubles suscités par les prédications de Luther , et les attaques des Turcs dans la vallée du Danube , énervaient la puissance impériale. Dans les Pays-Bas , Charles ne pouvait obtenir de l'argent sans une autorisation des états , et les communes de la Flandre possédaient d'antiques privilèges, qu'elles savaient faire respecter. Les corîès espagnols faisaient obstacle aux empiétements de la royauté. Enfin , le Nouveau-Monde ne fournissait pas encore tous les trésors qu'on était en droit d'espérer. Le pouvoir de François l^r avait plus de concentration et de foi'ce. Louis XI avait humilié les grands ; le connétable de Bourbon était le seul prince puissant qui eût survécu à la féodalité ; il servait sous les ordres du roi , à l'exemple de son père , Gilbert de Montpensier , et sans plus se souvenir que son aïeul le duc de Nemours avait été la victime de Louis XL Les habitants des villes , après avoir i énoncé à leurs privilèges de connnunes libres , étaient devenus les

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bourgeois du roi. Louis XII oi lo cardinal d'Amboiso avaient ctuubiné les meilleurs modes d'administration pour faire de l'argent ; François I«r leva autant d'impôts qu'en exigeaient sa lutle contre l'Autriche et ses prodigalités. Aucun personnage, aucun corps, aucune classe ne fit contre-poids à l'autorité royale , personnification de l'unité du pays. C'est |)ar la pression du despotismeqiie la Fran('e put rendre assez d'hommes et d'argent , pour sauvei* des mains de Charles- Quint , avec sa propre liberté , l'indépendance de toute l'Europe. Maximilien avait deviné ce qu'une pareille organisation politique donnait d'énergie à la France dans un moment de péril, et il jugeait dignes d'envie ceux qui y possédaient la souveraineté : selon les expressions d'un autenr du seizième siècle , « il équiparoit le roi de France à un berger qui a des brebis et moutons portant toison d'or. Il disoit anssi que , s'il étoit Dieu , il se réserveroit le ciel , el bailleroit à son fils aîné le royaume de France , comme la plus belle chose et la plus riche qu'il lui sauroit l>ailler. •<

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