‹ Les français et le nord-ouest canadienChapitre 23 sur 34 · SES · texte numérisé non relu

SES

En dehors des chasseurs, des traitant tous en

| majorité Canadiens français, les premiers colons-yé- :

ritables furent ceux.envoyés par lord Sclkirk: Cette centaine d’ Ecossais et d’ Irlandais débarqués sur les

rives de la baie d'Hudson en 1811 s ’établirent. près

-du-läc- Winnipeg-—et”-deli—RivièreRouge- -Ge-

groupe, probablement le plus éloigné dela civilisation, vu le manque de communications, eùt-à ses débuts bien, des difficultés à traverser et en triompha

‘peu à peu. Jusqu'en 1870. il-r'y ent pas, d’autres

blancs dans ces immenses” territoires que ceux pro-

venant de;ces deux sources. Beaucoup s’unirent

légitimement - à des femmes indiennes, et de ces

‘mariages sortit la race des métis « dès bois brûlés.

Les origines de cès métis sont nettement marquées,

.À l'exemple de ceux qui leur avaient donné le jour,

les métis français sont généreux. \pleins d'entrain et

de gaieté, aimant les aventures : c'est la vie de chas-

seurs, de trappeurs qu’ils préfèrent. Les métis écossais sont au contraire avisés, tenaces, froids comme leurs : pères et se livrent en général à la culture.‘ * -: En 1870, c'est à une douzaine de mille que se montaient les habitants du Nord-Ouest. Les Français et métis français avaient la majorité sur les Anglais,

les Ecossais et les-métis écossais. Les Français. étaient .

établis sur les bords de la Rivière Rouge entre

% Winnipeg. et ‘Ja frontière A Bts Unis, si sûr PASSE nl

niboine, sur la” Saskatchewan et près d’Edmonton.: j à

‘ .. Les Ecossais, eux, océupaient les rives de la Rivière -

“Rouge entre Winnipeg et le lac. Mais le temps dit ©

- arrivé où l’obstruction de là, Compagnie devait être SE

vainçue, et, où le goüvernentënt canadien devait

“oëvrir£ ises territoires à la colbnisation! En 1870 la Cémpagnie renonça à ses privilèges en recevant une J forté indemnité, et la: concession en pleine propriété. * d'une rande étendue de terres. L’émigration com-

meñça alors; d’abord par la voie des Etats-Unis, puis

- en 1885 par le chemin. de fer du Pacifique, quand la

construction de cette ligne, commencée en ‘1880, eut “été menée à bonne fin. TT | Le Ce ne fut pas sans lutter que les. métis abañdon- $ “'ngrent leg, situation prépondérante de l'Ouest. .Ce re de.1870 devait être fait sans qu on Jes eût

consultés. Menacés. dans la libre possession de leurs

terres, le long de la Rivière Rouge, que le cadastre

* voulait s'approprier, les indemnisant par des terrains

‘ ‘en friche’ moins bien situés, ils se soulevèrent, nom- ‘ mirent. à. Winnipeg un gouvernement provisoire

dont Louis Riel fut président € ets ’6pposèrent à l’éta-

:— blissement du gouverneur envoyé par le Domirion.: : Mais ce gouvernement provisoire, qui avait pris

comme “pavillon: le drapeau blanc feudelisé, céda

devant ja force. Le général Wolseley marhait en effet à la. tête de volontaires sur Winnipeg. Le gouvernement provisoire avait duré de février à

septembre 1870. On accorda alors aux métis une

‘portion considérable de terres, entr'autres les bords

de la Rivière Rouge qu'ils réclamaient, V’usäge officiel

de la langue française dans les assemblées législatives,

ss

enfin le maintien des’ écoles catholiques.

