‹ Les Français et le Nord-Ouest canadien [microforme]Chapitre 4 sur 22 · PAC · texte numérisé non relu

PAC

Winnipeg, qui ne naquit pour ainsi dire qu’en 1860, après que l'abolition du monopole de la Compagnie d'Hudson eut rendu libre le commerce dans ces régions, est maintenant, avec son réseau de voies ferrées qui la relient aux Etats-Unis et aux autres provinces du Canada, le seul grand centre existant dans ces vastes espaces. Malgré tout, l'ambition de cette ville, qui se surnomme la « cité reine de l'Ouest », aspire encore à de plus hautes destinées. Après 1870, le développement de Winnipeg et de Saint-Boniface devint assez rapide; mais en 1880, la spéculation s’en mêlant, les terrains, surtout ceux des villes, furent cotés à des prix exagérés; en 1882 l’inévitable crack survint : dès lors les prix sont restés stables et modérés ; Winnipeg rêve le transit, non seulement des régions méridionales du Nord-Ouest, mais encore des régions avoisinantes aux Etats-Unis par la voie plus courte de la mer d'Hudson, à laquelle les rejoindrait un chemin de fer. Les Canadiens français occupent encore là une solide position : tout le faubourg de Saint-Boniface situé sur la rive Est du fleuve est à eux.

On peut rattacher à ce groupe si important celui du Saint-Laurent et du lac Dauphin : le Saint- Laurent est au Sud-Est du lac Manitoba; on s'y

trouve un peu en dehors de la zone fertile proprement dite : le sol est pierreux; mais cependant très riche et excellent pour l'élevage. L'amorce du chemin de fer de la baie d'Hudson arrive près du Saint-Laurent.

À 100 milles plus au Nord-Ouest, le groupement du lac Dauphin est, lui, en pleine terre fertile, pourvu de bois, bien arrosé par des cours d’eau qui vont se déverser dans le lac Dauphin : ce serait un coin privilégié, n'était l'éloignement de la station du chemin de fer.

Ces colonies ne se distinguent de celles de la Rivière Rouge que par la question de distance, ce qui fait que de nombreux homesteads (concessions gratuites) sont disponibles.

Comme second groupe, nous prendrons les colonies établies sur la deuxième terrasse : le sol est plus sablonneux, plus léger, demandant plus d'eau. Au Sud, Saint-Léon, puis Saint-Alphonse, près de la station de Cypress-River, composé en grande partie d'émigrants canadiens, retour des Etats-Unis, et de Belges. Enfin Lourdes et Saint-Claude, près de la station de Trehern, paroisses fondées pas les Chanoines réguliers de l’Immaculée Conception de Saint- Antoine (Isère), qui organisent en France les émi-

grants en groupes et les dirigent vers ces territoires.

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Plusieurs de ces colons, arrivés pauvres et souvent dans le dénûüment, deviennent propriétaires, accroissent peu à peu leurs installations, leurs cultures, et tous sont heureux de leur détermination, ce qui est la récompense de Dom Benoît et de ses collaborateurs.

C’est dans cette région qu'est situé Brandon, où est établie la ferme-école du Manitoba. A une centaine de kilomètres à l'Ouest, se trouve Oak Lake, colonie canadienne française : à côté s'élève, au Sud, près de la station d'Hartney, la belle paroisse de la Grande Clairière, dont le fondateur, l'abbé Gaire, vient d'établir, à 50 et 735 kilomètres à l'Ouest, les nouveaux groupes de Saint-Maurice et de Saint- Raphaël. Ces paroisses sont en pleine prospérité, grâce au dévouement et à l'énergie d'un prêtre, qui, peut-être parce qu'il est Alsacien, n'en aime que mieux la France. Autour de lui se sont groupés des cultivateurs, des hommes distingués, et là tout nouvel arrivant est sûr de trouver direction et conseils désintéressés.

Continuant sur l'Ouest on rencontre la station de Whitewood. Près de là, différentes entreprises agricoles s'espacent dans la jolie vallée de Pipertone; la Rolandrie est la plus ancienne. Nombre de jeunes

gens de l'aristocratie française sont venus s'établir

dans ce pays: à eux, vivent mélés quelques petits propriétaires. C'est la zone presqu'exclusive de la culture des céréales : pourtant on y essaie l'exploitation du lait, Plus au Sud, sur les montagnes de l'Ourignal, c'est l'élevage du mouton qui domine.

