‹ Les Français et le Nord-Ouest canadien [microforme]Chapitre 19 sur 22 · LS IL£ IL · texte numérisé non relu

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circonstances normales on arrive à un rendement de 20 à 25 °J.

Rappelons donc les principales entreprises qui dans ce pays peuvent convenir soit au capitaliste soit au paysan. D'une façon générale, pour la culture, les conditions économiques se résument en une production facile et un écoulement des produits dans des conditions rémunératrices. Pour que les bénéfices soient notables, il ne faut pas de grosses dépenses d'établissement ; aussi le gain est-il surtout pour celui qui peut réduire ces dépenses, pour le paysan qui cultive directement et non pour les grandes exploitations. Le capitaliste peut soit établir un ranch, soit fonder une de ces industries se rattachant à l’agriculture, beurrerie, fromagerie, moulin, élévateur, soit diviser son domaine en lots qu’il fait exploiter par des fermiers ou de préférence par des métayers, soit enfin créer un commerce ou une industrie, mais alors dans les territoires déjà colonisés.

Sans vouloir ici entrer dans une étude comparative qui nous entraincrait trop loin, il est bon, pour faire comprendre d’une façon plus précise les conditions d'établissement dans le Nord-Ouest, de jeter un coup d'œil sur ces mêmes conditions

dans les colonies françaises.

La France ne possède plus que des colonies d'exploitation, qui sont nos colonies en pays chauds, et des colonies tenant le milieu entre les colonies de peuplement et d'exploitation, qui sont l'Algérie, la Tunisie et la Nouvelle-Calédonie.

Dans les premières, le commerce, certaines industries, les mines du Tonkin fournissent de vastes champs d'emploi pour les capitaux. Les questions de communication et de sécurité ne sont malheureusement pas toujours résolues.

Dans les secondes, outre les entreprises précédentes qui s'offrent aux capitalistes, les établissements agricoles peuvent réussir dans une certaine mesure, mais 1l ne faut pas se dissimuler cependant qu’en Nouvelle-Calédonie les meilleures terres sont accaparées par l'administration pénitentiaire. En Algérie et en Tunisie, ia culture, l'élevage, surtout les exploitations vinicoles et de plantation, peuvent produire de beaux résultats ; mais il faut des capitaux importants pour de tels établissements. Enfin le climat n’est pas très favorable aux Français septentrionaux : ainsi dans les villages de Boukalfa, Haussonviller, Camp du Maréchal, les Alsaciens- Lorrains ne paraissent pas très satisfaits de leur santé et de la vigueur de leurs enfants. Les Alsa-

ciens-Lorrains n’ont du reste fourni que 8 à 10.000

personnes à l'Algérie, ce qui est peu, eu égard aux circonstances. [Il faut malheureusement reconnaître que notre administration coloniale est imbue, comme celle de la métropole, de principes centralisateurs et aussi d’une réglementation qui, poussée à l'exagération, devient une entrave plutôt qu’une protection.

En résumé, le travail manuel étant presque complètement proscrit dans les pays chauds, la France ne possède guère que des colonies d'exploitation. Ce sont des colonies commerciales qui peuvent conduire quelques privilégiés à la fortune, mais ne sauraient procurer cette natalité vigoureuse et puissante qui est pour un peuple la première des richesses, la garantie de sa prépondérance par l'extension de sa race. La France ne peut offrir à la colonisation qu'une faible quantité de terres; car nous avons dans nos colonies méditerranéennes des pays déjà occupés par les indigènes qu'on ne peut déposséder en masse; nulle part nous n'avons de vraies colonies de peuplement où l'abondance des terres, la facilité de leur appropriation, l'indépendance laissée aux colons, et surtout un climat favorable permettent à notre race un établissement vraiment prospère.

Si, au contraire, nous rappelons d’un coup d'œil les diverses conditions qui attendent le colon au

Nord-Ouest, climat salubre et par suite parfaite

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L acclimatation, fertilité du sol et extrême abondance ds des terres offertes gratuitement à la colonisation, pi perfection du cadastre, absence d'administration cen- . tralisée, gouvernement local libre, système commerid cial indépendant, mais en revanche hivers durs, + vente modérément rémunératrice des produits com- : parativement à ce qui se passe en pays chaud, d'ou dl fortune brusque impossible, on comprend dès lors Li ce passage de Leroy Beaulieu : «Les hommes ayant ie un petit capital, l'habitude du travail des champs, du courage et de la persévérance, sont ‘assurés de . réussir dans les établissements de l'Angleterre au . | Nord de l'Amérique;ils n’y arriveront sans doute . pas à l'opulence, mais ils parviendront en peu d'ané nées à une existence relativement large et fortunée. » F. Lord Sydenham disait aussi, en parlant du Canada : à «Gette colonie ne s'offre pas à l’immigrant comme . une loterie avec quelques prix exorbitants et un di grand nombre de billets nuls : elle se présente i comme un placement sûr et certain que tout homme * prudent et raisonnable peut aborder sans crainte. » : : On le voit, dans de telles conditions, ceux qui ont

le plus de chance de réussite agricole ce sont Îles L paysans, et, à ce point de vue, le Canada est la dj colonie des petits propriétaires.