Cette insurrection n'avait pas été inutile, les droits les plus précieux des métis avaient été sauvegardés ;

cependant ces droits n° avaient pas été reconnus en

. principe, mais seulement pour les réclamations par-

ticulières du Manitoba : ils devaient être de nouveau revendiqués- 2 ailleurs. Beaucoup de métis en effet quittèrent fé Rivière Rouge où. ils se trouvaient en

contact avec. une civilisation trop étroite pour leurs

’häbitudes ; ils allèrent vers le Nord dans la vallée

de la Saskatchewan. Là encore, où ils étaient venus

chercher la liberté, ils se trouvèrent bientôt rejoints

ar la civilisation. Se plaignant des obstacles qu’on P p'aig q .

mettait à arpenter leurs terres et à les en déclarer

propri étaires, ils se soulevèrent de nouvéau en 1885. Riel, réfugié aux Etats-Unis, vint.sur leur demande, prendie: leur tête. Une expédition militaire partie

d’Ontario les réduisit. Riel fut pris, jugé et exécuté

le 16 novembre 1885 à Regina. Le sentiment français

pts

fut soulevé dans tout. le Canada par cette exécution. .: e

A Montréal, on brûla en effigie sir John Macdonald, le chef, du gouvernement. En France ce drame eut quelque retentissement; la mort de Riel le sacra

héros et martyr.

On voit que, quoique les débuts de la colonisation

remontent au xvin* siècle, ils ont été longtemps

- rudimentaires et la colonisation sérieuse ne date guère que de cette. période agitée de 4870. Les éléments qui composent le Nord- Ouest sont des plus divers. : Su cie

recensement de 1801 porte le, nombre des habitants du. Manitoba à 15. 506 : les iérritoires du Nord-Ouest auraient une population de 66. 799 âmes. -La grosse masse ‘de ceité, immigration ; fgrovient des Provinces de Québec ef- surtout d'Ontañiô. Venaient ensuité ‘en importance: le en Roÿaume- Uni, Les Mennonites, les Scandinavés, et enfin les

émigrants des Etats-Unis * 5 les autres pays ne

donnent que de quantités hégligeables. Dans le con- .

tingent du Royaume-Uni, les cossais tenaient au début une forte. place. des ‘NouYelles- Hébridéé aoû l'agricult}é “est misérable était parti ün flot de tenanciers cherchant un pays plus riche; un certain nombre .d’Irlandais, fuyant la persécution anglaise,

avaient aussi dépassé les provinces de l’Est et furent

ef

eh . . « A po reçus à bras ouverts par leurs coreligionnaires Cana- Le n diens de l'Ouest. Chose qui montre combien est

puissant le lien de la langue et quel prix on doit y

attacher. Ces Irlandais persécutés dans Jeur pays | avaient d’abord manifesté une violente irritation

Re

: contre les Anglais établis au Canada et semblaient devoir devenir leurs adversaires politiques, comme ils étaient leürs-adversaires en religion : eh bien! ce n'êst pas le rèssentiment national, ce ne sont pas les liens de la religion qüi-ont prévalu, c’est

la langue : les Irlandais catholiques votént-avec les

Anglais protestants.

C’est vers 1873 que sont arrivés les Mennonites,

| chassés de Russie par les exigences du service militaire. Ce peuple, ami de la paix, regarde éomme un

. sacrilège de porter les armes. D'origine ‘allemande, il était. passé en. Russie, craignant les réformes

* ‘ militaires de Frédéric. De Russie il est venu au: . Manitoba. Sera-t-il plus heureux? C'est probable,

car verra-t-on jamais le service militaire permanent

. dans l'Amérique du Nord ? Organisés sur le modèle

de leurs frères de Russie, ils vivent en communauté, n'admettant aucun étranger dans leurs villages : ils doivent être comptés à part et ne fortifient en rien l'élément anglais. C’est au Sud-Est et au Sud-Ouest

de la Rivière Rouge qu’ils se sont établis : ils y.-

‘réussissent parfaitement. L’émigration scandinave

est des plus nombreuses : le gouvernement du Manitoba l'apprécie beaucoup et la favorise : les

Scandinaves se fondent facilement dans l'élément

—— anglais. Beaucoup sont-établis à PEst-de Winnipeg.