A 40 milles de Whitewood, non loin de la station de Wolseley, ont été fondées vers 1803 les deux colonies de Montmartre et du lac Marguerite, où on s'adonne aux soins de la ferme mixte; dans cette région on a construit la ferme-école des territoires du Nord-Ouest. Un peu au Sud, il y a beaucoup d'arbres, ce qui permet aux habitants de s'occuper pendant l'hiver de la vente des bois de feu. Du côté de l'Ouest la culture n'est plus obligée d'entourer les champs de barrières, de sort: que les animaux doivent être gardés ou parqués. Enfin, ce qui est la caractéristique et le plus grand mérite de ces groupements, c'est que les homesteads gratuits sont assez nombreux et attirent les émigrants sans grandes ressources, qui nc pourraient autrement se procurer des terres.

Enfin, comme troisième groupe, nous prendrons les colonies établies dans le bassin de la Saskatchewan, cette région vers laquelle se dirige la majeure partie de l'émigration actuelle au Nord-Ouest,

Le chemin de fer du Canadian-Pacific aboutit en

UV LE NORDeOUEST CANADIEN 21

deux points au fleuve Saskatchewan : d'abord à Prince-Albert, province de Saskatchewan ; ensuite à Edmonton, province d’Alberta. Autour de Prince- Albert, capitale du district, siège d'un évêché, sont les colonies de Durklake et de Batoche : dans la zonc fertile, près de la voie ferrée, la situation de ces postes est excellente, Dans les derniers mois de 18o4 se fondaient deux villages composés surtout d'habitants de la Meuse. En souvenir de notre grande héroïne, ils recevaient le nom de Domremy et Vaucouleurs.

Edmonton est un centre actuellement plus important pour la colonisation : c’est sur la ligne Calgary- Edmonton que s'est porté en 1893 le grand courant de l’émigration. Sous l'influence de la crise qui avait frappé le travail et l’agriculture aux Etats- Unis, des villages entiers du Montana et du Dakota se dépeuplaient en quelques semaines. Les populations américaines ont sous ce rapport une mobilité extraordinaire. Elisée Reclus cite une ville de Pensylvanie où l'on vit en l'espace de six mois surgir un hôtel de ville, un theâtre, plus de quatre-vingts hôtels, un château d’eau, et qui, avant li fin de l'année, devint presque déserte ; un nouveau chemin de fer, ayant attiré ailleurs les éléments du com-

merce, lui fit ainsi perdre ses quinze mille habitants.

En 1800 la population de la cité se réduisait à quarante individus.

Les arrivants américains se sont dirigés vers les stations de la ligne Calgary-Edmonton où ils vont faire de l'élevage, car ils trouvent insuflisant le rendement du blé.

C'est au Nord d’Edmonton, autour de Saint- Albert, que sont situés les établissements français. D'abord Saint-Albert, siège d’un évêché, puis, en remontant, les colonies du lac des (Eufs fondées par le P. Morin avec des habitants venus des provinces de Québec: à l'Est, Lourdes, près du fort Saskatchewan; plus loin. vers Battleford, la vallée est déserte et attend l’émigration.

Ce troisième groupe est dans la zone fertile, il est parfaitement irrigué; on y trouve des bois en abondance, des mines de charbon à fleur du sol, où les habitants vont puiser pour leurs provisions d'hiver. La vallée de la Saskatchewan doit être parcourue par une voie ferrée, joignant Prince-Albert à Battleford, Edmonton, et ensuite Athabaska. C’est le groupe le plus nouveau où les homesteads gratuits sont abondants.

Les gelées, qui sont à craindre dans les fonds, ne font courir aucun danger sur les faibles hauteurs

qui bordent le fleuve. Les récoltes de 1803 étaient

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là plus belles que partout ailleurs. Les terrains, dont la spéculation ne s’est pas encore emparée, sont laissés à des prix très faibles. Cependant la vallée de la Saskatchewan soutient victorieusement, comme fertilité, la comparaison avec la vallée de la Rivière Rouge, mais les voies de communication manquent. Les tarifs de transport sont très élevés, d'abord à cause des distances à parcourir, ensuite parce qu'aucune ligne de chemin de fer n’est là pour faire concurrence à la Compagnie du Pacific; mais ces inconvénients s’atténueront avec la construction de voies ferrées et le développement du marché. Ce sera le pays le plus riche de ces immenses régions après Winnipeg.