En présence de ces considérations, parmi ceux qui

dans les vieux pays ne voient s'ouvrir devant eux qu'un avenir médiocre, qu’ils n'hésitent pas à l'améliorer par l’émigration vers le Nord-Ouest. Quels sont ceux qui ont le plus de chance de réussite ? Pour les capitalistes, l'esprit d'initiative est indispensable; le pays est neuf, la voie ne leur est pas tracée, une sérieuse étude sur les lieux est nécessaire avant de s'engager dans une affaire. Pour le cultivateur qui se trouve aux prises avec une entreprise peu rémunératrice, qu’il se transporte avec sa famille au Nord-Ouest, qu'il y applique ses bras et ses capitaux, et il arrivera à une belle situation. Les colonisateurs sont d'accord sur le chiffre de 6oo à 1.000 dollars, comme nécessaire pour un établissement. Pourront faire de même les fils de cultivateurs qui n’ont plus assez de terres à cultiver, la propriété paternelle étant, en France, dans certaines régions, réduite à un émiettement exagéré, à moins, ce qui est malheureusement trop fréquent, que les ménages se condamnent à la stérilité. Les fils de fermiers, les ouvriers agricoles ne pourraient jamais réunir dans les vieux pays le capital nécessaire pour fonder un établissement et devenir propriétaires. Pour ceux qui comptent obtenir ce capital en travaillant comme salariés, il ne faut pas recommander

les pays trop neufs où le travail est rare, tandis qu'au

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Manitoba la demande cest plus forte : ainsi les scrvantes sont très recherchées ; leurs gages varient de 700 à 1.250 fr. pour les cuisinières. Leur nombre est fort restreint relativement aux besoins : on l’attribue à la rapidité avec laquelle elles se marient dans ce pays où émigrent tant de jeunes gens,

On le voit, c'est la classe agricole qui, à la période de colonisation où se trouvent ces régions, a le plus de chance de trouver un emploi rémunérateur. Il est bon de rappeler que ceux-là seuls qui réussissent sont : les courageux qui savent supporter un travail acharné et les duretés d’un établissement en pays inconnu; les prudents qui, avant de quitter leur résidence, ont pris le plus de renseignements qu'ils ont pu près des agents de colonisation, ou de préférence près des colons établis, qui, une fois arrivés, ne s'engagent dans aucune dépense avant d’avoir étudié le pays et se défient des beaux parleurs et de quiconque a quelque chose à vendre. C’est vers les grands centres qu'il faut se diriger ; car, nous l’avons dit, c'est dans le rayon de leur marché qu'il est plus profitable de s'établir.

Disons maintenant un mot des conditions dans lesquelles se fait le voyage. D'abord, c'est au printemps qu'il vaut le mieux arriver. Le colon qui

apporte d'Europe le capital voulu pour s'établir a le

temps, s'il a des connaissances dans le pays, de s'y installer avant l'hiver ; sinon il étudie, soit en travaillant, soit même en prenant une ferme à location ou à mi-fruits, jusqu'à ce qu'il connaisse assez le pays pour y trouver une affaire avantageuse.

On se procure en Europe des billets directs pour les divers points du Manitoba et du Nord-Ouest. L'argent y est emporté sous forme de chèques près des correspondants canadiens de nos grands établissements de crédit. Le bagage les émigrants ont droit au transport gratuit de 150 kil.) ne doit comprendre que les effets personnels et, à la rigueur, la literie et les menus objets de ménage, car les outils et ce qui est nécessaire en fait de provisions se trouvent dans de bonnes conditions et tels qu'il le faut dans le pays.

La douane canadienne ne prélève aucun droit sur les effets et objets que transporte avec lui l’émigrant. Une association s’est fondée dans un but philanthropique, disons plutôt de charité chrétienne, et a entrepris de faciliter aux émigrants les détails du voyage, de veiller sur eux, de les diriger vers les régions qu'ils ont choisies : noble tâche, quand on songe au déchirement qui accompagne toujours le départ du sol natal, à l’amertume dont est abreuvé celui qui entreprend ce voyage long, pénible, au

milieu d’inconnus et dans des régions nouvelles.

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Aussi faut-il remercier cette société de Saint-Raphaël que dirige avec tant de compétence et de dévouement chrétien le comte Walbot. Près d'elle l'émigrant trouve tous Îles renseignements sur le voyage et reçoit au plus bas prix des billets de passage pour la

destination choisie.

NORD=OUËST CANADIEN 7

Il nous reste à étudier la race près de laquelle les émigrants français devront vivre. Ces immenses territoires du Nord-Ouest étaient autrefois le domaine incontesté d'’Indiens., Ces aborigènes de la race cri se divisaient en « Pieds noirs » proprement dits, répandus dans la région de l'Est. Ils vivaient de la chasse, Les trappeurs, les voyageurs qui achetaient des fourrures ou chassaient avec eux n’empiétèrent pas sur leur liberté. Mais, à partir de 1870, la civilisation arriva. Ils furent enfermés dans des réserves. Les Canadiens se vantent bien d’avoir été plus doux avec eux que les Américains : la chose était peu difficile. Il n'en est pas moins vrai qu’on ne leur a donné pour ces immenses territoires de chasse qu’ils parcouraient en maîtres que des indemnités dérisoires, qui n’ont guère été distribuées qu'aux chefs; qu'on leur a enlevé leur liberté en les empêchant de sortir de leurs réserves sur lesquelles on assure, il est

vrai, leur subsistance, qu’on a éloigné et qu’on

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