Enfin quelques centaines de Français et de Wallons émigrent chaque année au Manitoba. Ce courant, encore bien léger, augmente cependant en même temps que dirninue celui qui se dirige vers la République Argentine qui fut, on le-sait, fort important.

Il est aussi venu, depuis quelques années, s'établir à Winnipeg et dans la colonie anglaise un certain nombre de juifs, dont da plupart prennent le titre

d’allemands. En général ils ont une situation des

“plus modestes ; mais il est à craindre qu'ils ne finis-

sent par exploiter ce pays où le crédit sur hypo-

thèque est si large que souvent, poussé à l'abus,

il'canduit les imprudents . à la ruine. Au moment

. de Vexpulsion des juifs. de Russie, quelques récla-

mations, rares il est -vrai, ont été. faites contre ce

genre d'émigrants, et celui d'autres arrivants sans

ressources. Les ‘agissements ‘des israélites er Eurôpe

et aux Etats-Unis donnent en effet à réfléchir à un pays.où on n'a pas d'argent à perdre. Mais ces

races jeunes et ardentes au gain ont plus de res-

sources et de résistance que les nôtres:

da

ES

Après ces observations géfiérales, nous replaçant

au point de vue français qui est celui que nous avons

adopté dans cette étude, voyons quelle situation

occupe notre race au milieu de tous ces peuples. La

proportion des Français, relativement à l'élément

anglais, dans la province de Manitoba et les terri-

toirés de l'Ouest, est en décroissance. Majorité en

1870, ils sont maintenant faible minorité. Il est

d’ailleurs difficile de connaître exactement cette

proportion, le recensement de 1891 étant d’une

exactitude contestée. Les travaux spéciaux de M. Ra-

meau de Saint-Père et de M. Onésime Reclus, qui

tous deux s'intéressent d’une facon si éclairée à nos

‘ progrès au Canada, ont sapé ces conclusions et

cherché à rectifier les chiffres. Il est en tout cas

directeur du recensement, M. Johnson, dè changer ,ÿ u

‘les méthodes de classement, en substituant par

certain que l’idée malheureuse qu'a eue le nouveau .

Pa

exemple aux divisions par origine les deux seules

divisions : parlant le français, parlant l'anglais et

autres langues, efhpêche les comparaisons avec les

décades précédentes. Il a été avancé aussi qu'on

avait cherché une compensation aux résultats imé-

diocres du dernier recensemént en diminuant la

proportion des Français dans les cantons! où ils

n'étaient pas assez nombreux pour survéiller le 1 s ‘

recensement}; "aulé- le Leonclusiôhs de ce rapport,

: A rm donnant, sur. les 4*800. r É habitants du Dominion,

une proportion de 204 ° ‘/ aux Canadiens français

(elle était de 30, ro : Ên 1881), ont été violemment

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quées dans a probe et ad Parlement. Le séna-

teur Joseph TRS, “entré .a autres, , qui avait “étudié:

la ‘ question avec iiplus ‘grande ‘compétence et las

Plus grande précision, a protesté au nom de ses

compatriotes devant lé Sénat fédéral contre l'évident

parti pris des recéféeurs et l'inexactitude de leur œuvre. L'élément anglais lui-même reconnaît que le recensement si onéreux n'avait de raison d’être que par l'exactitude des renseignements qu'il devait

fournir et que celui de 1891 était sujet à ‘caution.

« Nous sommes vraiment très flattés, écrit un journal -

anblais d'Ottawa, &" voir annoncer officiellement, par notre statisticien, que les Français, loin de croître en nombre dans notre province, y diminuent

au contraire; mais nous sommés en même temps

très stupéfaits, car chacun d’entre nous avait cru

précisément observer les choses tout à l'inverse. » Il faut espérer que cessréclamations auront une

sanction et qué le gouverhement canadien, si im-

‘partial, aura à cœur.en 1901 de faire publier un

document d’une valeur incontestable.

& Au Manitoba, la population y.était en 1881 de

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