C’est au-dessus d'Edmonton que se trouvent les réserves du Grand-Nord et le bassin de l’Athabaska- Mackenzie, sur le versant de l'Océan Arctique. La partie méridionale du bassin est au-dessous de l’isotherme de o° que l’on s'accorde à regarder comme la limite de l'établissement des blancs et de la production économique du blé. En effet les lignes isothermes, à partir du lac Winnipeg, remontent en même temps qu'on s’avance vers l'Est, de sorte que l'isotherme de o° part du bord du lac Winnipeg pour aboutir au détroit de Behring, et cela, sous

l'influence des vents d'Ouest, venant de la côte du

Pacifique, dont le climat est réchauffé par le courant tiède Kouro-Sivo (courant noir).

On considère que les vallées du Peace River, de l'Athabaska et de la grande Rivière des Esclaves sont cultivables et habitables jusque vers le Go? de latitude; mais il est probable qu'à l’industrie agricole, si pénible dans ces durs climats, se joindra surtout l'exploitation des mines de charbon et de cuivre, véritable richesse du sol. La mission catholique du fort Chipewyan du lac Athabaska expédie de superbes céréales aux expositions agricoles.

Enfin, depuis la Saskatchewan jusqu’au cap Bathurst, on trouve partout des traces de dépôt d'huiles minérales qui, d’après les géologues, sont appelées à remplacer et à dépasser les sources pétrolifères des Etats-Unis. Le gouvernement a si bien confiance dans l'avenir de cette richesse qu'il a réservé un immense espace de 100.000 kilomètres environ, au Nord du lac Athabaska, pour le concéder pius tard à des compagnies d'exploitation. Des sondages ont été opérés à partir de 1804 dans le district d’Athabaska et près du lac Pélican pour être fixé sur la valeur de ces gisements : c’est M. Frager, très expérimenté dans les affaires d’huile, qui les

opère avec les géologues du gouvernement.

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Nous pouvons examiner maintenant les divers éléments se rapportant à l'agriculture.

D'abori le sol. Dans la zone fertile, nous le savons, il est d'une extrême richesse ; c'est la meilleure terre à blé du monde. Cette fertilité rendra pendant bien longtemps inutile toute dépense d’engrais dans ce pays.

Au Manitoba, dans la Rivière Rouge, où la pierre est presqu'inconnue, ces riches plaines sont couvertes d'herbages et de bouquets de bois. Comment ces immenses étendues sont-elles restées sous forme de prairies et ne sont-clles pas boisées? Certains en cherchent la raison dans la sécheresse, mais à tort : car les territoires du Nord-Ouest recoivent plus d’eau que la quantité reconnue nécessaire pour la végétation. Il faut plutôt trouver l'explication dans les feux des prairies. A l'automne, l'herbe des prairies, devenue très sèche, s'enflamme pour la moin-

dre cause : l'incendie, propagé par le vent, couvre

de grandes étendues. Autrefois ses ravages étaient terribles, maintenant ses progrès sont arrêtés par les cultures et les récoltes de foin faites à la faucheuse. En fait, le déboisement partiel du sol, puisqu'on ne voit dans la prairie que des îlots d'arbres, est un avantage, puisqu'il permet une exploitation facile.

La confection du cadastre marche avec la colonisation. La vicille méthode du Saint-Laurent consistait à diviser le sol en parcelles ayant leur façade sur la rivière et s'avançant en droite ligne jusqu’à 2 milles (3.200 dans l'intérieur. Ce système a été appliqué dans la vallée de la Rivière Rouge et de quelques-uns de ses affluents. Là les terres qui avaient été concédées aux anciens habitants, la plupart métis, ont été vendues par eux le plus souvent à des spéculateurs. La méthode actuelle est des plus simples : elle a été empruntée aux Etats-Unis où elle a fait brillamment ses preuves. Le sol est divisé en townshipes carrés ayant 6 milles (9.654 mètres) de coté, soit 36 milles carrés : les côtés sont orientés Nord, Sud, Est et Ouest. Le townshipe est divisé en sections de 1 mille (258 hectares carré chacune. Les sections paires, sauf deux concédées aux écoles et à la Compagnie de la baie d'Hudson, appar-

tiennent à l'Etat. Les sections impaires ont été

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données, comme subvention, à la Compagnie de chemin de fer traversant le pays.

Les sections de l'Etat sont fractionnées en quatre parties égales. Chacune de ces parties, soit 64 hectares, est cédée par l'Etat au colon comme homestead, c’est-à-dire que le colon en devient propriétaire, après trois ans, s’il a habité sur cette terre et en a cultivé une certaine surface. Le droit d'inscription que l’on verse dès qu'on a choisi l'homestead est de dix piastres. Les sections qui sont la propriété de la Compagnie du chemin de fer et de la baie d'Hudson sont à vendre, et leurs prix varient suivant le plus ou moins d’éloignement du chemin de fer. Le paiement se fait en dix ans, par dix parties égales, avec l'intérêt à 6°, ; on peut se libérer par anticipation. Ce système évite les erreurs par sa simplicité, et les cultivateurs se sentent attirés vers des contrées où la propriété naît entourée de tant de garanties. Il y a cependant un inconvénient sérieux, c'est l'impossibilité de groupement des familles dispersées sur cet immense damier.

Dans la région du Nord-Ouest qui nous occupe, pas de ces défrichements pénibles qui découragent si souvent les plus habiles et les plus persévérants;

pas d'enlèvement de pierres, pas de creusement de

fossés. Le sol est naturellement préparé pour la culture et son horizontalité permet l'emploi d'instruments perfectionnés.

L'eau est fournie, soit par les cours d'eau ou Îles sources, soit par les puits ou les citernes. Le voisinage des rivières, des ruisseaux et des lacs, si nombreux dans ce pays, est bien appréciable à cause surtout des soins à donner au bétail.

Les sources sont rares, mais fournissent de bonne cau, qui forme mare, ou va rejoindre le ruisseau voisin. Les citernes, creusées dans la plaine, conservent aussi longtemps de l'eau potable. Enfin, et ce moyen peut être employé partout, il est facile de creuser et de forer des puits et d'atteindre toujours ainsi, à des profondeurs variables, la couche d'eau qui quelquefois, mais rarement, a une saveur peu agréable.

Quant au bois, on le rencontre un peu partout sous le nom d’ «îles de bois. » Il n’est généralement utilisable que pour le chauffage ou pour la confection des clôtures. Le saule, le peuplier, le tremble sont les espèces les plus répandues. Quelquefois on trouve du chêne, et dans le pays on prétend que, là où il croît, le terrain est excellent. La question du chauffage est du reste résolue. Outre le bois et

quelquefois la paille, qui n’est pas toujours utilisée,

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il existe, au Sud de l’Assiniboine, dans Île district de la rivière Souris, des mines de charbon bitumineux fort bon marché, rendu aux différentes gares du C. P. KR.

Ce qui est dit pour la Rivière Rouge convient aussi dans les grandes lignes pour les autres régions. Nous savons que le Sud, quelque peu montueux, est plus sec : les pentes regardant le midi, d'où viennent les nuages chargés d'humidité, sont boisées; la préparation du bois de chauffage est même un des travaux d'hiver les plus lucratifs du colon. A partir de Regina, la plaine est dénudée « sur un espace d'environ 1.500.000 hectares; il n'y a d’établissements possibles que ceux ayant pour but l'élevage en immenses ranchs. Cette herbe, haute à peine de six pouces, dont les plants sont espacés de façon à laisser voir partout le sol sablonneux où elle croît, conserve sa saveur et sa force nutritive, même au milieu des rigueurs de l'hiver, au point que quelques jours en ces singuliers pâturages suffisent pour remettre en bon état des chevaux épuisés par le travail‘. » Enfin le haut Alberta et la Saskatchewan sont plus boisés, mieux irrigués

que le Manitoba, et sont déjà célèbres pour l'élevage

1 Esquisse sur le Nord-Ouest, par Mgr Tache.

sous le nom de Piémont canadien. Mais la valeur du sol n'est pas seulement dans sa fertilité, elle est aussi dans les richesses minérales qu'il recèle, et, bien que nos renseignements aient seulement en vue les questions agricoles, il nous faut dire un mot de l’avenir minier du Nord-Ouest.

Les couches de charbon bitumineux s'étendent dans l'Ouest et dans le Sud de l’Assiniboine (district de la Souris) ainsi que dans le Sud de l'Alberta; d'après des sondages encore incomplets, ces mines seraient d'une étendue considérable et d’une richesse inépuisable. Dans la Colombie britannique et l’AIberta, les Rocheuses sont un vrai trésor minier. On y trouve l'argent, le cuivre, le charbon, surtout de l'anthracite de qualité supérieure, dont l'exploitation se développe dans divers centres voisins de la grande ligne du Canadian. Plus au Nord, dans la vallée du Liard et de ses affluents, on a découvert de riches gisements, mais ce sont maintenant des Compagnies qui exploitent le métal jaune,

Quant au climat des régions qui nous intéressent, il est essentiellement continental. Les grands lacs qui couvrent une si vaste superficie de ces territoires ne le modèrent pas. Les températures de l’été et de l'hiver sont donc extrêmes ; les saisons inter-

médiaires, printemps et automne, à peine indiquées ;

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et enfin on remarque unc grande différence de température entre le jour et ia nuit. La saison d’hiver est extrêmement froide : le thermomètre v descend, exceptionnellement il est vrai, jusqu'à 42 degrés au-dessous de zéro. La température moyenne est plus élevée, mais même les plus grands froids sont faciles à supporter à cause de la sécheresse. Le ciel est dégagé, le soleil brille et, si la température de la nuit a été extrême, elle s'élève peu à peu sous l'action des rayons solaires, et souvent, au milieu du jour, le thermomètre se tient à — S ou ro°.

La neige, sous ce climat sec, tombe en faible quantité, les routes sont faciles à frayer : c’est la saison des bons chemins. Durant l'hiver, parfois des tempêtes soulèvent et font voler la neige comme de la poussière; aussi les appelle-t-on dans le pays : poudreries. Elles ont fait plus d’une fois courir aux voyageurs qu'elles surprenaient de véritables dangers : transis, aveuglés, ne voyant plus aucun indice qui pût les guider sur la plaine uniformément blanche, les malheureux pouvaient payer bien cher leur inexpérience. Il est à noter que dans l'Ouest les tempêtes ne sont pas désastreuses et qu'on y est à l’abri de ces ouragans qui, sous forme de tornados, désolent si fréquemment

les Etats-Unis. Enfin, on n’a pas au printemps de

ces alternatives de gel et de dégel, si préjudiciables aux plantes nouvelles. C'est la saison des mauvaises routes : le sol détrempé devient glissant.

L'été arrive, extrême aussi, puisque le thermomètre indique jusqu'à 35°; mais si les grands froids ne font pas souffrir à cause de la sécheresse, les grandes chaleurs sont supportables, grâce à la fraicheur des nuits. A l'inverse des pays chauds, où Îles nuits, presque aussi chaudes que les jours, ne procurent aucun repos, ici l'abaissement de la température de la nuit repose et vivifie non seulement les êtres, mais encore les plantes que l’on retrouve au matin recouvertes de rosée. Telle qu'elle est, cette saison d'été est tres favorable à la culture, car elle est assez humide et assez longue.

Nous savons que la sécheresse n'est à craindre que dans la partie mér‘lionale du territoire, à l'Ouest de la Rivière Rouge. Les pluies tombent pendant la végétation, et le fait qu'elles ne sont pas très abondantes est favorable pour le pays où, l’été étant court, la croissance et la maturation doivent être rapides. Outre les pluies, le sol garde une humidité suffisante : d’abord parce que les couches inférieures de glaise imperméable conservent la fraicheur ; ensuite :rce que la terre, qui pendant l'hiver a

été gelée à une grande profondeur, libère peu à

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ET LE NORD-OUEST CANADIEN 13 ss peu, par un dégel progressif, une certaine quantité 'S d'eau, Entin la saison cst suffisamment bonne, car les moissons sont mûres dans le courant d'août et - les premières gelées n'arrivent au plus tôt que vers $ le 7 septembre.

S Ces gelées précoces, un des gros griefs contre le - Manitoba, n'ont, depuis soixante ans, atteint par- S tiellement la récolte du blé qu'aux années 1883, ISSN ù et 1585, et cela, parce que Îles semailles avaient été tardives, Il faut remarquer que les vallées de la ï Rivière Rouge ct de l'Assiniboine, jusqu'à Portage la Prairie, sont à l'abri des gelées précoces. Du côté d'Edmonton, et dans la vallée de la Saskatchewan.

les gelées arrivent un peu plus tôt, Le blé, sur les terrains bas, y est seul exposé, et peut-être n’en sera-t-il pas toujours ainsi, car, chose universellement reconnuc, quoiqu'insuffisamment expliquée, la mise en culture des régions moditie le climat en l'adoucissant.

Si, pour la végétation, le climat est favorable, peut-on dire qu'il est également bon pour ses habitants? Les colons répondent qu'il est excellent, et, à ce point de vue, tous se louent du pays : le froid, ce puissant tonique, y est pour beaucoup. L'atmospaère sèche a rendu la vigueur à plus d'un colon venu des contrées humides telles que le bas Canada,

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Ce pays est excellent pour les races curopéennes, celles du midi exceptées.

La question du climat est de la plus haute importance pour une colonie, ct nous partageons cette opinion, très répandue, que c'est à cause du climat que le développement de nos colonies rencontre tant de difficultés. Sauf l'Algérie et la Tunisie, ces splendides joyaux, et la Nouvelle-Calédonie, de fait réservée aux forçats, toutes nos autres possessions coloniales, étant situées en pays chauds, sont défavorables à notre race. Si les colons ne s’y aflaiblissent pas outre mesure, ils ne peuvent compter faire souche, L'Algérie est une terre de choix, mais seulement pour les méridionaux : les gens du Nord, s'ils ne souffrent pas dans leur propre santé de ces chaleurs déjà très fortes, voient leurs enfants aller en s'affaiblissant : témoin les colonies d’Alsaciens- Lorrains qui y sont établies.

Nous croyons, quant à nous, et avons été à même d'entendre exprimer cette opinion par des médecins coloniaux, que, pour un cultivateur qui, voulant émigrer, fait choix d’une colonie, la première condition, la plus indispensable de toutes, c'est que le pays jouisse d’un climat semblable au sien. Sans cela, s'il va en pays trop chaud, même s’il s’y accli-

mate, il y perdra,lui et ses enfants, assez d'énergie

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physique et morale pour que Île succès lui échappe,

Si bien que la détermination prise pour améliorer Sa position tournera à un résultat absolument contraire, Enfin, le climat influe sur les qualités morales des populations, En pays froid, où la vie est rude et diflicile, la lutte pour l'existence fait appel aux énergies de l'homme, et développe son initiative ct Son caractère, vraies causes de progrès pour un pays libre.

La végétation naturelle de l'Ouest est peu variée, Les îles de bois qui s'élèvent dans la prairie comprennent le plus souvent les peupliers, les saules et les ormes, quelquefois le chêne, le tremble et le frêne, rarement le prunier et le cerisier dont les fruits sauvages sont doux, Enfin les arbustes sont fort prospères et nombreux. On remarque en outre le houblon et la vigne vierge.

Au point de vue agricole nous savons que pour les céréales le Nord-Ouest est une terre de promission. Le blé s'y trouve dans les conditions les plus favorables pour sa production. Les espèces de blé dur, parmi lesquelles se distingue le « Red Fifè », sont trés appréciées de la meuncerie et donnent une farine renommée. Les rendements moyens pour le Manitoba ont été de 10 hectolitres 6 par hectare.

Les rendements les plus beaux ont atteint 27 à 51

et quelquefois 56 hectolitres à l'hectare; mais ces derniers, n'étant que des exceptions, ne sont pas à considérer.

Les autres céréales, telles que l'orge et l'avoine, rencontrent aussi, au Nord-Ouest, les meilleures conditions de croissance, et v donnent de superbes récoltes ; mais les surfaces emblavees sont surtout en blé, et les autres céréales réunies ne s'élèvent qu'aux trois quaris de la production du blé. On remarque, comme produits de grande culture, quelques champs de mil: entin le seul fourrage artificiel du pays, vraiment rémunérateur, et que l'on commence à cultiver sur les avis des fermes-écoles, est le maïs-fourrage.

L'herbe de la prairie, quoique dure, est un excellent pâturage et permet la récolte du foin sans autre frais que le travail de fauchage et de mise en meule, car les villages sont établis trop loin les uns des autres pour ne pas laisser entre eux de vastes cspaces sur lesquels va pâturer et récolter qui veut. Ces terres appartiennent, soit à l'Etat, soit à des spéculateurs, soit à des compagnies : il en sera encore longtemps ainsi; car le sol libre à une immense étendue, et les nouvelles colonies ont soin de ne pas se placer trop près de leurs sœurs et de laisser entre

elles cs bandes de prairies dont le colon profite sans

bourse délier. Somme toute, ce sont les compagnies

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à j et les spéculateurs qui procurent ces pâturages gratuits, ct ils ne peuvent faire autrement. Toutefois, e, si le colon voulait faucher sur une trop grande étenes due, ce qui ne se présente que très exceptionnellees ment, le droit de récolte est cédé par le propriétaire ut pour une faible somme appelée «le droit de foin. » nt Quant à la culture des légumes, elle réussit aussi )n parfaitement dans le sol du Nord-Ouest ; pommes de te terre, choux, pois et autres légumes des pays temel pérés ; maïs que es Anglo-Saxons aimaient quand le d. grain est encore laiteux : tous ces produits constist tuent en outre une culture des plus rémunératrices. Les fruits prospérant dans Ie pays sont ceux des |- arbrisseau:., dont beaucoup croissent naturellement. re Les groseilles, les framboises, les fraises, les gadelles e. surtout donnent de fort belles récoltes se vendant es très bien dans les villes. Les essais de plantation des

a= essences fruitières d'Ontario, même les pommiers, | es ces arbres du Canada, n'ont pas encore réussi : en 1e hiver, dans ces immenses plaines que le vent parre court sans obstacle, les sujets sont gelés. Les expé-

n- riences continuent cependant, et peut-être qu'avec : se un rideau d’arbres-abris on obtiendra des résultats. re Les espèces animales naturelles au pays sont bien

réduites maintenant, C'est pour mémoire qu’il faut

dire un mot du bison des prairies, aujourd'hui dis-

paru. Les seuls qui peuvent en parler de risu sont

de rares raissionnaires qui accompagnaient les tribus indiennes dans leurs chasses. Ils ont gardé de cette époque un souvenir vif et curieux qu'ils aiment à opposer au temps présent. Ces immenses territoires du Nord-Ouest qu'ils parcouraient, ils les trouvaient tellement vastes, tellement vides, que, sous l’impression d'une solitude sans pareille, ils se disaient : Non, jamais personne ne séjournera ici; jamais n’y paraîtra la charrue! Et maintenant les habitants, le bié, les chemins de fer envahissent ces régions.

La chasse au bison, que, au début, l’Indien n’entreprenait que pour sa vie, car la bête lui fournissaii nourriture, vêtement, corde, devint plu; tard, avec l'aide des métis et des blancs, une véritable tuerie. Les Indiens s'approchaient avec précaution du bufjalo qui, comme une immense tache noire dont parfois on ne voyait pas les limites, s'étendait dans la prairie. Une foule de cavaliers, tournoyant autour du troupeau en march®, en détachait un fragment ; on exterminait le plus qu’on pouvait, et plus d’une fois on a fait tomber la bande dans un piège où on achevait ceux qui n'étaient pas ou écrasés ou tués. Après, on préparait le taureau, on découpait la viande en

longues lanières pour la faire sécher ; mais il fallait

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pour cela de la viande fraîche, et telle troupe d’Indiens qui pouvait dépecer vingt bisons en tuait néanmoins des centaines : la viande alors se gâtait. En somme, au lieu d'une exploitation réglée, ce fut, à partir de 1850, un véritable massacre. Dans ces folles hécatombes,on ne tuait quelquefois que pour se procurer la langue de j'animal, morceau de choix. La race n'y put survivre et des millions de bisons qui, au dire des naturalistes, parcouraient les prairies de l'Ouest, il ne reste plus que quelques spécimens conservés dans des parcs et, üit-on, quelques troupeaux de bisons des forêts, peu différents de ceux dont nous parlons, troupeaux espacés dans le Grand-Nord, dans le bassin du Mackenzie.

Le castor, qui a été chassé à outrance, tend à disparaître : il ne reste plus que très peu de lièvres ct encore moins de chevreuils. En revanche, ce qu'on appelle les chiens des prairies, bêtes malfaisantes qui rongent les racines des plantes, pullulent dans certaines régions de l’Assiniboine, surtout dans les prés où ils creusent des terriers. On cite comme animaux à fourrure : le caribou, le blaireau, le vison, la marte, le renard, le chat sauvage, la loutre, etc.

Dans la vallée du Manitoba il y a nombre d’oiseaux qui rappellent les espèces d'Europe : la grive,

la sarcelle, le canard, le faisan et surtout la poule

des prairies, qui est abondante et ressemble à la perdrix, mais de plus petite taille.

Les poissons sont abondants; les plus répandus sont : les truites, les brochets, les carpes, les anguilles, les barbues et surtout les poissons blancs. Cette branche de richesse n'a pas encore été exploitée utilement.

Enfin le pays du Nord-Ouest est très favorable à lPélevage. Chevaux, bœufs et vaches laitières y prospèrent à l’envi. Les moutons, introduits il y a quelques années sur les terrains élevés de la prairie, près des Montagnes Rocheuses, y ont déjà donné de très beaux résultats. Quoi qu'on en ait dit cependant, il faut, dans cette région, hiverner le bétail, c'est-à-dire lui procurer un abri très sommaire, et lui donner nourriture. Un troupeau mal hiverné voit la mortalité s’accroitre; l'été suivant, les bêtes croissent ou engraissent peu, et les vaches laitières donnent moins de lait.

Comment l’agriculture exploite-t-elle les diverses branches qui réussissent dans le pays ? Nous allons en donner une idée rapide.

La culture des céréales se fait partout de la même façon. Le cultivateur, arrivant sur la prairie vierge, la laboure à dix centimètres environ de profondeur

avec l'instrument appelé charrue à casser. Il faut

que cette opération, le cassage, soit faite avant le mois de juillet, et cela, pour que son but soit atteint : faire pourrir le gazon enterré, Puis, dans presque tout le Manitoba ct l'Alberta, il faut clôturer la terre qui doit être emblavée pour en éloigner les bestiaux; car le pâturage est libre. Dans la plus grande partie de l’Assiniboine, c’est au contraire la culture qui est libre; le bétail doit être enclos et gardé. — L'année suivante a lieu le labourage, qui se fait le plus souvent dans ce pays avec une charruc à deux socs, munie d’un siège pour Île conducteur, traînée par une paire de forts chevaux ou de bœufs. Puis on emblave avec une semeuse : celle semant en ligne est préférée. On roule généralement la terre, car cette opération aflermit le sol très meuble de ces régions. Dès le mois d'août commence la moisson, faite au moyen de moissonneuses-lieuses : les gerbes sont mises en meulons et attendent la machine à battre qui se transporte de ferme en ferme. Le grain est ensuite engrangé jusqu’au moment où le cultivateur, après l'avoir vendu, le porte aux « elevaled », vastes magasins à blé.

La grande question est de semer tôt; aussi Îles colons labourent-ils pour semer aux premiers beaux

jours du printemps. Certains pensent même que le

micux serait de préparer la terre en été (terres restées en jachères); on aurait ainsi un sol propre, ce qui est important dans ces pays de grand vent, et plus ferme, ce qui est très avantageux dans ces terrains meubles. L'inconvénient de ce système, c'est qu'on n'emblave que la moitié des terres.

L'élevage, dans le but principal d'exploiter les produits de la laiterie, se répand beaucoup. L'été, les bêtes pâturent en liberté dans la prairie vacante qui borde la colline; pour se faire traire, elles rentrent matin et soir d’elles-mêmes, par habitude, ou bien elles sont ramences par un enfant qui va les chercher à cheval. La nuit, elles sont réunies autour d’un feu, la « bouane », allumé pour chasser les moustiques qui les importunent. L'hiver, on laisse tarir leur lait et on les nourrit de foin qui a été récolté pendant l'été encore dans la prairie vacante et mise en meule sur place. Le gros travail de l'hiver consiste à aller chercher ce foin en traineau pour les besoins du bétail. Le lait est envoyé par le cultivateur, soit à la beurrerie, soit à la fromagerie.

Ces établissements sont fondés sur le modèle coopératif. Les patrons sont les cultivateurs qui viennent apporter leur lait. A la fin du mois, le

beurrier ou le fromager fait la répartition des

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